Archive for août, 2014

19 août 2014

Cédric Carles : la transition écologique, c’est party !

Avec sa machine qui soulève les foules au son des énergies renouvelables, Cédric Carles a fait du Solar Sound System l’étendard d’une écologie différente et d’une culture engagée. Ce pionnier énergisant développe une alliance inédite entre l’écologie, la convivialité et la solidarité. Il possède de nombreuses casquettes : designer, secouriste en énergie, plasticien, chercheur indépendant en histoire des sciences et techniques et DJ. Quand Cédric Carles appuie sur Play, la transition écologique, c’est Party

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Cédric Carles entouré des dj’s Vakula et Jay ka aux Nuits sonores

Enfance d’un visionnaire
Difficile de ne pas rechercher dans l’enfance de Cédric Carles des signes prémonitoires d’un parcours aussi atypique et de fait, ils sont là. Le DIY (Do It Yourself) et l’écologie, deux valeurs centrales dans le parcours de Cédric Carles, émergent dès son enfance. Son grand-père ne jette rien et répare tout. « Il compilait les matériaux et les objets ménagers pour en faire une ressourcerie, il était capable de réparer tout objet et faire survivre des dizaines d’années des postes tv, des radios et des machines à laver dans son « repair café » avant l’heure», nous raconte Céric Carles. Très investi dans sa commune, catholique pratiquant, ce grand-père fait de l’anti gaspi son crédo et apprend à Cédric à utiliser un tournevis en même temps qu’une fourchette. Mousse sur un bateau de plongée, le futur gourou est dans le même temps initié par son oncle à la plongée sous-marine en Méditerranée. A la place des mérous, il chasse les sacs plastiques. Son engagement en écologie sous-marine démarre.

Du banc skatable au Solar Sound System
Dès ses études de design industriel à l’Institut d’Art Visuel à Orléans, Cédric Carles intègre systématiquement dans ses projets des innovations sociales et environnementales. En stage de fin d’étude à Marseille, il crée un mobilier urbain en PET recyclé, solidaire, écologique et hautement praticable en collaboration avec une entreprise d’insertion et la communauté du skate : le premier banc skatable éco-conçu. Il part ensuite pour la Suisse afin de continuer à se former en éco-conception à l’EPFL (École Polytechnique Fédérale de Lausanne) et aux énergies renouvelables avec l’ association ADER (Association pour le Développement des Energies Renouvelables). Il a la chance de se former auprès des meilleurs scientifiques comme la climatologue Martine Rebetez, Olivier Jolliet, précurseur des eco-bilans ou André Rosselet, expert en énergie solaire.
La musique solaire, voit le jour en 1999 lorsque Cédric Carles décide de contribuer avec André Rosselet à mobiliser son canton pour voter en faveur du « centime solaire », une initiative populaire visant à instaurer une taxe de 0,1 centime par kwh d’énergie consommée afin de financer l’énergie solaire. A cette occasion, il branche pour la première fois des platines vinyles et un soundsystem à des panneaux photovoltaïques. En dépit de l’échec électoral du centime solaire, les ingrédients centraux de ce qui deviendra le Solar Sound System, se mettent en place : la convivialité, le nomadisme, les énergies renouvelables et la pédagogie. En 2001, il est invité à participer à la conception de l’exposition temporaire « Energie et Climat » avec l’ EPFL et insiste pour que l’énergie grise soit présente dans l’exposition. Pour cela, il propose une seconde vie à l’exposition et crée ITEX, « ITinérante EXposition », une exposition montée sur un camion doté d’une éolienne et de panneaux solaires muni de nombreux dispositifs pédagogiques en faveur des énergies renouvelables.

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SayWatt – Gaité Lyrique – SoulStereo @ Gaité Lyrique – expo SayWatt! : Le culte du Sound System

La résilience à la fête
En 2004, Cédric Carles fonde l’Atelier 2Cé, laboratoire d’éco-conception et un réseau pluridisciplinaire composé d’artistes, de designers et d’ingénieurs, promouvant l’éco-conception par l’art et le design. C’est dans cet atelier que le Solar Sound System (3S) prend sa forme définitive. Le Sound System alimenté en énergies renouvelables, permet pour la première fois à des DJs de mixer en version vinyl ou numérique, sans prise électrique. Le succès ne tarde pas. Des vélos viennent s’adjoindre, afin de produire l’électricité nécessaire en cas de panne de vent ou de soleil. Loin de rechigner, le public attend impatiemment son tour pour pédaler. Dans les festivals de musique, les rassemblements écologiques, les manifestations culturelles, en Suisse, puis en Europe et dans le Monde, les meilleurs DJs prennent rapidement les commandes de l’écologie conviviale, dont Matt Black de Cold Cut, fondateur du célèbre label anglais Ninja Tunes ou encore dernièrement Alain HO aka DJ Yellow de la non moins fameuse french touch.

