Archive for mars, 2014

27 mars 2014

Hélène Le Teno, la nouvelle ambassadrice de la transition écologique

La lutte contre le réchauffement climatique garde sa main de fer mais se gante de velours. Le visage angélique et juvénile d’Hélène Le Teno masque habilement sa colère contre la société du gâchis, sa détermination à toute épreuve et son Q.I. qui n’a rien à envier à celui de ses patrons Alain Grandjean et Jean-Marc Jancovici (Cabinet Carbone 4). Aujourd’hui, Hélène Le Teno prend la suite de « Janco » et publie avec Alain Grandjean  « Miser (vraiment) sur la transition écologique », aux Editions de l’Atelier (parution le 13 mars 2014). 

Après le choc du duo « Janco-Grandjean », qui expliquait sans ménagement que, d’accord ou pas d’accord, tout le monde allait atrocement souffrir à l’avenir à cause du climat et ferait mieux d’apprendre à bêcher et pédaler sur de longues distances immédiatement :-), voici le tandem de charme « Le Teno-Grandjean ». Davantage « ying & yang », ce nouveau duo joue une carte plus en rondeur, invitant davantage les lecteurs à désirer le changement.
Diplômée de l’École nationale des Ponts et chaussées, Hélène Le Teno a déjà publié une Cartographie de la transition carbone, par la fondation The Shift Project.

Interview.

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Alice Audouin : Pourquoi avoir étendu la notion de transition énergétique à celle de transition écologique ? Quelle est la différence entre les deux ?
Hélène Le Teno : La transition écologique, c’est passer d’un système économique vorace en ressources, près de 12 tonnes de matières par habitant et par an en France, à un système qui permettra de faire « beaucoup mieux avec beaucoup moins », moins de pétrole, mais aussi moins d’eau, moins de terres arables, moins de minerais, et de générer beaucoup moins de pollutions. C’est donc beaucoup plus large que la transition énergétique qui ne couvre que le passage vers des énergies vertes et une meilleure maîtrise de la demande en énergie. Faire la transition écologique, c’est donc un défi plus vaste, mais qui permet de rassembler plus largement les citoyens: ceux qui se soucient de manger « bon et sain », tout comme ceux qui veulent isoler leur maison, ou ceux qui veulent financer divers projets porteurs de sens tout près de chez eux.

A.A. : Quel est le secteur économique le plus avancé sur le chemin de la transition écologique ?
H. L. T. : Il est difficile de dire quels secteurs devraient monter sur le podium à ce jour. Dans la construction, les transports, l’agriculture, l’industrie, nos progrès sont plutôt timides. La ponction sur les ressources et les pollutions induites baissent à très petite vitesse, et de nombreux progrès technologiques sont annulés par l’effet rebond: si j’ai une maison mieux isolée, je vais souvent en profiter pour me chauffer un peu plus et gagner en confort… Rappelons que les émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation des ménages français continuent à monter, en raison de la grande quantité de produits importés, produits de plus en plus complexes, fabriqués dans des pays qui n’ont pas toujours de politique énergétique ou écologique forte.
Si l’on est positif, dans chaque secteur, on trouve heureusement des pionniers, des projets qui sont des « graines de transition » qui nous indiquent ce que pourrait être le monde de demain. Pour un avenir moins hasardeux, il est essentiel de les aider à s’épanouir et de favoriser leur démultiplication.

A.A :
Selon vous, il suffirait de changer son alimentation pour commencer à changer la donne. Cela semble accessible, bien davantage que de changer de mode de transport ou de logement. Comment réussir ce premier pas ?
H. L. T. : L’alimentation reste en effet la première de nos fonctions vitales! Manger mieux, plus sain, et pour pas plus cher est désormais possible, même si les impressions telles que « le bio est cher » restent vivaces. Ces impressions sont largement fondées quand nous nous approvisionnons par les canaux majoritaires, c’est à dire tant que nous ne participons pas activement au développement de circuits courts entre le producteur et le consommateur final. Y parvenir seul est nécessairement peu efficace, qui va aller à la ferme tous les jours, puisque nous sommes urbains à plus de 90% ?, mais « faire ensemble » des petits projets pour y arriver c’est possible: s’inscrire dans une AMAP, acheter des paniers, cuisiner ensemble de bons plats à partager ou emporter sa boite repas, participer à la vie d’un Biocoop, pousser au changement de pratique dans les cantines, mettre un peu de son épargne dans la Foncière Terre de Liens, devenir flexitarien c’est-à-dire manger un peu moins de viande, mais sans dogmatisme, et pourquoi pas, passer quelques heures joyeuses dans un petit carré de potager privatif ou partagé? Les pistes ne manquent pas pour les gourmands…

