Archive for février, 2013

24 février 2013

Fin du pétrole : le solaire gagnant ?

Comment évoluer vers un système énergétique plus sobre et moins dépendant du pétrole et du nucléaire, à quel coût et à quel rythme? Le débat national sur la transition énergétique a commencé. L’énergie solaire peut en sortir gagnante.

Il devient urgent de prévoir une solution de replacement du pétrole, peak oil oblige. Pour le directeur de Carbone 4 Jean-Marc Jancovici, les alternatives au pétrole ne sont pas nombreuses. Selon ses calculs, à l’été 2012, le coût en centimes d’euros de capital par kWh produit, calculé d’après la durée de vie des équipements, est actuellement le suivant : le photovoltaïque est à 16 centimes, l’éolien en mer à 5, l’éolien terrestre à 2,8, le nucléaire EPR à 0,8, le charbon à 0,5 et le gaz à 0,2. Pour lui, le gaz, le charbon avec séquestration du carbone puis le nucléaire raflent donc la mise et « tout argent mis dans les énergies renouvelables pour remplacer de l’ énergie nucléaire est sans effet pour diminuer la dépendance aux combustibles fossiles».

D’autres expertises indiquent d’autres voies possibles. Les rapports d’organisations écologistes (Réseau « Sortir du Nucléaire », négaWatt, Greenpeace, etc.), les scénarios Blue Map de l’AIE (Agence internationale de l’énergie), le rapport SRREN (Special Report on Renewable Energy Sources and Climate Change Mitigationdu GIEC, mais également des études de cabinets de conseil en stratégie comme Kurt Salmon démontrent au contraire l’intérêt des énergies renouvelables et l »inconvénient de la piste nucléaire-charbon. Leurs arguments concernent les coûts exorbitants du nucléaire et d’un charbon assortis d’une technique de captage de CO2.

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Solar Sound System, domaine de Chamarande

Selon le cabinet Kurt Salmon, le solaire va s’imposer de façon massive, prévision supposant que les techniques de stockage déjà évoquées vont progresser. En effet, le solaire est non seulement une ressource inépuisable avec un potentiel illimité (1 jour = 100 % des réserves mondiales de pétrole), mais il est aussi présent partout dans le monde. De plus, jamais le
coût d’une technologie n’a baissé aussi vite en si peu de temps : de 600 euros le MWh en 2008 à 200 euros le MWh en 2012, avec la perspective de 85 euros le MWh d’ici 2014, puis 50 euros le MWh en 2025 sans rupture technologique majeure (dans les meilleures
conditions). En France, la parité entre le prix de l’énergie solaire et celui du nucléaire pourrait être atteinte dès 2017.

L’avantage du solaire ne s’arrête pas là. Elle est la seule énergie fondée sur la micro-électronique (technologies non propriétaires et suivant la loi de Moore des rendements croissants depuis 1970). Selon le professeur australien Martin Green (UNSW), il serait
possible d’atteindre des rendements de 74 %, les maximums actuels étant de 30 % ! 
Dernier argument : la sécurité. Fin 2012, la piscine du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Fukushima n’était toujours pas stabilisée.

Alice Audouin
7 février 2013

PARU DANS  « Les clés de demain ». LeMonde.fr
Lien.

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18 février 2013

Trois scénarios à suivre de près

Pour prévoir l’ampleur des conséquences du réchauffement climatique, les scénarios jouent un rôle central. Trois d’entre eux sont à suivre avec la plus grande attention.

Tout d’abord bien sûr, les scénarios concernant les émissions de CO2 . Nous disposons aujourd’hui, grâce au GIEC (entre autres), de scénarios prévisionnels de plus en plus précis et à la hausse.
La poursuite des émissions de GES au rythme actuel ou à un rythme plus élevé accentuera le réchauffement et modifiera profondément le système climatique au xxie siècle. D’après la revue Nature, le réchauffement climatique pourrait dépasser les 2 °C dès 2030 dans certaines régions du monde (Eurasie, Afrique du Nord et Canada), et la plupart des terres en surface du monde pourraient connaître avant 2060 une moyenne des températures dépassant de 2 °C ou plus les niveaux préindustriels.
Selon la « Stanford release for Climatic Change Study », de vastes zones de la planète sont susceptibles de se réchauffer si rapidement que, « d’ici le milieu de ce siècle, les étés les plus frais seront plus chauds que les étés les plus chauds des cinquante dernières années ». Les calculs de Météo France – IPSL de février 2012, publiés dans son rapport « Changement climatique : les nouvelles simulations françaises pour le prochain rapport du GIEC », donnent pour le scénario le plus pessimiste une augmentation de la température proche de six degrés vers 2100. Selon le « projet Epicea » Météo France – Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), publié en octobre 2012, il fera deux à quatre degrés de plus en région parisienne d’ici à la fin du siècle.