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Matt Black de Coldcut aux commandes du SolarSoundSystem

Les 3S se multiplient, prennent des formes différentes, équipés de roulettes, de roues et de skis suivant les situations. Les territoires en rupture d’électricité ou touchés par la précarité énergétique, sont les premiers bénéficiaires. Haïti reçoit un Solar Sound System après le tremblement de terre en 2010. Le 3S devient un moyen de résilience dans les territoires ayant perdu leur électricité, s’impose comme solution à la précarité énergétique et se renforce en tant qu’outil de pédagogie et de sensibilisation aux énergies renouvelables. 20 Solar Sound System sillonnent désormais le monde, ayant à leur actif plus de 400 évènements, festivals, campagnes de mobilisation, de l’Inde à Taïwan en passant par le Cameroun. Le public est multi-générationnel. « Nous avons une programmation du jazz à l’électro qui rassemble toutes les générations, mon but est de rassembler les gens et la musique est un excellent moyen », précise Cédric Carles.

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SoulStereo @ Gaité Lyrique – expo SayWatt! : Le culte du Sound System

Des « smartmeters » vont prochainement permettre au public de voir en direct les données de consommation énergétique. Il explique que « l’énergie étant invisible, les smartmeters sont indispensables pour que le public puisse voir et appréhender concrètement les énergies et l’efficacité énergétique ». Il travaille aussi sur des générateurs-vélos pour Velib, car il « rêve de voir tous les parisiens pédaler pour la fête et les énergies renouvelables ». Une scène musicale alimentée à 100% en énergie renouvelable est en cours de développement. Avec le 3S, le facteur 4 devient réaliste dans le domaine de la musique live.

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dj Yellow @ Institut du Monde Arabe – opening Weather Festival

Du Solar Sound Musette à la paleo-énergétique
Cédric Carles est depuis toujours un passionné des sciences et des techniques. Chercheur indépendant en histoire de l’énergie, il s’intéresse tout particulièrement aux solutions énergétiques et aux innovations sociales développées au début du siècle dernier. « Je trouve intéressante l’histoire du bigophone, inventé fin dix-neuvième par Romain Bigot, cet instrument de musique DIY et carnavalesque a révolutionné toutes les fanfares et toutes les fêtes populaires. Véritable revendication de la rue, des sociétés bigophoniques ont existé par centaines, durant des dizaines d’années et jouaient sur des bigophones de toute forme, en escargot, légume, dragon. La rue était partagée, drôle, joyeuse, festive, bon enfant. C’est ce que je cherche à recréer dans mes actions, des moments gratuits et conviviaux, sur fond de bidouille énergétique.” Il intègre cette démarche au Solar Sound System en créant le Solar Sound Musette. Ce Solar Sound particulier n’est pas présenté comme une invention mais une découverte archéologique. Cédric Carles prétend l’avoir trouvé dans un grenier rassemblant les décombres de la crise de 29 : vélos d’époque, phonographes, et ancêtres des vélos dynamos, à l’occasion de l’exposition Vivres du domaine de Chamarande (co-commissariat COAL) au printemps 2014. « Je suis convaincu que des solutions ont déjà été trouvées dans des situations comparables, il suffit de les rechercher dans le passé, lors de moments historiques parallèles au nôtre aujourd’hui, des moments de crise énergétique, comme la crise de 29. C’est ce que je nomme la paléo-énergétique. »

Dans la voie d’Eric Dussert, son alter égo en littérature ayant exhumé de nombreux écrivains dans son ouvrage remarquable Une forêt cachée, 156 écrivains oubliés, Cédric Carles démarre son nouveau chantier : ressusciter les techniques sans pétrole disparues. Ce vaste projet comprendra une publication et une exposition, ainsi que la création d’une communauté en open source, rassemblant et triant pour l’avenir, les meilleures trouvailles du passé.
Pour Cédric Carles, « la transition écologique n’est qu’une question de bon sens. Au lieu de regarder vers le ciel en attendant une formule miraculeuse – cette solution thaumaturgique risque fort d’être de la géo- ingénierie, il faut l’éviter absolument – prenons ce qu’il nous offre : une énergie en abondante, décentralisée et à faible impact. Nous avons tout en main pour démarrer, tous ensemble et faire de ce progrès un très beau moment collectif ». Play ! Party !