A.A :
L’évolution de la finance est essentielle à la transition écologique ? Pourquoi ?
H. L. T : La transition écologique dépasse bien entendu la question de « faut-il implanter des éoliennes ou des panneaux solaires ». Il s’agit de faire muter l’ensemble de nos organisations économiques et politiques, pour que demain nous sachions être réellement économes – à savoir faire au moindre coût en euros, mais aussi au moindre coût en ressources. Or aujourd’hui la finance mesure et arbitre en fonction de rentabilité « directe » , comme la marge d’une entreprises, le rendement d’un placement, sans considérer les coûts globaux d’une activité ou d’un projet: ses impacts négatifs ou positifs sur l’emploi, ses impacts sur l’environnement.
Faire la transition écologique, c’est donc donner sa juste place à la finance, en faisant appel à tous ses outils, mais en ayant bien compris que notre avenir dépendra de notre capacité à bien gouverner les « biens communs ». Ces derniers sont les ressources naturelles, la stabilité du climat par exemple, mais on peut aussi considérer comme Gaël Giraud que la liquidité et le crédit sont des biens communs, et que leur gouvernance ne doit pas échoir dans les seules mains des financiers. Les chantiers à enclencher dans le domaine financier sont énormes: nous l’avons appelé le Décathlon de la transition dans notre livre, afin de bien décrire les différents moyens qu’il nous faudrait saisir, et dire aussi que dans l’attente de tous ces changements, l’action individuelle ou locale est indispensable.
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A. A. : Vous vous appuyez sur la sociologue américaine Juliet B. Shor, qu’apporte-t-elle à votre approche ?
H. L. T. : Juliet Schor traite largement et avec brio de plusieurs notions. Elle présente l’évolution de l’usage du temps, et nous rappelle à quel point notre temps quotidien est happé par le travail et la consommation. Le temps dédié à des loisirs non marchands (lire, jardiner, etc) est toujours plus restreint, alors même qu’en théorie les technologies et l’industrialisation auraient du nous offrir un surplus de temps considérable. Elle poursuit en disant que dans un monde qui va être contraint par les ressources physiques, et dans lequel il faudra réapprendre à faire certaines choses par soi-même, restaurer le capital social est une des premières priorités de la transition écologique. Restaurer ce capital, c’est ranimer la trame de nos relations humaines, pour qu’elles soient certes agréables mais aussi productives à tous égards, que nous puissions échanger des savoirs et savoir-faire utiles et pas seulement partager uniquement des divertissements ou hobbies.


A.A.
« Faire ensemble » doit remplacer le « vivre ensemble » pour réussir la transition, mais comment y parvenir, sachant que le « vivre ensemble » est lui-même déjà délité ?
H. L. T. : Notre analyse est que le « vivre ensemble » est délité justement parce qu’il s’agit d’une chimère à bout de souffle qui nous est proposé par l’essentiel de nos grands médias et nos politiques pour masquer la faillite systémique dans laquelle nous nous trouvons: transitions sociales et sociétales majeures, baisse du pouvoir d’achat moyen et effets d’exclusion, fin du processus d’urbanisation et souvent perte d’attachement territorial, perte de sens fréquente au travail dans des entreprises fragilisées, absence de projets communs puisque l’essentiel du temps des citoyens est passé à travailler plus pour dépenser plus – ce qui ne ressemble guère à un projet de vie séduisant. Faire ensemble, c’est redécouvrir qu’il peut être humainement beaucoup plus épanouissant d’accomplir un projet, petit ou gros, à plusieurs, que d’arpenter côte à côte les galeries commerciales, ou d’échanger des selfies, et qu’à la fin ces efforts conjoints bénéficient à nous, à nos proches, à nos enfants… 

A.A : Vous critiquez les selfies. La campagne actuelle de la Fashion Revolution Day  est basée sur des selfies que chacun envoie en portant son vêtement à l’envers pour montrer son étiquette et donc poser la question des conditions de fabrication des vêtements. Par ailleurs, le selfie le plus répandu, celui d’Helen DeGeneres à la dernière cérémonie des Oscars a permis d’écouter son discours dans lequel elle évoque le racisme qui prévaut parfois à Hollywood. Cet outil est-il forcément en contradiction avec la cause qu’il peut servir ou bien est-il bienvenu pour une mobilisation pour le développement durable ?
H.L.T : Les selfies peuvent probablement être utiles pour réconcilier l’égo individuel et l’idée du faire ensemble, mais pour l’instant, je les vois plutôt comme une expression extrême de notre individualisme et du souci de l’apparence, et comme une marque de la civilisation du tout tout de suite, plutôt qu’un moyen d’enclencher ou populariser un travail de fond, pour réaliser des mutations fortes de notre système économique. L’avenir nous dira peut être le contraire!

