Archive for septembre, 2013

19 septembre 2013

L’approche culturelle du changement à la Conférence Environnementale appelle l’implication du secteur culturel

La Conférence environnementale (20 et 21 septembre 2013) a choisi parmi ses cinq thématiques l’éducation à l’environnement et au développement durable (EEDD). Ce choix implique une plus grande intégration du développement durable dans les programmes éducatifs et scolaires. Mais cette thématique va bien plus loin en se situant au cœur du champ social. Comme l’indique le gouvernement, ils s‘agit d’« accompagner le processus de transformation de notre société, ainsi que les évolutions des modes de vie et des comportements, de tous les publics, dans tous les lieux et temps de vie » et de « faciliter l’implication du plus grand nombre et de donner à chacun les moyens de s’informer, s’engager, et avoir la capacité d’agir positivement ». Nous ne sommes donc pas seulement « à l’école » mais dans le quotidien des Français, au cœur de leurs habitudes, de leurs représentations, de leurs actions, c’est-à-dire dans leur culture définie comme « l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social » (Unesco). Cette approche culturelle, impliquant un nouveau projet de société est la preuve d’une bonne compréhension de l’enjeu environnemental qui est un enjeu global.


Définir le projet de changement en termes culturels, afin qu’il soit collectivement validé et adopté, est une priorité.

Le projet de changement vers des modes de vie durables doit être bâti et justifié, car il ne va pas de soi. La volonté de changement ne concerne aujourd’hui qu’une minorité, en dépit des sondages dans lesquels l’opinion publique affirme que la préservation de la planète est indispensable à l’humanité. Depuis le rapport Meadows de 1972 consacré aux limites de la croissance, experts et militants ne cessent de sonner l’alarme sur les conséquences sociales et environnementales négatives de la société de consommation : réchauffement climatique, chute de la biodiversité, inégalités des richesses, chômage, dette, maladies dues à la chimie et à la pollution, conflits liés à l’accès aux ressources, en démontrant l’interdépendance de ces risques systémiques et globaux. Or ces connaissances sont insuffisantes pour déclencher une dynamique de changement de la part des Français. Les faits le montrent, au-delà du tri bien généralisé, ils n’ont pas changé leurs habitudes de consommation, ils ont même davantage consommé et émis 13 % de CO2 en plus entre 1990 et 2010 selon Carbone 4. Depuis les trente glorieuses, les citoyens, devenus des consommateurs satisfaits, s’éloignent de la contestation et de la volonté de changer la société qui a image est certes imparfaite, mais pas négative. Herbert Marcuse expliquait dès les années soixante comment la culture contemporaine était pénétrée par ce double jeu d’une satisfaction matérielle croissante des individus et d’un recul de leur contestation du à leur perte de distance vis-à-vis du réel. Et ce n’est pas en expliquant que ce confort acquis est menacé, chiffres à l’appui, si justes soient-ils, que le basculement aura lieu, car en dépit du chômage, la menace ne s’est pas assez visible. Il est utopique, au-delà d’un cercle d’intellectuels ou d’adeptes de l’écologie, de la décroissance ou du développement durable, de partir d’une critique de la croissance à l’heure où celle-ci est implorée pour relancer l’économie.
De façon radicalement plus positive, la culture émergente issue des initiatives et idées nouvelles telles que le crowdfunding, la consommation collaborative, l’efficacité énergétique, l’énergie libre, la justice climatique, l’empathie, la résilience, est un axe porteur. Mais là encore, ces nouveaux univers passionnent avant tout une minorité déjà acquise à l’innovation sociale et environnementale et aux dynamiques horizontales et non plus seulement verticales. La valorisation des innovations « allant dans le bon sens » est indispensable mais également insuffisante pour devenir le moteur de la transformation.
Le développement durable, avec son triple socle, social, économique et environnemental, est le pilier le plus solide sur lequel s’appuyer. Il offre d’emblée une approche positive, systémique et opérationnelle permettant de frayer un chemin au changement. Pour cela, l’image du développement durable, réduite voire malmenée par les médias, doit être restaurée.

 

Pour sortir de cette impasse qu’est l’ambivalence, il est nécessaire de bâtir un projet de changement de société qui ne s’appuie pas sur une dénonciation, une opposition ou un renoncement à notre société actuelle, au progrès, à la croissance ou à la consommation, mais qui se fonde sur une nouvelle interprétation de valeurs positives antérieures à la société de consommation. C’est là que la culture peut et doit jouer un rôle fondamental, en portant le sens de ce changement de monde.

