Archive for janvier, 2013

28 janvier 2013

Génération Y : une élite différente

En France, une avant-garde de jeunes diplômés, écoles de commerce et d’ingénieur en tête, met en route un changement de modèle de la société. Attirée par l’écologie, l’entrepreneuriat social et solidaire, les dynamiques collaboratives en ligne et le développement durable, cette génération dite Y (ou génération « why ») porte aujourd’hui des ferments de transformation sociale.

Les signes sont nombreux. Les associations étudiantes prolifèrent. Outre le REFEDD historique, citons par exemple CliMates le nouveau think tank international étudiant créé à Sciences Po, engagé dans la lutte contre changement climatique. La majeure « Alternative Management » d’HEC dédiée aux aspects sociaux, éthiques et environnementaux est aujourd’hui face à un déferlement de candidatures, sans compter les chaires d’économie sociale de l’Essec ou HEC. Le nombre de jeunes candidats désirant travailler dans les cabinets de conseil en développement durable ou en stratégie carbone comme Utopies ou Carbone 4, déjà truffés de jeunes HEC ou polytechniciens, se compte en milliers. Mais plus encore que d’être salariée, cette avant-garde a le goût d’entreprendre. MakeSense, réseau mondial d’échanges open source de « braquage » d’idées du business pour les donner aux entrepreneurs sociaux, rassemble en France des centaines de jeunes « gangsters » diplômés. Cette avant-garde saute le pas pour créer de nouveaux modèles d’actions et d’entreprises : Benjamin Tincq, 28 ans, ingénieur, a lancé OuiShare, collectif international engagés pour le développement de l’économie collaborative, Erwan Le Louer, 27 ans, a fondé JEM, une gamme de bijoux en or permettant le développement des mines artisanales équitables, Bhaskar Neel, 25 ans, a quitté son premier poste d’ingénieur pour promouvoir le temps partiel solidaire et se consacrer à l’innovation sociale, etc.

Ces exemples traduisent un mouvement de fond, ouvert par des trentenaires prodigieux comme Tristan Lecomte de Pur Project, Ghislain Morillon et Sébastien Kopp de Veja, Anne-Sophie Novel d’EcoloInfo, Arnaud Mourot d’Ashoka, Charles-Édouard Vincent d’ Emmaüs Défi, Hélène de la Moureyre de Bilum, eux aussi diplômés (X, HEC…)

Ce n’est pas leur diplôme mais leur vision du monde qui donne de la valeur à ces défricheurs. Sébastien Kopp raconte le départ de Veja: «créer un modèle à partir de zéro, fondé sur l’écologie, le social, le commerce juste, et faire la preuve que c’était possible. » ainsi que sa vision de la croissance : maitrisée. Nous sommes loin des « Pigeons » épouvantés par la solidarité fiscale et de certains 68ards qui oubliaient leurs idéaux une fois revenus d’un tour du monde en stop.

Il parait sans doute plus facile de choisir cette voie bis pour des jeunes déjà protégés sur le marché du travail, mais c’est bien ce qui donne de la force à ce mouvement : c’est un choix. Pour eux, il ne s’agit pas de voie bis, mais de la seule et unique voie possible pour résoudre la crise climatique et sociale. Il peut aussi être vu comme paradoxal qu’une élite, symbole d’inégalités sociales, prenne en charge leur résolution. Là encore, la remise en question par cette avant-garde d’une société inégalitaire et polluée peut conduire à son auto-réforme et sa propre relativisation.

Ce mouvement génère chaque jour davantage de récits et des réussites riches de sens et une puissance d’inspiration et d’optimisme vis-à-vis de la société en période de crise. Ces jeunes ont compris que la dégringolade du système actuel était due à son approche de court terme et individualiste. Ils ne détruisent pas le système, ils le laissent  de côté pour construire non pas un  nouveau système, mais un écosystème.

(photos, de gauche à droite. : Charles-Édouard Vincent, Benjamion Tincq, Helène de la Moureyre)

Cet article est rédigé à l’occasion de mon intervention au Forum Libération « Jeunes : débattez-vous » le 1er février 2013 à Grenoble.
Il s’appuie sur la partie de mon livre « On entend dire que l’écologie, c’est fini » (janvier 2013, Eyrolles – Les Echos) intitué « Génération Y : une élite différente ».

27 janvier 2013

Trois conseils

Le nouveau magazine Biomood m’a sollicitée pour que je donne trois conseils, ce que je veux ! 🙂 Difficile de choisir.
Voici ce que j’ai proposé, en essayant d’intégrer des dimensions éecologique, esthétique et psychologique.