A.A : Si vous deviez justement utiliser la publicité comme moyen de promotion du développement durable, duel serait l’argument publicitaire pour vous choisiriez pour rendre désirable le mode de vie sobre en carbone que vous plébiscitez et tout ce qu’il intègre entre autres, l’autoconsommation, la réduction du temps de travail et le travail physique ?
H. L. T. : « Demain j’arrête de me fatiguer:  je cultive mon jardin » ou « Nous avons tout entre nos mains / Tout est dans nos mains, devenons riche ensemble ». C’est sans doute moins lapidaire que « Power from the People » de Greg Pahl aux Etats-unis, mais les français ne sont peut être pas encore prêts à se reprendre en main…

A.A. : D’où vient votre détermination à faire avancer une solution ?
H. L. T. : Pour peu qu’on accepte d’ouvrir grand les yeux sur notre monde moderne, on est vite rempli d’une colère en face d’un intense gâchis: gâchis humain avec un taux de chômage déraisonnable et toujours croissant assorti d’un « vide spirituel » qu’on peut qualifier d’abyssal, gâchis environnemental sans précédent, gâchis économique car les richesses dans notre pays ne semble pas toujours affectées à des endroits qui ont un sens pour l’avenir. C’est peut être le propre des écolos de s’indigner toujours et encore devant le gâchis, et de ne pas trouver que l’essentiel est de faire la fête sans penser aux lendemains difficiles…et c’est justement cette vision « moralisatrice » qui peut fatiguer ceux qui le sont moins, mais fondamentalement il m’est juste impossible de me résigner à autant d’absurdité! Soyons vivants tant que nous sommes sur cette planète!

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A.A La France hébergera la COP 21, la conférence du climat, en 2015, va-elle mobiliser ou démobiliser les Français selon vous ?
H. L. T : Les grandes négociations climatiques internationales peinent à rassembler et motiver le grand public. Si l’action mondiale est souhaitable, et même nécessaire, elle se heurte souvent à des obstacles récurrents : il est très difficile de bâtir des consensus et de s’engager à agir avec la même intensité, à 150 ou 200 parties. C’est pourquoi on considère souvent que le minilatéralisme est plus efficace que le multilatéralisme.  Se réunir et décider à huit ou dix parties évite souvent l’écueil d’une conclusion « moins-disante », a minima, qui ne satisfait personne et n’est pas à la hauteur des enjeux. Accueillir la COP21 reste une chance: espérons qu’elle sera un grand temps de partage, de mise en relation entre acteurs et pays, et qu’elle permette de diffuser de nouvelles bonnes propositions et pratiques. Espérons aussi qu’elle permettra de rappeler le principe de subsidiarité, principe moral qui permet d’accélérer le changement et d’être plus efficace pour mener à bien la transition: ce qui peut être fait à l’échelon local doit être fait à l’échelon local (par nous tous), et que l’échelon global joue uniquement son rôle mais le joue bien.

A.A. :
Vous travaillez chez Carbone 4, un repère d’ingénieurs passionnés de climat. Quel est la place des ingénieurs dans la transition écologique ?
H. L. T : Ce qu’on peut attendre d’un ingénieur aujourd’hui ce n’est malheureusement pas qu’il découvre l’énergie 100% propre, ou l’alchimie qui permette de fabriquer tout à partir de rien. C’est un aveu de faiblesse, sans doute salutaire, que de ne pas se prendre pour des génies. La fonction pratique de l’ingénieur peut être d’aider à mieux comprendre, modéliser, optimiser des systèmes complexes. Il reste néanmoins démuni en général devant la « matière humaine ». Beaucoup de décisions politiques ne sont pas prises sur des critères rationnels d’efficacité, beaucoup de comportements des citoyens et de consommateurs sont trop complexes pour être prédits ou modélisés, bref, la vraie vie ne tient pas en équation. L’ingénieur moderne doit surtout s’entourer de sociologues, de biologistes… et de ses voisins du dessus, pour redescendre sur terre, et apporter sa modeste contribution au chemin de notre histoire à venir !