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Ensuite, les scénarios concernant la montée du niveau des mers.
Ils sont tout aussi stratégiques. Nous avons, là aussi, un historique précis (même si nous savons que la mer n’est pas à zéro mètre partout dans le monde), mais les prévisions sont encore floues. Ce qui permet actuellement de préciser ces scénarios, ce sont les analyses des fluctuations des niveaux des mers passés. L’étude franco-japonaise (Aix-Marseille Université/CNRS/IRD/Collège de France) copilotée par l’éminent climatologue Édouard Bard, publiée en mars 2012 dans la revue Nature, montre ainsi que la dernière période d’élévation du niveau des mers due au changement climatique, soit environ cent vingt mètres sur quinze mille ans, a connu des moments d’accélération. Il y a quatorze mille six cents ans, le niveau a crû de quinze mètres en trois cent cinquante ans. La raison de cette accélération rapide était la fonte de plusieurs calottes glaciaires, en particulier elle de la péninsule occidentale de l’Antarctique. Or aujourd’hui, cette même péninsule commence à fondre. Le scénario de l’élévation du niveau des mers est donc actuellement revu à la hausse.

Enfin, les plus importants sont les scénarios de sensibilité du climat à la perturbation, autrement dit le fait de savoir si le climat réagit faiblement ou fortement à un changement. Le centre national pour la recherche atmosphérique de Boulder (Colorado) aux États-Unis, via son étude publiée début novembre 2012 dans Science, infirme les scénarios précédents qui pariaient plutôt sur des réactions lentes en démontrant au contraire que le climat réagit fortement. À la place d’un escargot géant, on se retrouve désormais devant Speedy Gonzales.

Alice Audouin
18 février 2013

11 février 2013

Ticking Barents : l’art témoin et trublion de la ruée vers l’Arctique

Le festival culturel « Barents Spektakel » a lieu depuis 2003 chaque hiver à Kirkeness, au Nord-Est de la Norvège, sur la mer des Barents. « Ticking Barents », thématique de la dixième édition de ce festival qui vient de se dérouler du 5 au 10 février, est un clin d’œil au tic-tac d’une échéance qui approche, celle d’une nouvelle manne pétrolière et maritime dans la région, mais aussi celle des conséquences du réchauffement climatique.

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Kirkeness est la « capitale des Barents ». Cette petite ville de 5000 habitants occupe une position géographique désormais stratégique : pile sur la nouvelle route permise par la fonte de la banquise (passage du Nord-est ) et seulement à quelques kilomètres de la Russie, voisin indispensable pour coopérer dans la conquête de l’Arctique. Cette localité a le plus faible taux de chômage de Norvège, c’est-à-dire nul, et se développe très rapidement autour de ses pêcheries, ses perspectives pétrolières et maritimes, ses activités portuaires, son administration et sa mine de fer à ciel ouvert.

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En hiver, la luminosité reste faible à Kirkeness, le jour ne durant que quelques heures et le soleil restant très bas. Le 9 février, Kirkeness fête le « retour du soleil » dans la ville. Ici, sur le quai de Kirkeness, face à la mer des Barents.

 

Un laboratoire révolutionnaire conduit par des artistes

Les « femmes sur le pont », Pikene på Broen, est le groupe féminin fondateur et organisateur du festival. Leur objectif est de développer une conscience environnementale et sociale, et de construire une communauté locale capable d’autodéterminer son avenir. Pour elles, la révolution est un processus de construction communautaire. La directrice artistique du festival Luba Kuzovnikova est russe et vit à Kirkeness. Par sa double culture, elle est la garante de la dimension transfrontalière fondatrice du festival. Les créations et opinions politiques des artistes deux pays phares des Barents, la Russie et la Norvège sont au coeur de l’événement, affichant ensemble le désir d’une gouvernance qui tienne compte du long terme et qui résiste à la logique prédatrice immédiate. Luba stimule un incessant va-et-vient entre les échelles locales et globales et décrit son festival comme un « cocktail culturel et politique, que chacun peut assaisonner à son gout en termes d’alcool et d’épices ». Dans la catégorie cocktail, Barents Spektakel serait un cocktail Vodka Martini passé au shaker avec de la neige fraîche. Le festival mélange des expériences interculturelles inattendues, des artistes engagés dans l’environnement, des débats politiques, le tout dans un revival underground des années 80 et un néo-folklore branché.