Oser rompre avec son fournisseur d’électricité
Rien de plus simple que de changer de fournisseur d’électricité et de soutenir les énergies renouvelables, grâce à Enercoop? Au vu de l’augmentation des prix d’EDF, cela revient presque au même prix. Ainsi, en les « consommant » on soutient la filière. C’est aussi le bon moment de profiter du débat actuel sur la transition énergétique pour donner son avis en tant que citoyen et demander une impulsion de notre pays en faveur des énergies renouvelables.

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Changer avec l’art
Qu’il s’agisse d’artistes vivants, exposés actuellement au Domaine de Chamarande sur le thème de l’écologie ou qu’il s’agisse, plus loin de nous, des préraphaélites, ce mouvement d’avant garde anglais (Millais, Hunt…) de la fin du XIX ème qui combine au plus haut point esthétique, progrès social et passion pour la nature, l’art reste inégalable pour désigner ce qui est précieux et défricher les chemins d’espoir. La question du célèbre écrivain russe, « si ce n’est pas la beauté qui change le monde, alors quoi? » est plus que jamais d’actualité. Le monde meilleur existe, il est dans l’art. Il n’y a plus qu’à le contempler, s’en inspirer et changer avec lui.

435883337(The Bling Girl, J.E. Millais, 1856 )

Prendre soin de la Parole
En ce temps heureux où le développement personnel s’ouvre à de nouvelles techniques et de nouveaux horizons, plus corporels, spirituels, concrets, la tentation est grande de critiquer, voire de jeter à la poubelle la psychanalyse, telle une vieille machine lourde et inutile. Or cette pratique ancienne, patiente et presque silencieuse, est la gardienne précieuse et indispensable de la Parole. La parole est lente à venir, mais la psychanalyse sait l’attendre. Protéger la psychanalyse, c’est préserver l’écoute.

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10 janvier 2013

« On entend dire que l’écologie, c’est fini »

On entend dire que l’écologie, c’est fini d’Alice Audouin
co-édition Eyrolles-Les Échos Éditions
le
point sur l’écologie, avec des experts et sans langue de bois

 

PARUTION : janvier 2013

Enfin un livre qui fournit une photographie juste et décomplexée de la réalité de l’écologie en France. Sans parti pris ni dogmatisme, compréhensible par tous, il dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. En documentant chaque propos avec des expertises, il se positionne comme un véritable livre blanc de l’écologie. Parce qu’il était nécessaire d’y voir enfin clair, de démystifier les freins comme les espoirs, ce livre jette un nouvel éclairage sur cet enjeu majeur.

4102088100En ce début d’année 2013, un bilan de l’écologie s’impose. Est-elle une menace pour l’emploi ? Quelle place occupe-t-elle dans les agendas des politiques, des entreprises, des consommateurs, des médias, des artistes ? Les écologistes ont-ils encore l’estime des citoyens, au regard de la cause qu’ils défendent ? Les Français et l’écologie démarrent début 2013 une relation déprimée mais le fil n’est pas rompu : même mise au second plan et critiquée, l’écologie n’en est pas moins considérée, plus que jamais, indispensable pour l’avenir. Si les signes de ralentissement de l’écologie sont évidents, les rendez-vous avec l’écologie se multiplient aux aussi

Ce livre dresse un état des lieux exhaustif et documenté de l’écologie dans les différents champs : politique, économie, culture, consommation, media, innovation, etc. Il analyse les signes de ralentissement et d’accélération ainsi que les tendances en cours. Il donne la parole aussi bien à des experts, des intellectuels qu’à des acteurs du terrain, comme, par exemple, Alain Grandjean, économiste, cofondateur de Carbone 4, Sébastien Kopp, cofondateur de Veja, Éloi Laurent, professeur d’économie à Sciences Po et Stanford, Nicole Notat, P-DG de Vigeo, Serge Papin, P-DG du Groupe Système U, Jean-Michel Valantin, chercheur en stratégie et sécurité environnementale, etc.

« C’est un réveil, celui d’un bilan sans concession, qui nous démontre qu’il est temps de changer de lunettes pour regarder l’écologie. D’une culture de l’écologie vue comme contrainte ou simple protection de la nature, nous allons passer à une culture de l’opportunité et de l’adaptation. Cette culture, il faut la créer. Mon livre a pour ambition d’être un jalon de cette nouvelle culture de l’écologie, accessible à tous» déclare l’auteur.