A.A : Remplacer Jean-Marc Jancovici comme co-auteur d’Alain Grandjean est un sacré challenge non ?  🙂
H. L. T : L’idée n’était surtout pas de remplacer Jean-Marc, qui est bien sûr irremplaçable. Alain a d’autres co-auteurs que Jean-Marc, comme Gabriel Galand avec qui il a écrit « La Monnaie dévoilée ». Pour moi, il s’agissait plutôt d’entrer dans une logique de co-création mise en place par Alain depuis longtemps . Le pari de ce nouveau livre, c’est d’apporter une vision optimiste et séduisante de la transition écologique. C’est de montrer qu’il s’agit d’un projet de société nouveau, motivant, créateur d’emploi et de richesses sur nos territoires, indispensable pour nos générations. Ecrire avec Alain Grandjean permet de confronter sa compréhension profonde du fonctionnement et des impasses de notre société dans son ensemble avec mes observations plus empiriques et la dynamique de la Génération Y que je représente, sur l’urgence de nous réinventer pour assurer notre futur. Nous avons réussi à partager nos convictions, nos propositions et notre enthousiasme, ce fut une collaboration très fructueuse pour moi.

A.A : Dans votre vie, comment mettez vous en oeuvre la transition écologique ?
H. L. T : Je ne pense pas faire mieux que tout le monde! Dit autrement, je compose avec les impératifs de la vie moderne – avec le besoin de faire « bouillir la marmite » pour élever des enfants, et ce sans prendre le risque de nous faire écraser à vélo dans les rues de Paris… Si je peux choisir un métier auquel je crois, je fonce et j’y vais. Si je peux éviter de me goinfrer (de nourriture ou d’achats), tant mieux pour le porte monnaie et la planète. Si je peux partager ce que j’aime et que c’est « un peu vert », finalement, c’est ce qui compte.

A. A : Si vous deviez changer de vie, quelle autre vie choisiriez vous ?
H. L. T. : Au risque de sortir un poncif, planter des légumes, des fruits et des fleurs par exemple, c’est-à-dire se casser le dos à ras du sol et gagner peu de radis, mais avoir le plaisir de sentir les saisons, de voir le soleil se lever et se coucher et de respirer autre chose que les effluves de la ville. Ces métiers peuvent aujourd’hui être pratiqués autrement et avec plus de peps qu’il y a quelques décennies, c’est le pari de l’expérimentation de la microferme en permaculture de la Bourdaisière par exemple.

Alice Audouin
27 mars 2014
17 mars 2014

Les dix nominés du Prix COAL 2014 sur le thème « Paris »

Le Prix COAL Art et Environnement récompense chaque année depuis 2010, des projets d’artistes contemporains sur les enjeux environnementaux. Il est consacré cette année au thème : « Paris ». Les dix projets finalistes verdissent, bousculent et ré-enchantent Paris pour en faire la capitale du monde de demain. Le lauréat sera choisi par un jury prestigieux le 10 avril prochain au Musée de la Chasse et de la Nature et recevra 10 000 euros. 

Pour la cinquième édition du Prix COAL, près de 200 dossiers d’artistes provenant de plus de 30 pays ont été reçus. De nombreux artistes renommés et pionniers de l’art en lien avec l’écologie y ont participé. Ce succès reflète l’engagement toujours plus fort des artistes sur le thème de l’environnement et la montée en puissance du Prix COAL sur la scène internationale. La remise du prix aura lieu le 10 avril 2014 au Musée de la Chasse et de la Nature, en présence des artistes et du Jury.
Le Prix COAL est organisé par l’association COAL, présidée par Alice Audouin.

Les dix finalistes sont : Ettore Favini, Étienne de France, Christina Hemauer et Roman Keller, Natalie Jeremijenko, Geoffroy Mathieu, Helen Mayer et Newton Harrison, Naziha Mestaoui, Michael Pinsky, Igor Ponosov et Åsa Sonjasdotter.

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10 PROJETS SUR PARIS, LE THÈME PROPOSÉ POUR LE PRIX COAL 2014

(Cliquer sur le nom du projet pour voir sa présentation)