3346640736Une conférence au Transborder café, sur l’activisme porté par les artistes, avec, entre autres, Shennway (Le Caire), Igor Ponosov (Moscou) et POING (Norvège)

Comme un fait exprès, Barents Spektakel se déroule en même temps que la Conférence annuelle de la mer des Barents qui réunit tous ceux qui sont dans les starting-blocks de la course vers le Nord, compagnies pétrolières et gazières en tête. Les chinois y sont également présents. Ils multiplient actuellement les initiatives dans la région : expéditions, construction d’une station de recherche, traversée de l’océan Arctique par la mer de Barents en août dernier, etc. Cette conférence très officielle aborde exactement le même sujet que le festival artistique, la course vers l’Arctique : pêche, pétrole, gaz, minerais, trafic maritime, et leurs éventuelles conséquences environnementales et sociales. Si pendant cette conférence l’euphorie est de mise, mise à part la minute consacrée au développement durable où chaque orateur prend un air sérieux pour dire qu’il faut « saisir les opportunités tout en préservant l’environnement » et que « les évaluations et études nécessaires sont en cours et seront développées », les festivaliers sont à l’inverse très inquiets face à ce discours qu’ils considèrent être du greenwashing. Leur conférence off « Visonary Arctic » rassemble à l’inverse les intérêts non financiers : climatologues, chercheurs et artistes alarmés par les conséquences actuelles du réchauffement climatique et par l’absence de principe de précaution dans la course vers le Nord. Si le réchauffement de 2° à la fin du siècle est perçu comme quasi-indolore par l’opinion publique, du côté des festivaliers ce chiffre est non seulement caduque, mais suffit à entraîner des effets dramatiques. Les bouleversements s’abordent aussi avec humour, surtout quand il s’agit d’imaginer la réaction de peuples jusqu’ici pauvres, très isolés et peu nombreux face à leur enrichissement subit. Que fait un insulaire, un inuit, avec des millions ? Un comportement de « nouveaux riches » émergera-t-il? A Murmansk, un nouveau jeu consiste à compter les voitures de luxe les plus chères, dans une ville plus que jamais marquée par les inégalités sociales. En Norvège, l’excès de richesse est épargnée au travers du fonds souverain. Quels choix feront-ils ?

Musique, danse, arts plastiques, art numérique, les arts se mélangent dans des dialogues fructueux. Les artistes exposés utilisent eux-mêmes fréquemment différents mode d’expression. Kirkness révèle, entre autres, la richesse et l’engagement de l’art contemporain et du street art sur les enjeux environnementaux. Cinq artistes sont particulièrement représentatifs de cette dynamique :

Discuter en mangeant une glace : un moyen subtil d’évaluer le déni du réchauffement climatique

Kjetil Berge, artiste norvégien vivant aujourd’hui entre Londres et Olso, est arrivé quelques jours avant l’ouvertue du festival à Kirkeness dans un petit camion avec lequel il a parcouru 4000 kilomètres depuis Londres. Un camion de vente de crèmes glacées, qu’il offrait gratuitement, ce qui lui permettait d’engager la conversation sur une seule et même question, fil conducteur tout au long de son voyage,  « que pensez-vous du climat ? » En Angleterre, Estonie, Norvège, Russie, Danemark, Suède, Kjetil Berge a recueilli des centaines de témoignages, non seulement sur le climat mais sur son geste. Ainsi, dans le film du voyage « Breaking the Ice » projeté dans le camion, une russe s’alarme « il y a un piège si c’est gratuit », l’artiste la rassure en lui répondant que bien sûr, rien n’est gratuit, et qu’il souhaite en échange de cette glace savoir ce qu’elle pense du climat. Les témoignages couvrent une large palette de réactions sur le climat, de la conspiration au désolément, de l’envie d’agir au déni, de loin le plus fréquent. Ce voyage révèle à la fois l’importance et la richesse de la relation au climat dans les pays parcourus et la faible prise de conscience du réchauffement climatique, « car ils sont plongés dans des satisfactions immédiates consuméristes, dues à l’élévation récente de leur pouvoir d’achat », explique l’artiste. Kjetil nous confie son impression finale à l’issue de son voyage : « we are in a bloody big mess ».