L’auteur
Alice Audouin est une experte reconnue du développement durable. En 2001, elle participe à la création de Novethic (CDC) le premier media et centre de ressources sur la Responsabilité Sociale d’Entreprise (RSE) et en dirige le marketing et la communication. En 2006 elle devient la première responsable du développement durable dans un grand groupe de communication, Havas. En 2008, elle cofonde puis préside COAL, la coalition Art & Développement durable. Elle a également cofondé le collège des Directeurs du Développement Durable et Adwiser. Alice Audouin est maître de conférences associé à l’Université de Cergy-Pontoise. Elle a déjà publié La Communication Responsable (co-auteur, Eyrolles, 2010, 2009), le roman Ecolocash (Anabet, 2007) en cours d’adaptation au cinéma et anime le blog Alice in Warmingland.

En librairies le 10 janvier
148 pages
14€
9,99€,  version électronique
Code Geodif : G55526
Titre : L’écologie, c’est fini Qu’en pensent les experts ?
Collection : On entend dire que
Co-édition Eyrolles – Les Échos Éditions

Version électronique.
http://www.amazon.fr/entend-dire-que-L%C3%A9cologie-ebook…
ou
http://izibook.eyrolles.com/produit/2562/9782212192735/On…

Communiqué de presse (pdf)

CPAUDOUINECOLOGIE14janvier.docx
Dossier de presse :
http://www.aliceaudouin-blog.com/media/01/01/2278958965.pdf

Plus :

La position de l’auteur
L’auteure considère le double enjeu du réchauffement climatique et de la chute de la biodiversité comme une donnée sans précédent de l’histoire de l’Humanité, qui nécessite des solutions structurelles et conséquentes, tant du côté de l’adaptation que de la lutte contre une aggravation, mais s’érige contre des solutions planificatrices. Elle défend une position anthropocentriste, dans laquelle il s’agit de préserver la nature « pour soi » et pas uniquement « en soi », par exemple pour les intérêts économiques des individus et des nations. Pour elle, le passage d’une écologie « de préservation » à une écologie « d’adaptation » change le regard sur la nature : la nature devient  plus que jamais une ressource stratégique, car elle a les clés de la robustesse et de résilience.

Le Sommaire

Introduction. L’heure de vérité

Chapitre 1. Le recul du vert en politique et dans l’opinion publique
Trois années de déclin
Naissance des « anti-écologistes »
Campagne présidentielle 2012 : l’écologie hors jeu
Grenelle Environnement : au ralenti
Vers une écologie normale ?
L’écologie sans gouvernance mondiale ?

Chapitre 2. Notre consommation : le bio n’arrête pas le carbone
L’éco-consommation : un idéal qui s’éloigne
Consommer mieux, mais pas moins et pas plus cher
Autolib’, Veja, Karma, Amap : les nouveaux champions de l’éco-consommation

Chapitre 3. Médias : l’écologie quitte la une
Les médias préfèrent-ils le carbone ?
La polémique climatique fait mal
Culture : un mouvement émergent

Chapitre 4. Entreprises : entre le meilleur et le pire
Un impact environnemental croissant
Les défricheurs
Les mauvais joueurs
Génération Y : une élite différente
Le test de l’Arctique

Chapitre 5. Énergies renouvelables : l’impasse ?
1 %, est-ce bien raisonnable ?
La France en retard sur presque toutes les technologies clés
La culture énergétique française est-elle dépassée ?
Fin du pétrole : le solaire gagnant ?

Chapitre 6. L’effet surprise des risques globaux
Une aggravation climatique en cours
Une conjugaison de menaces
L’écologie comme solution d’adaptation

Conclusion. Bye-bye l’écologie politique, bienvenue au développement durable
Remerciements, Bibliographie, Webographie, Index

Les témoignages exclusifs pour le livre
Céline Alléaume, senior manager, Kurt Salmon
Nils Audouin, directeur associé, agence New York
Loïc Fel, responsable du développement durable, BETC, cofondateur, association COAL
Jacques Fradin, directeur, Institut de médecine environnementale (IME)
Patrick Hubert, président fondateur, Financière de l’Environnement
Sylvain Lambert, associé, PwC, département développement durable
Éloi Laurent, professeur d’économie, Sciences Po et Université de Stanford
Erwan Le Louer, fondateur, Jewellery Ethically Minded (JEM)
Nicole Notat, P-DG, Vigeo
Serge Papin, P-DG, Groupe Système U
Alexandre Pasche, directeur, Éco&co
Catherine Puiseux, responsable du développement durable, TF1
Cédric Rigenbach, directeur, The Shif Project
Jacques Rocher, président, Fondation Yves Rocher
Jean-Michel Valantin, chercheur en stratégie et sécurité environnementale, Centre interdisciplinaire de recherche pour la paix et la sécurité