Grâce au Baron Haussmann, Paris a de magnifiques avenues mais de minuscules parcs et jardins. Trois artistes ont choisi de modifier la morphologie urbaine de Paris et de donner à la nature une nouvelle place esthétique, écologique et politique. Par l’appropriation sauvage de l’existant et un esprit de dé- sobéissance civile pour un mieux-être urbain environnemental et social, le projet participatif Urban Replanning du russe Igor Ponosov, fondateur du mouvement mondial d’artivisme urbain PARTIZANING, consiste à détourner et inventer des éléments signalétiques urbains, comme les panneaux de la signalétique routière, dans le but de re-planifier la ville au quotidien. Artistes pionniers du mouvement “eco-art” aux États-Unis, le duo américain composé de Helen Mayer et Newton Harrison, réfléchit, à l’heure où la construction du nouveau Forum des Halles bat son plein, à y installer un lac, A Lake for les Halles, pour combler le manque de points d’eau existants dans la capitale et purifier l’eau de la Seine. La proposition de l’artiste new-yorkaise Natalie Jeremijenko, OOZ, replace la biodiversité au cœur de la capitale et donne la part belle aux insectes, grâce à plusieurs installations de grande ampleur comme des ponts à papillons ou une tour monumentale, véritable zoo urbain en faveur du bien-être des espèces.

Au sein de la capitale, plus de quatre cent parcs et jardins s’offrent aux habitants et visiteurs. Mais à l’évocation du vé- gétal parisien, les arbres et zones vertes de Paris semblent davantage avoir une fonction décorative qu’effective… En opposition à cette idée, trois artistes engagent les citoyens à devenir végétaliseurs de la ville. Le projet Verde Curato da… Voi de l’italien Ettore Favini consiste en l’implantation de distributeurs de graines dans la ville, afin de la reboiser et de stimuler la participation collective par le biais d’une interface Internet. La suédoise Åsa Sonjasdotter, propose de célébrer la pomme de terre, féculent de la révolution française, avec High Diversity et de réimplanter sa culture partagée au cœur historique de la capitale. La belge Naziha Mestaoui utilise les nouvelles technologies dans son projet One Beat One Tree pour aider les parisiens à prendre conscience de l’impact en CO2 de leurs modes de vie, qui nécessitent sans cesse, pour les compenser, de nouveaux puits carbones : des arbres. Avec son dispositif virtuel, les parisiens deviennent de réels planteurs d’arbres.

Paris est la capitale de la voiture. Le métro, le Vélib’ et plus récemment les véhicules électriques Autolib’ ne sont pas ar- rivés à la débarrasser de ses particules fines dues au diesel, de ses émissions carbone et de ses embouteillages. Deux artistes réinventent les modes de transports de la capitale en favorisant l‘humain, l’autonomie et la contemplation réflexive. Étienne de France imagine ainsi les nouveaux transports publics de demain avec Archipels, une série d’embarcations utopiques sur la Seine, où l’on cultive des aliments en même temps que l’on se déplace à l’aide d’énergies renouvelables. Rappelant à l’individu l’intérêt de la marche à pied, le photog- raphe Geoffroy Mathieu propose quant à lui d’expérimenter le Tiers paysage parisien avec son projet Marcher, Photographier. Par la réalisation de portraits et la captation d’éléments naturels rencontrés au gré d’une marche artistique sur les 120km de la « petite couronne » de Paris, l’artiste expérimente les zones périurbaines qui composent le futur Grand Paris.

Ville nostalgique de son faste et de sa renommée, Paris se transforme lentement en ville-musée. Il ne lui reste plus qu’à célébrer la fin de ses lumières, celles, incandescentes, que les artistes suisses Christina Hemauer et Roman Keller propo- sent d’éteindre pour la dernière fois devant le Grand Palais avec End of Life. La Parisienne ne reconnaît déjà plus les saisons. Les crues, les pics de pollution et les canicules vont se multiplier sous l’effet du réchauffement climatique. L’artiste d’origine écossaise Michael Pinsky avec Plunge Paris place une jauge faite d’un néon bleu translucide sur les œuvres verticales de Paris, de l’Obélisque à la Colonne Vendôme, pour indiquer le niveau de la mer dans un millier d’années. Les artistes imaginent ainsi la fin amère d’une ville célébrée pour son architecture, abritant les chefs d’œuvre du passé, et rappellent à tous les urgences auxquelles ils doivent faire face, pour prémunir Paris de l’oubli. La capitale accueillera la 21e conférence du climat l’an prochain. L’occasion pour Paris de révéler son engagement dans la lutte contre le change- ment climatique avec inventivité.