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Cédric Carles devant son Solar Sound Musette, domaine de Chamarande, 2014.

Alice Audouin
19 août 2014

L’agenda de Cédric Carles (sélection)

Jusqu’au 26 octobre 2014, exposition Vivre(s), Domaine de Chamarande,
30 août – 1er sept 2014 , LUSSAULT( 37 ), festival iCi même en bords de Loire
6 et 7 septembre 2014, Berges de Paris
21 septembre 2014 La Voie est Libre, à Montreuil
29-30 novembre 2014 : Art of Change 21

Liens 

http://www.solarsoundsystem.org
http://www.facebook.com/solarsoundsystem
http://www.atelier2ce.org

 

17 août 2014

J’ai testé l’upcycling

Madame Figaro m’a demandé pour son numéro du 16 août de jouer les novices et de tester l’upcycling ! J’ai inventé un événement imaginaire à partir de l’Upcycling Day que j’ai organisé en mars à Cergy-Pontoise et la fête de l’économie circulaire à Belleville organisée en mai dernier par le Festival du Vent. Je me suis inspirée de mes premiers ratés en couture lors des ateliers de l’UpcyclingDay.
Madame Figaro a tenu à ce que des noms plus « connus » de ses lectrices, comme Merci, soient rajoutés dans la version finale de l’article afin qu’elles ne perdent pas tous leurs repères 🙂
Voici ci-dessous ma version blog de l’article.
La version finale est sur le site de Madame Figaro et dans les kiosques jusqu’à jeudi. Cliquer ici.
Le dessin de l’article est de Marcel.

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J’ai testé l’upcycling !

Ressusciter, embellir, créer de nouveaux objets à partir de matériaux ou d’ objets déjà utilisés, déclassés, cassés ou jetés, quoi de plus merveilleux ? Transformer des chutes de tissus en robe, créer une lampe design avec des bouchons en plastique, un sac avec des emballages de bonbons, faire naître un bracelet à partir d’une chambre à air ou un fauteuil design à partir de carton, Cendrillon en a rêvé, l’upcycling l’a fait.

Cette pratique créative, jusqu’ici réservée aux super bricoleurs, aux nostalgiques des zazous ou aux radins, vient de passer dans les mains de la hype chic. Mon amie Hélène de la Moureyre (Bilum) s’est lancée dans l’aventure et crée désormais des sacs à partir de bâches publicitaires, de voiles de bateaux, d’air-bags, de gilets de sauvetage et même du drapeau français ! « Viens à la Fête du Upcycling, en plus il y aura cinq imprimantes 3D !» . Les geeks ont eux-aussi annexé la bonne veille récup’. Finie l’ambiance kermesse, l’élite surdiplômée s’en mêle désormais.

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Sacs Bilum

La fête de l’upcyling
Avec vingt ateliers proposés, c’est ma chance pour m’initier à cet univers. Attention, cela se prépare, on ne paye pas l’entrée mais on doit apporter son matériel, ses objets cassés ou ébréchés, ses capsules de café vides préalablement nettoyées, ses habits non portés, son matériel électronique hors d’usage, etc. Ne pouvant transporter les ¾ de ma garde robe ni les 2/3 du contenu de mes placards, je me contente d’échantillons. Me voilà avec deux immenses bagages à roulette comme pour partir vivre un an en Australie…mais je prends le métro vers Montreuil. Dès mon entrée dans le hall de la Fête de l’Upcycling, le mélange incongru d’ imprimantes 3D et de froufrous me frappe, il y a un joyeux bazar et le Tout Paris bobo semble avoir été invité.

Test d’aptitude
Pour démarrer mon initiation en toute discrétion, je choisis un atelier de création de bijoux chez Débrouille & Compagnie. Mon animatrice me montre une bague florale dont les volutes en anciennes capsules de café feraient pâlir de jalousie Victoire de Castellane. Elle me propose d’en créer une. Découper dans un dé à coudre un pétale de 2mm2 avec des pinces minuscules s’avère immédiatement au-dessus de mes forces. Un doute m’assaille. Sais-je utiliser mes dix doigts ? Je cherche dans ma mémoire ma dernière activité manuelle, c’est un paquet cadeau il y a deux ans. Je n’ai jamais joué au lego, je ne sais ni coudre, ni planter un clou, ni faire une mayonnaise, ni même brancher une box internet, je ne sais même pas rattraper un ballon et j’ai eu mon permis de conduire à 39 ans après six essais, suis-je inapte ?