 

3919739302Le camion est situé sur la place du village. A la place de l’offreur de glaces, un écran relate le voyage et les témoignages. Durant son voyage, Kjetil était accompagné d’un traducteur et cameraman russe.

Archiver un monde menacé, esthétiser son déclin

Depuis 2007, Springerparker, duo d’artistes Allemand berlinois mixant musique et arts visuels. sillonne la région arctique pour saisir et traduire les changements climatiques et écologiques du Grand Nord. Durant leurs périples, ils photographient, enregistrent et filment la flore et les paysages, en plaçant par exemple des microphones sur des arbres pendant des tempêtes de neiges. Après une série de collages visant à inventorier les espèces d’ores et déjà soumises à d’importants changements et des actions de réanimation via la recongélation  de plantes provenant  de pergélisols fondus, ils se tournent vers la composition musicale et écrivent un opéra danse pour le festival de Kirkness de 2011 « « There Are Places In Our Heads One Can Travel To ». Dans le Libretto de cet opéra, la cantatrice Lilly Jørstad énumère les récents relevés des températures inhabituelles par les instituts météorologiques de la région. Le lieu, la température et la date sont les uniques paroles de cette magnifique et intrigante composition contemporaine. Pour l’édition 2013, un dispositif unissant vidéo, danse et musique « Finnmark Dairies » réunit leurs mémoires de la Norvège.

Ecouter le Libretto :
https://soundcloud.com/butterfly-collectors/springerparke…

Les artistes français Magali Daniaux et Cédric Pigot consacrent depuis trois ans leur travail à l’Arctique. L’aventure démarre par leur sélection en tant que finalistes du Prix COAL Art & Environnement en 2010 pour «Final Melt », un projet de plan fixe sur la banquise pendant cent ans, offrant le spectacle de sa disparition complète. Une partie du projet est déjà mise en oeuvre, leur site www.daniauxpigot.com retransmet en temps réel les images de deux caméras d’ores et déjà placées en zone Arctique, dont l’une à Kirkeness. Leur chemin dans le grand Nord les a conduit à la Réserve mondiale de semences du Svalbard. De leur impression à la fois glacée et fascinée face à ce « backup de l’humanité », ils ont imaginé un parfum qui exprime l’artificialisation et la marchandisation du vivant par les grandes industries semencières qui financent ce grenier du vivant, dans une approche radicale et immatérielle des plantes. De leur point de vue, la flore est, par son immobilité active et ses ressources invisibles, plus « moderne » que la faune. « Becoming Seeds », clin d’œil au « Devenir-animal » de Deleuze et Guattari  et hommage au « Devenir végétal » de Francis Hallé, est une odeur métallique, addictive, boisée et corrosive. Elle évoque la congélation du vivant, l’invisibilité de ce qui a disparu, le tout dans un contexte d’intérêts de multinationales. L’odeur, diffusée dans un conteneur vide et blanc, indique aussi un optimisme, le possible saisissement d’un nouveau rapport au temps dans l’accélération du déclin.

 

150169808Magali Daniaux et Cédric Pigot, dans le conteneur embaumé par Becoming Seeds

DIY en russe, c’est Partizaning

Igor Ponosov, jeune russe de 32 ans, est le leader de Partizaning, un phénomène nouveau et une action à l’intersection du street art,  de l’activisme social et du « DIY » (Do It Yourself). L’ objectif de Partizaning est de repenser, restructurer et améliorer les environnements urbains et les collectivités.« Nous misons sur l’auto-motivation, les actions pacifistes non autorisées et les gestes collectifs comme principaux moteurs du changement social et culturel. » affirme Boris Ponosov. Partizaning est un mouvement à la fois artistique, pacifiste et écologique. Avec un grande richesse créative, une audace et un sens de l’humour, les membres de Partizaning placent de nouveaux bancs dans les rues, des aides pour rouler en vélo, réactualisent le plan de métro de Moscou, créent des cartes de circulation de vélo, placent des paperboard d’échanges citoyens dans les ascenseurs, etc. A chaque problème sa solution, si possible faite maison. Un exemple, les automobilistes moscovites qui bloquent en permanence les passages pour piétons, voies de bus, etc. Pour Partizaning, il est urgent de redonner le pouvoir aux piétons, transports publics et vélos. L’intervention « Car Impounding » se déroule en quatre temps. Premier temps, débat public.  Deuxième temps, distribution d’autocollants et d’instructions. Ces autocollants copient avec humour les contraventions officielles réservées aux belles voitures. L’idée est de simuler le processus de mise en fourrière des voitures qui violent les règles de la circulation ou de stationnement. Troisième temps : collage des autocollants sur les voitures garées perturbant les voies piétonnières près de Garden Ring de Moscou (la principale avenue circulaire au centre de la ville). Quatrième temps : discussion avec les automobilistes.