LE JURY DU PRIX COAL 2014

Claude d’Anthenaise, Conservateur en chef du Musée de la Chasse et de la Nature
Fabrice Bousteau, Rédacteur en chef de Beaux-Arts Magazine
Patrick Degeorges, Philosophe, idées émergentes et stratégiques au Ministère de l’Écologie
Valérie Duponchelle, Critique d’art au Figaro
Pierre-Henri Gouyon, Biologiste spécialisé en sciences de l’évolution, en botanique et en écologie, Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle
Catherine Larrère, Philosophe, professeur émérite à l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, Présidente de la Fondation de l’Écologie Politique
Dominique Lestel, Chercheur en philosophie au CNRS, affecté à l’Université de Tokyo
Laurent Le Bon, Directeur du Centre Pompidou Metz
Jacques Martial, Président de l’Etablissement Public du Parc et de la Grande Halle de la Villette
Raphaël Ménard, Directeur de la prospective, Groupe Egis
Pierre Oudart, Directeur adjoint chargé des arts plastiques à la Direction générale de la création artistique du ministère de la Culture et de la Communication

LAURÉATS DES PRÉCÉDENTES ÉDITIONS

En 2013 Architectures transitoires de Laurent Tixador sur le thème Adaptation ; en 2012 La Banque de reines d’ Olivier Darné, sur le thème de la ruralité ; en 2011 Marbre d’ici de Stefan Shankland, ainsi que Folia Atropoïca d’Art Orienté Objet et Beuy’s Acorns d’Ackroyd & Harvey dans une catégorie spéciale Forêts ; en 2010 Assolement de Thierry Boutonnier.

En savoir plus : www.projetcoal.fr 

10 mars 2014

Succès de l’Upcycling Day, la première journée de l’upcyling et de l’économie circulaire

L’Upcycling Day s’est tenu le 5 mars 2014 à l’Université de Cergy-Pontoise. Il s’agit du premier événement d’envergure entièrement dédié à l’upcycling et l’économie circulaire, en université comme dans l’hexagone. Conférences, projections, ateliers et exposants ont rythmé une journée exceptionnelle pour un large public d’étudiants, de professionnels et de citoyens. Les performances environnementales, sociales et économiques de l’upcyling et de l’économie circulaire ont été plébiscitées et ont généré une forte envie d’action et de mobilisation. 

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Economie circulaire, upcycling, des leviers stratégiques pour un avenir durable
L’économie circulaire, dont le upcyling est une branche novatrice et créative, est au coeur de la dynamique du développement durable. Elle s’impose à la fois comme solution à la crise environnementale et comme évolution logique de notre économie « linéaire » aujourd’hui confrontée à une pénurie de ressources. Stephane Coquelin du ministère de l’écologie, intervenant à l’Upcylcing Day, a insisté sur l’importance de l’économie circulaire pour le gouvernement actuel qui en a fait un thème central de sa dernière conférence environnementale. L’économie circulaire figurera également dans de nombreux temps forts de la semaine du développement durable début avril prochain, comme au salon 1.618, et elle sera au coeur de la Green Week début juin, l’événement « green » annuel de la commission européenne. L’Upcycling est un domaine phare et attractif de l’économie circulaire, qui consiste à valoriser les déchets. Encore peu connu en France, il est actuellement en fort développement dans de nombreux secteurs comme la mode, la décoration, etc.

Dans les conférences, la mise à l’honneur des entrepreneurs et de l’innovation.
La première conférence, « Style Upcyling », fut l’occasion d’ une émouvante rencontre entre la célèbre créatrice de mode éthique
Sakina M’sa qui a su toucher le public en relatant, entre autres, son incroyable défilé avec les détenues de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (lien vers la video), et Hélène de la Moureyre, fondatrice de la société Bilum, sous le regard amical d’Alice Audouin et des 120 participants à la conférence. Ces deux créatrices, mêlant l’entrepreneuriat à des valeurs d’intérêt général, ont suscité un véritable engouement de la part du public.

S. M’Sa, H. de la Moureyre, A. Audouin (animatrice)

LEUR AVIS SUR L’UPCYLING DAY
« Je suis fière et heureuse de faire partie de l’Upcyling Day. » Sakina M’Sa, intervenante et exposante.
« Bravo à l’université de Cergy. Oui, réinventons nos déchets et réenchantons nos déchets ! » Hélène de la Moureyre, fondatrice de la société Bilum, intervenante.