Une envie collective d’avenir est possible, dans un déplacement du jeu de l’individuel vers le collectif, de la possession vers le partage (du temps de travail, de la consommation …) si elle s’ancre avant tout dans des valeurs symboliques fondatrices et mobilisatrices, comme la prospérité, l’exemplarité, l’universalité ou la solidarité. Il s’agit de créer une culture qui émerge de la conscience de ce que pourrait être un monde meilleur. Un travail de définition du changement nécessite d’identifier les leviers culturels les plus mobilisateurs et doit impliquer en amont des dimensions historique, anthropologique, artistique, psychologique, économique, juridique et philosophique.
Dans cette approche culturelle du changement, le rôle du secteur culturel est lui-même prioritaire. En tant que sources privilégiées de création, circulation et diffusion des approches symboliques, sensibles et des représentations du monde, l’art et la culture jouent un rôle central dans la transformation des modes de vie. Le film « Avatar » en 2010 a su massivement sensibiliser sur le rapport homme – nature, en dénonçant les conséquences environnementales des sociétés militaro-industrielles et en invitant à une nouvelle alliance. En France, le Prix COAL Art & Environnement a recueilli en quatre ans plus de mille propositions d’artistes contemporains et de designers, qui sont autant de solutions positives et pour certaines déjà en marche, comme les Urban Farm Unit de Damien Chivialle qui fleurissent aujourd’hui dans les capitales. Le roman récent Paradis ( avant liquidation) de Julien Blanc-Gras apporte un regard sur l’enjeu de la montée du niveau de la mer. Les exemples sont parlants mais restent peu nombreux, car le secteur culturel reste dans sa majorité frileux, voire critique en matière d’environnement.
Sa mobilisation est désormais nécessaire pour déclencher une dynamique impliquant l’ensemble de ses acteurs et publics. Il ne s’agit nullement d’orienter la créativité, mais de l’irriguer. Des actions incitatives, prix, subventions, aides à la création, festivals, enseignements, événements, débats, ateliers, doivent être développés dans le domaine de l’art, la littérature, le cinéma, le théâtre de rue, la télévision, etc. Scénaristes, artistes, écrivains, compositeurs, metteurs en scènes, animateurs, régisseurs … l’ensemble des métiers du champ culturel est impliqué.
La dynamique lancée à la conférence environnementale doit annoncer l’étape d’après : l’implication du ministère de la culture et du secteur culturel dans son ensemble. C’est avec l’implication de la culture que le changement pourra efficacement démarrer.  Si le changement vers des modes de vie plus durables a réellement pour ambition de compter parmi les grandes mutations de l’histoire, il doit appliquer leur formule : elles ont toujours été pressenties, annoncées et accompagnées par l’art et la culture.

18 septembre 2013

Le Prix COAL 2014 aura pour thème : Paris

LE PRIX COAL ART ET ENVIRONNEMENT 2014 A POUR THÈME : PARIS

Le Prix COAL met à l’honneur chaque année des projets d’art contemporain en lien avec les enjeux environnementaux. Ces projets sont sélectionnés dans le cadre d’un appel à projets international auquel participent des centaines d’artistes du monde entier. Pour sa cinquième édition, le Prix COAL Art et Environnement choisit pour thème : « PARIS ». Après avoir longtemps été la ville lumière, symbole de la modernité industrielle et du progrès, Paris saura-t- elle à nouveau briller en incarnant la post modernité écologique ?

Depuis 2010, le Prix COAL met chaque année à l’honneur dix projets en lien avec les enjeux environnementaux, qui sont sélectionnés dans le cadre d’un appel à projets international auquel participent des centaines d’artistes du monde entier. L’un des artistes se voit décerner le Prix COAL doté de 10 000 euros par un Jury de personnalités de l’art et de l’écologie. En 2013 le Prix COAL, sur le thème Adaptation, a été remis à Lau- rent Tixador pour son projet « Architecture transitoire ». En 2014, le Prix COAL a pour thème PARIS. Le Prix sera remis au printemps 2014, lors d’une cérémonie en présence des dix artistes nommés et de personnali- tés de l’art et de l’écologie. Créé en 2010 par l’association COAL, la Coalition pour l’art et le développement durable, le Prix COAL Art et Environnement, est placé sous le haut patronage du ministère de la Culture et de la Communication, du ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie et du Centre National des Arts Plastiques.

PARIS, THÈME DU PRIX COAL 2014

Les enjeux environnementaux et sociétaux de la capitale française sont nombreux : pollution, énergie, étalement urbain, transport, foncier, érosion de la biodiversité, adaptation au changement climatique, etc. Une approche créative de l’écologie émerge dans les nouvelles organisations sociales, les modes de productions alternatifs, des manières collaboratives d’habiter et de travailler qui encouragent la convivialité autant que la sobriété heureuse. Paris, une des grandes capitales mondiales de la culture et de la création, donne rendez-vous aux artistes en 2014 pour démontrer ensemble le rôle central que l’art peut jouer dans une ville durable et responsable. Les artistes, majoritairement urbains, héritiers de la diversité que Paris incarne, sont invités à bousculer, repenser, réinventer la capitale, dans un monde multipolaire et connecté pour définir une culture urbaine plus juste et rayonnante, en harmonie avec la nature.