2276755813Détail de l’action « Car Impounding » par Partizaning

 

Cogito ergo petroleum consum

L’artiste norvégien Amund Sjølie Sveen est le cerveau de la bande, celui qui pose les questions amont qui dérangent, dont personne n’a la réponse. Il agit au travers de conférences-performances. En 2006, son action « The United States of Barents » interroge l’ouverture récente d’un IKEA dans les Barents. Cet IKEA a planté tous les drapeaux des pays limitrophes devant son seuil et est ainsi devenu le premier lieu affichant officiellement une culture locale au-delà des frontières. Une multinationale, contribuant à l’uniformisation de la consommation, devient d’un seul coup le seul actif commun, de même que l’anglais est la seule langue qui permette aux riverains de se comprendre, seuls les suédois et les norvégiens ayant des langues suffisamment proches. « N’avons-rien  de mieux à partager ? » questionne l’artiste. Très concerné par les enjeux environnementaux, il réalise en 2009 « Rising Water », une installation sonore dans la rue principale de Tromsø, diffusant le bruit de la mer à 7 mètres au-dessus du niveau actuel. Ce dispositif visait à sensibiliser les habitants de Tromso sur les conséquences du réchauffement climatique généré par la vente du pétrole norvégien. En 2010, son action « The Norvegian Way » interroge sur le lien entre richesse et bonheur et stipule que le rendement décroissant du bonheur a déjà commencé en Norvège. Amund s’adresse principalement à ses pairs et pointe les contradictions des artistes dans ce pays si riche. L’artiste occupe une place unique en Norvège, étant hautement soutenu et subventionné par des entreprises, l’Etat et donc le pétrole. Le projet « Fontaine of Youth », une fontaine non pas d’eau mais de pétrole, prévue sur la place centrale de Kirkeness lors du prochain festival en 2014, pose le dilemme des artistes norvégiens : Quelle est leur liberté de critiquer ce qui les fait vivre ? Amund donne une réponse provocante  avec cette fontaine qui est une ode au pétrole. Il nous confie « notre pays a les moyens de renoncer au pétrole et de parier sur d’autres énergies, car nous sommes parmi les plus riches du monde. Mais ce choix nous ne le faisons pas, nous continuons sur la voie du pétrole, en nous disant qu’elle va encore nous rapporter, et que nous serons bien moins affectés que d’autres pays par le réchauffement climatique, que nous serons même bénéficiaires, nous qui sommes plongés dans le froid et l’hiver huit mois par ans. Le reste du monde nous intéresse finalement peu. Ce qui est affligeant, c’est que cet égoïsme et cette richesse inouïs ne créent pas notre bonheur, seulement notre confort, mais nous perdons là aussi la différence. » Le bien commun qu’est le pétrole, issu d’une histoire géologique millénaire, est actuellement géré comme un bien privé. Bien mal acquis ne profite-t-il donc jamais ?

 

260821370« Fontaine of Youth », Projet de fontaine sur la place de Kirkeness

 

Mes remerciements à Jørn Riseth de l’Ambassage de Norvège à Paris pour l’organisation de ce voyage et son aide à la construction de liens entre l’association COAL et le Festival de Kirkeness.

Alice Audouin
11 février 2013

Pour aller plus loin

Les photos du festival et leur commentaire parfois décalé sur la page facebook d’Alice Audouin, album « Kirkeness », accès public

Les organisateurs : http://pikene.no/

Le festival : http://www.barentsspektakel.no/en

Breaking the ice : http://www.breaking-the-ice.net

Springerparker : http://www.springerparker.com/

Partizaning : http://eng.partizaning.org/?p=2986

Amund Sveen : http://www.amundsveen.no