Dans la table ronde sur « l’économie circulaire comme solution d’avenir », l‘économie circulaire est apparue comme un enjeu économique et environnemental majeur qui, pour avancer, doit rapidement s’imbriquer à l’économie de fonctionnalité, l’eco-conception et la consommation collaborative. Une telle alliance pourrait, selon les conférenciers, devenir une nouvelle économie qui saurait mieux répondre aux défis sociaux, économiques et environnementaux actuels, en particulier au réchauffement climatique. Pour Anne de Béthencourt de la Fondation Nicolas Hulot et vice-présidente de l’Institut de l’économie circulaire, c’est la « performance d’usage » qui doit primer. Elle n’a pas hésité à interpeller l’université. « L’ université ne sert que 5 jours par semaine et huit mois par an, sa performance d’usage est mauvaise ! » Brieuc Saffré, fondateur de Wiithaa, affirme que l’économie circulaire doit davantage s’inspirer du biomimétisme, car « la nature ne connait pas le gâchis ». Philippe Schiesser, directeur d’Ecoeff, a témoigné de l’expérience de Mozinor à Montreuil, dont le fab lab Ecodesign Lab permet de valoriser les déchets d’une usine verticale et créer une forte convivialité à échelle locale. Enfin, Dorothée Courilleau du cabinet Gossement Avocats a prévenu que pour agir, il ne fallait pas attendre des lois, car elles seraient lentes à venir…

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Table ronde sur le rôle de l’innovation dans l’économie circulaire. De gauche à droite, Vincent de Montalivet, Alfred Rosales, Mathieu Estin, Daniel Baumgarten, Fabien Desport, Alice Audouin (animatrice), Yann Seyrat (étudiant)

La seconde table ronde intitulée « L’innovation au service de l’économie circulaire » a permis de mieux comprendre le rôle de chaque acteur pour la faire avancer. Les grandes industries sont d’ores et déjà dans une dynamique commune dans le cadre de leur association « Les Acteurs de l’écologie Industrielle » présidée par Fabien Desport, venu témoigner. Alfred Rosales, directeur général de FEDEREC (Fédération des entreprises du recyclage) a annoncé une grande campagne de pédagogie de valorisation des « matières dernières » afin de les transformer en « matières premières » par une optimisation du recyclage. Le web, et les réseaux sociaux jouent également un rôle clé en créant de nouveaux modèles de consommation collaborative en phase avec cette nouvelle économie, comme le dit Vincent de Montalivet, fondateur de la start-up My Recycle Stuff. Mathieu Hestin, chef de projet BIO Intelligence Service (Deloitte), a souligné l’importance de joindre l’économie de fonctionnalité et l’eco-conception à une démarche d’économie circulaire, pour aboutir à des modèles économiques rentables. Pour lui « Michelin, qui vend désormais des kilomètres parcourus au lieu de vendre des pneus est dans une démarche profitable et qui résout d’emblée l’obsolescence programmée. » Pour finir, Daniel Baumgarten, directeur délégué de Séché Environnement spécialisée dans le traitement des déchets, a montré la chaîne fertile qui part du déchet pour le transformer en énergie puis en aliment, démontrant que nous sommes bien loin d’avoir retiré tout le potentiel de nos déchets.

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Table ronde sur l’innovation

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LEUR AVIS SUR L’UPCYLING DAY
« C’est dense, très innovant et surtout à refaire. » Alfred Rosales (FEDEREC), intervenant.
« La matinée de conférences était très enrichissante. L’Upcycling Day une première qui en appelle d’autres. » Fabien Desport (Veolia, Les acteurs de l’écologie industrielle), intervenant.
« Les conférences étaient à la fois riches et fluides et à différentes échelles, de la start-up à la grosse industrie. » Cédric Carles, fondateur du Solar Sound System, visiteur.

Des ateliers et animations misant sur l’intelligence des mains
Le DIY (Do It Yourself) était au coeur des ateliers. Ils ont permis aux visiteurs de faire de nombreuses créations par eux-mêmes : des fleurs à partir de canettes et capsules Nespresso avec La Fée Crochette, des photophores à partir de canettes et des bagues à partir de chambres à air avec Débrouille et compagnie et Les dégonflés, des objets de décoration à partir de bouteilles recyclées avec Marron Rouge et PlastiKetic, des petits meubles en carton avec FH Concept. Les participants ont également « customisé » leurs vêtements avec Les gambettes sauvages, ou tout simplement appris à upcycler des tissus avec Talalilala ou avec la machine à coudre du Fac Lab. Ils ont également eu l’opportunité d’aborder des dimensions beaucoup plus techniques. Le Repair Café a permis à tous de réparer en direct son petit matériel informatique et électronique et SoSav, spécialiste de l’autoréparation de téléphones et tablettes, a montré aux blondes que réparer un Ipad n’était pas plus compliqué que de se faire un brushing. Enfin en extérieur, les visiteurs ont participé, chalumeau en main, à une oeuvre collective avec le sculpteur Arnaud Labarge, créée à partir de métaux récupérés.

