Archive for juin, 2014

29 juin 2014

La seconde vie de l’exposition Monumenta 2014

L’exposition Monumenta 2014 démarre une seconde vie grâce au réemploi innovant et solidaire de son mobilier et de ses matériaux.

2139712475_800x533_cr Une innovation pour une exposition à fort impact environnemental. Du 10 mai au 22 juin 2014, l’exposition Monumenta 2014 L’étrange Cité d’Ilya et Emilia Kabakov a occupé la Nef du Grand-Palais sur près de 1500 m2 et a produit environ 200 tonnes de déchets (bois, peinture, crépis, moquette, mobilier, etc.) Consciente des enjeux environnementaux d’une exposition d’une telle envergure et déjà engagée sur le recyclage, la Rmn-Grand Palais a décidé d’aller plus loin à l’aide de spécialistes de l’économie circulaire et du développement durable, Alice Audouin*, consultante et co-fondatrice de l’association Coal et Renaud Attal, co-fondateur de Co-Recylage.com. Sous l’impulsion de Madame Valérie Vesque-Jancard, directrice générale déléguée de la Rmn-Grand Palais, ils ont conçu et mis en œuvre une solution novatrice au démontage de Monumenta 2014, un circuit de réemploi sur-mesure non seulement pour le mobilier (tables, bancs, bureaux d’accueil…) mais aussi les parquets, les moquettes, les moulures, les portes de l’exposition et une partie des cloisons. 10450837_10152485725932232_7773331909195035089_n Une solution solidaire vis-à-vis du secteur culturel Les bénéficiaires de ce circuit ont été sélectionnés avec la volonté de prolonger la dimension utopique et les valeurs de l’exposition. Il s’agit d’acteurs et de hauts lieux du « Do It Yourself », de la solidarité, du « Bio Hacking », de l’écologie, de l’économie sociale, de la culture et de l’open source : La Paillasse, Le Pavillon des Artistes (réseau RCube), Bâtisseurs d’Emmaüs, FreeSpace Paris, la Recyclerie, les festivals Krenchtown et WeLoveGreen, La Réserve des Arts, l’épicerie solidaire ASSECA du réseau WeArePhenix.com… Après avoir récupéré le mobilier et les matériaux de l’exposition, chacune de ces structures les réutilisera et les « upcyclera » selon ses besoins et ses envies. Dès juillet, l’exposition Japan Expo se servira des tables récupérées. Marie Schneegans de l’espace d’innovations collaboratives FreeSpace Paris, témoigne « Tous les meubles nous sont d’une grande aide. » Les acteurs du secteur culturel, que ce soient les associations, les festivals ou les artistes, sont très demandeurs de mobilier et de matériaux. Le réemploi et la réutilisation qui sont des étapes essentielles avant le « recyclage matière », permettent à l’économie circulaire d’être véritablement vertueuse. La démarche contribue à développer les principes de l’économie circulaire dans le secteur culturel, afin qu’il soit un promoteur mais surtout un acteur d’une société plus durable.

De la culture à la culture Cette action n’est pas seulement écologique et sociale, mais également culturelle. Elle prolonge l’univers symbolique et l’engagement d’Ilya et Emilia Kabakov et propose un regard inédit sur leurs thématiques de recherche. Dans leur exposition, les artistes ont mis en scène leur réflexion sur la disparition des tableaux dans la salle Le Musée Vide. Interroger l’art du point de vue de sa pérennité et de l’utilité des objets tout en ravivant les dimensions symboliques et sacrées, rejoint les préoccupations de l’écologie. Le philosophe Boris Groys commente la démarche atypique des artistes dans le dossier pédagogique de l’exposition (partie 2) : « Dans les faits, le musée ne se différencie pas essentiellement d’une décharge. Dans les deux cas, il s’agit d’une collection de choses superflues, inutiles, « mortes ». Seulement, le musée est un paradis pour ces choses mortes qui sont classées, conservées, entretenues et exposées comme objets dignes d’admiration. » Les artistes du Recycl’art, créant des oeuvres uniquement à partir d’objets récupérés comme l’artiste Anti impliqué dans le circuit mis en place pour Monumenta, répondent à leur manière à la question soulevée dans l’exposition. Les dimensions politiques et utopiques du travail d’Ilya et Emilia Kabakov continuent avec leurs « héritiers » qui défrichent de nouveaux sentiers et bâtissent une autre cité.