Premiers avis de lecteurs

Michele Pappalardo, Cour des Comptes (ex CGDD)
« Pour le grand public, il est très facile d’accès et plein d’informations, pour ceux qui connaissent mieux le sujet, il rapproche des faits et des analyses qui stimulent la réflexion, sans avoir besoin d’écrire une thèse qu’on aura pas le temps de lire. Bravo !  »
« Un effort d’illustrations pratiques et réelles (pas de discours fumeux et de principe), sans en cacher les limites quand il y en a. »
« Le passage « résolu » et raisonné de l’écologie au développement durable, est mon leitmotiv depuis de nombreuses années, je ne peux donc que le partager et me réjouir qu’il soit si « évidemment » démontré »
« Un petit regret, pourtant; même les travaux du CGDD sont cités, on « n’entend » pas beaucoup de représentants de l’administration ni des collectivités locales, contrairement aux entreprises et aux chercheurs. »

Elizabeth Reiss, PDG, Ethicity « C’est une bonne synthèse, très documentée et pertinente, qui permet de réviser et d’apprendre beaucoup de choses, on comprend bien les raisons du recul de l’urgence perçue de l’écologie, mais je n’y ai pas retrouvé l’énergie positive qui m’anime, pour aller plus vite vers les solutions. »

Sylvain Lambert, associé, département développement durable, PwC  « Il dresse un paronama pertinent de points de vue riches et éclairants. Il pose de bonnes questions et permet de se faire une idée. Il se lit très bien. Il devrait amener l’écologie à se réformer pour quitter le dogmatisme dans lequel elle s’enferme parfois pour devenir une pensée ouverte et de progrès. »

Jean-Michel Valantin, haut fonctionnaire en charge du développement durable, Ministère de l’éducation « L’ouvrage d’Alice Audouin prend la forme (trompeuse) d’un petit « précis de l’état de l’écologie », pour, en réalité, se livrer à une réflexion ambitieuse portant sur les dynamiques profondes qui travaillent les champs de l’écologie et du développement durable, ainsi que l’évolution de leurs différents acteurs. Elle met en évidence combien la question de l’humain est de plus en plus centrale dans ces débats. Un livre important. »

Loïc Fel, directeur développement durable de BETC et cofondateur de COAL  « Au moment où l’écologie semble passer à la trappe face à la montée du chômage et la sempiternelle crise économique, un point s’imposait. Et c’est un pilier du milieu du développement durable, Alice Audouin, qui s’y colle, avec brio. Rigoureuse, factuelle, holistique, cette enquête sans parti pris et sans appel nous confirme la tendance lourde de demain pour le développement durable : intégration et professionnalisation, même si c’est au détriment de sa visibilité. Moins d’image, plus d’action ! »

Emmanuelle Paillat, consultante, Carbone 4 « Un état des lieux clair et concis de l’engagement environnemental du monde politique, des entreprises et des citoyens. Beaucoup d’exemples, de chiffres et d’études sont cités pour appuyer cet état des lieux. »
« Idéal pour des personnes voulant mettre à jour leur culture générale sur le développement durable. »

Raphaël Ménard, directeur, Elioth (Egis)« Sans flagornerie, il est très bien documenté, très bien écrit, synthétique, sans partisannerie, et du coup hyper-efficace. »

Clément Willemin, Cofondateur, Base  « Très documenté, très clair, pas partisan, on apprend plein de choses. »

Anne-Sophie Novel, journaliste « Précipitez vous sur l’ouvrage d’Alice Audouin. L’auteur a été voir de nombreux experts pour leur demander leur avis sur les idées largement reçues selon lesquelles l’écologie politique est à la fois trop radicale et totalement défaite, ou bien encore que l’éco-consommation n’a plus lieu d’être, que les médias délaissent les pages planète ou bien encore que entreprises ne jouent de toute manière plus le jeu et que c’est foutu pour les énergies renouvelables. De quoi remettre les idées en place et prendre du recul sur le sujet de manière objective et bien argumentée. »

8 janvier 2013

L’avancée de la consommation écologique

La consommation écologique avance. Si la préoccupation santé joue un rôle important, en témoigne la montée du Bio dans l’alimentation et les cosmétiques, trois autres tendances sont à suivre de près.