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Lionel Schaeffer, Débrouille & Cie

J’annonce à mon animatrice que je crains d’avoir des doigts allergiques aux matériaux des capsules de café, montrant un début de rougeur sur mon index ayant trop forcé sur la pince, je profite de son air interloqué pour déguerpir à l’autre bout du salon. Cela tombe bien, un atelier de customisation de vêtements animé par les Gambettes Sauvages démarre. Ma veste noire, hélas inusable, est candidate. C’est parti pour le style Zazie & Diderot avec la création d’une aile d’ange en mini clous sur un poche de ma veste.  Un nuage de points abstraits en résulte. Je n’ai plus qu’a essayer sur l’autre poche pour sauver la mise. Même résultat. Ma veste est bonne pour Emmaüs, je viens de trouver le moyen de m’en débarrasser, youpi !

Café 3D
Voilà qu’apparaît enfin sur le stand de Withaa ce que je devine être une imprimante 3 D. Enfin une ! Je peux voir et toucher Martin Maker King. L’animateur me propose d’intervenir sur ma cafetière Empire en argent qui a perdu sa anse. Il va non seulement créer une anse mais d’une forme originale car « sinon ce n’est que de la réparation et non du upcyling » me dit-il. Il me propose une forme de dragon. Je me dis que Napoléon n’aurait pas dit non. Je vois sortir, couche par couche, d’un gros tube de dentifrice, un objet vert fluo. « C’est à base d’algues bretonnes ? » Non, c’est du plastique. Moi qui pensais que tout était écologique. Le vase empire avec sa magnifique anse en plastique vert fluo surgit tel un nouveau it déco. Je suis bluffée.

Upcycler à l’infini
Je sors de l’univers technique très agréable car les animateurs font tout à notre place et retourne chez les doigts de fées. Mon regard est attiré par une machine à coudre sur le stand de Sakina M’Sa. Etant donné qu’elle ressemble à mon robot ménager et que je sais déjà faire des carottes râpées, je me dis que c’est pour moi. Dans cet atelier de création de robes à partir de chutes de tissus, je demande si un foulard est envisageable. Je casse l’ambiance, je le sens. Mon animatrice me montre comment faire. Copier c’est plus facile que créer, j’ai appris ça en économie. C’est parti sur la pédale, la machine démarre à 280 km/h, cela va si vite que n’arrive pas à m’arrêter, le fil continue dans le vide, j’oublie de lâcher la pédale et je perds 65 mètres de fil en 6 dixièmes de secondes. Je prends la pause stoïque d’une employée de Lejaby licenciée depuis 2 mois et je finis l’ourlet, une séquence particulièrement périlleuse consistant à passer de 180 km/h à zéro en moins de 1 seconde avec la pédale tout en montant et descendant un loquet. Cela devient très compliqué, trop pour moi !

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Ca part trop vite !

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C’est trop dur ! Je m’effondre, heureusement, mon animatrice est là pour remonter le moral.

La styliste star de la mode éthique Sakina M’Sa vient en personne me féliciter « C’est très bien pour une première fois ! » Je me dis qu’ils sont tous gentils dans l’upcycling, car personne ne m’a encore dit que j’étais nulle.
Dans mon trajet de retour, mon hémisphère gauche reprend le dessus, je calcule que je viens d’apprendre en 5 minutes quelque chose qui aurait pu me faire économiser 17 598 euros de linge de maison et que si je m’y mettais vraiment je pourrais économiser 56 785 euros d’achats habits jusqu’à la fin de mes jours et éviter ainsi 800 kilos de déchets.
A son arrivée à la maison le soir, mon chef déco ne rate ni mon foulard « c’est un torchon ? » ni le vase hybride Empire-3D « c’est génial ! » Je n’ai plus qu’à upcycler le foulard. Et si j’en faisais deux sous verre, ou mieux encore, des confettis ?

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Illustration de l’article par Marcel

Alice Audouin
17 août 2014

Voir l’article publié (version longue) sur le site de Madame Figaro

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