Renaud Attal et Alice Audouin, partenaires du démontage « responsable » de Monumenta.

* auteur de cet article et de ce blog

VOIR LE COMMUNIQUE DE PRESSE CP30JUN2014MONUMENTA

Alice Audouin 30 juin 2014

8 juin 2014

L’artiste, passeur vers la société post-carbone

Le moment est venu pour l’artiste de jouer un rôle clé face à l’enjeu du changement climatique, en témoignent l’augmentation du nombre d’artistes impliqués dans la recherche et la mise en oeuvre de solutions, les appels exprimés de la part des sphères scientifiques et la place émergente de la culture dans la politique internationale en matière d’environnement.

L’éminent scientifique Luc Abbadie (Université Pierre et marie Curie, ENS) lançait publiquement en avril dernier lors de la remise du Prix COAL Art & Environnement 2014 au Musée de la Chasse et de la Nature « Artistes, nous avons besoin de vous ! » Il révélait son sentiment d’impuissance à convaincre de l’ampleur du changement nécessaire pour limiter la crise environnementale et affirmait que les formes d’expression portées par les artistes étaient plus que jamais nécessaires « pour faire passer le message ».

Par ailleurs, le secteur culturel se trouve aujourd’hui encouragé par les plus hautes instances internationales qui plébiscitent enfin la culture comme moyen de prise de conscience et de changement. Les Nations-Unies ont voté fin décembre dernier leur première résolution sur la culture et le développement durable et le 5 mai 2014, le premier colloque onusien consacré à « prendre en considération le rôle de la culture » pour les questions de développement durable a eu lieu. (Voir http://www.aliceaudouin.com/2014/04/developpement-durable-phase-2/)

L’approche de l’artiste comme « partie prenante », thème du premier colloque sur ce sujet en France (conçu et organisé par Alice Audouin, porteuse du projet Art of Change 21) il y a dix ans, le 8 juin 2004, à l’Unesco, dépassait les notions d’objet d’art ou d’exposition, pour valoriser l’action et le rôle de l’artiste en tant qu’acteur dans la société. Aujourd’hui en 2014, les artistes contribuent à la transition écologique dans les domaines de l’agriculture, l’habitat, l’énergie, la mobilité, etc. Ils conçoivent et mettent en œuvre un nombre croissant de projets et d’actions, comme en témoignent les centaines de projets reçus chaque année par l’association française Coal. Sur l’ensemble des projets finalistes du prix Coal depuis 2010, plus de 60 % sont devenus réalité. Les artistes sont aujourd’hui du côté de la solution.

Dans le cadre des actions du MEDDE en faveur de la culture et de l’écologie, l’association COAL Art & Développement Durable a réalisé en 2011 un état des lieux international des initiatives « Art, écologie & développement durable » (voir l’étude complète sur le site de Coal).

Cette étude démontre que les initiatives culturelles « green » intègrent comme précurseurs le nouveau « logiciel » de la société pos-carbone et des approches collaboratives et citoyennes. Elles combinent trois dimensions essentielles à la société post-carbone : l’alliance des dimensions sociales et environnementales, l’approche multi partie-prenantes, et enfin une dimension anti-anxiogène et pro-active levant les verrous et les freins vis-à-vis  du changement.

Le développement durable dans toutes ses facettes est intégré à la démarche.

« Dimensions de l’action artistique »  :

facettes 

Loin d’être dans l’opposition ou le catastrophisme, l’action est orientée solution

« Objectifs des actions culturelles » :

 objectifs

 

L’approche artistique est « multi parties-prenantes »

« Publics associés aux actions culturelles «  :


publics