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Arnaud Labarge explique le principe de la sculpture en métal aux participants à son atelier

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Le matériel de création de Marron Rouge et PlastiKetic

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Débrouille et Compagnie

Le troc était également un temps fort de l’événement. Tout au long de la journée fut animée une troc party, en partenariat avec Myrecyclestuff. Des dizaines d’objets (accessoires, livres, vidéos, maquillage, objets de décoration…) ont été mis à disposition et échangés par les étudiants et les visiteurs.

Des exposants mêlant création, nouvelles technologies et « DIY »
Les démonstrations d’imprimantes 3D, tant par Withaa, par le Fac Lab que par l’Ecodesign Lab ont permis aux visiteurs de découvrir le potentiel de cette petite machine qui relocalise la production et permet toutes les formes sur-mesure. Les imprimantes 3D sont au service du Upcycling comme le démontre Withaa : un pot vide de confiture « Grand-Mère », une hanse fabriquée sur-mesure par imprimante 3D et voilà un mug 🙂

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L’Ecodesignlab de Mozinor

Parmi les autres stands figuraient, entre autres, les créations de la créatrice de mode Sakina M’sa, les transformations de Yuris Lesnik, les sculptures entièrement conçues à partir de déchets électroniques du plasticien Dadave, le recylage ludique avec Canibal et la Réserve des Arts, association qui met en relation les artistes et les déchets d’industries et maisons de luxe.

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Atelier les Gambettes Sauvages

LEUR AVIS SUR L’UPCYLING DAY
« Les meilleurs de l’upcycling sont là.» 
Yvon Pradier, Nature Ecologie, exposant.
« Tout est de qualité, les exposants, les visiteurs, le relationnel avec des organisateurs, c’est très agréable. » Lionel Schaeffer, Débrouille & Cie, exposant et animateur d’atelier.

« L’Upcycling Day est un concept formidable. C’est une très bonne initiative. » Mikael Thomas, Sosav, réparation, exposant et animateur d’atelier.
« C’est très intéressant et enrichissant. » Emmanuelle Zelez réalisatrice, visiteur

Martin Esposito, réalisateur de Supertrash, fan de upcyling
Martin Esposito, réalisateur de Supertrash, avait tenu à être présent pour présenter et débattre autour de son film, le récit d’une immersion durant deux ans dans une décharge à ciel ouvert du sud de la France. Après un débat animé par des étudiants et dirigeants de l’association Issue Environnement Yann Seyrat et Benjamnin Rougeyroles, Martin Esposito s’est laissé séduire par le Upcyling et a eu l’agréable surprise de voir SoSav réparer en trois minutes son téléphone portable qui était cassé. SoSav met à disposition de tous des guides de réparation, pour éviter justement que les téléphones finissent jetés dans des décharges.

Il a fallu moins de trois minutes à SOSAV pour réparer l’Iphone de Martin Esposito qui était déclaré HS!

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Une rencontre riche d’émotions, entre Martin Esposito et Arnaud Labarge.

LEUR AVIS SUR L’UPCYCLING DAY
« C’est important pour moi d’être là, d’accompagner le film dans une université. C’est une satisfaction énorme ! » 
Martin Esposito, Réalisateur, intervenant

L’université Cergy-Pontoise prend le leadership sur l’upcycling
Jalon majeur de l’entrée du Upcyling et de l’économie circulaire à l’Université ainsi que dans l’hexagone, l’Upcycling Day a été initié par le département de géosciences et environnement (UFR Sciences & Techniques) de l’Université de Cergy-Pontoise.
L’Upcycling Day a été organisé par Alice Audouin (consultante en développement durable et maître de conférences associée) avec les élèves du Master SEMUI (Sciences de l’environnement, milieux urbains et industriels, département de géosciences et environnement).
La thématique de l’économie circulaire a été amorcée à l’Université de Cergy-Pontoise en septembre 2013 avec un séminaire de rentrée piloté par Philippe Schiesser, maître de conférences associé et président de l’APEDEC (Association des professionnels de l’écodesign et de l’éco-conception), partenaire de l’Upcyling Day.
L’Upcycling Day est soutenu par le Ministère de l’écologie, la Fondation de l’Université de Cergy-Pontoise, Les acteurs de l’écologie industrielle, et bénéficie de nombreux partenaires, dont l’ESSEC, La Fondation Nicolas Hulot et le REFEDD.

chiffres

Plus d’images et plus d’informations sur l’Upcycling Day
www.upcylingday.org
Page Facebook Upcyling Day
Album Upcyling Day Facebook Alice Audouin
Album « Alice novice de l’Upcycling » Facebook Alice Audouin (humour)