De nouvelles marques pour de nouveaux clients
Lors du dernier Salon de l’Automobile, en octobre 2012, le directeur d’une agance de communication féru de voitures puissantes, est tombé en arrêt devant un nouveau modèle. Il nous confie : « Son bruit de moteur est exceptionnel, puissant et viril, elle est rapide, sublime. Et en plus elle est électrique. Elle est parfaite. » Karma est la voiture électrique de Fisker, jeune marque automobile américaine, qui a eu la bonne idée d’ajouter un bruit de voiture thermique à ce modèle par définition silencieux. La voiture, dont 2524741461l’acteur américain Leonardo DiCaprio est l’un des premiers conducteurs, est certes très chère, environ 100 000 euros, mais donne un signe fort : les visiteurs du Salon, pour beaucoup très séduits par ce modèle, rêvent désormais d’une voiture électrique et non thermique. La consommation écologique avance dans l’univers irrationnel de la consommation. Ce qui est une bonne nouvelle, quand on sait que seulement deux mille cinq cent trente immatriculations de voitures électriques ont été enregistrées en 2011, dont la moitié concerne les Bluecar (groupe Bolloré). La Karma n’est pas la seule à dénouer l’opposition entre les vecteurs classiques de consommation (esthétique, représentation symbolique de la richesse, etc.) et l’écologie.
Autre exemple, plus accessible, la marque de baskets française Veja, elle aussi aux pieds de Leonardo DiCaprio. À la fois écologiques et équitables, ces baskets sont référencées pour leur style et leur design et comptent parmi les réussites les plus exemplaires. Par ailleurs, la marque JEM de bijoux en or provenant de mines artisanales appliquant des principes écologiques exemplaires réussit elle aussi le tour de force de séduire et d’unir le beau, le bien… et le cher, là aussi.
Certes, cette consommation est luxueuse et « branchée », mais justement, ces démonstrations à l’échelle de produits iconiques, donc prescripteurs, annoncent une influence descendante vers des produits plus accessibles. D’autres exemples pourraient encore être cités, vêtements Kami ou Maiyet, épicerie Hédonie, literie Le Lit National, vin Clos Louie Vieilles Vignes, etc. Ces nouvelles offres éco-responsables ouvrent la voie. Elles mettent fin à une vision « moraliste » de la consommation durable, ce qui ne peut qu’aider l’écologie, et défendent une unité dans laquelle les valeurs morales et environnementales du produit accompagnent ses valeurs esthétiques, statutaires et utilitaires. Si la voiture, le téléphone portable, le bijou, le repas ou le meuble le plus désiré dans le monde avait une très grande performance écologique, l’impact de la consommation changerait. Faute que les produits désirables fassent des efforts pour devenir plus écologiques, ce qui est loin d’être le cas, c’est aux produits écologiques de faire l’effort de devenir plus désirables. Elles réussissent enfin ce pari.

La consommation collaborative tisse sa toile

De nouveaux modes de consommation apparaissent, favorisés par Internet et en particulier par les réseaux sociaux . Le troc, les ventes et achats en ligne de produits déjà utilisés, la location, le partage se développent, avec un gain écologique certain. Cette nouvelle consommation correspond à une tendance croissante de la société, qui accorde moins d’importance, surtout pour les jeunes, à la possession. 2041889834Elle se développe également avec la crise, favorable aux solutions moins chères. Le succès d’auboncoin.com, de covoiturage. com, myrecyclestuff.com, sans compter d’autres sites de location et de partage, comme CitizenCar ou zilok.com démontrent que les éco-gestes ne se limitent pas à la fermeture du robinet ou à l’achat de détergents possédant l’éco-label européen, mais passent par un nouveau rapport à la consommation, dans lequel le partage et le « second hand » (biens d’occasion) deviennent naturels. En témoignent également les succès de Vélib’ et d’Autolib’ à Paris. Entre décembre 2011 et juin 2012, Autolib’ a enregistré plus de cent mille locations en Île-de-France.
Pour sa part, OuiShare, première communauté autour de la consommation collaborative, démontre que l’union d’individus peut aller encore plus loin : projets de co-habitat, de co-production, co-innovation et co-financement, que ce soit du microcrédit de pair-àpair avec Babyloan, du crowdfunding avec My Major Company ou KissKissBankBank ou du financement de projets de développement avec Blue Bees. Il s’agit d’une autre forme de mobilisation, plus connectée, plus participative et plus collective. Ce développement durable 2.0 dispose d’un avenir colossal.

Consommation locale et made in France : l’écologie sans le savoir ?
Force est de constater le « boom » du retour au local et du made in France, favorisés par la crise. Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, a marqué les esprits en osant poser mioctobre 2012 à la une du Parisien Magazine en marinière made in Quimper. 3017556358Comme pour la consommation collaborative, si l’impulsion initiale n’est pas l’écologie, le résultat lui est largement favorable. En effet, les circuits courts impliquent moins de transports. Derrière les possibles contradictions de cette consommation (ne vaut-il pas mieux un produit importé fait de manière responsable qu’un produit local, mais peu exigeant ?), de nouvelles tendances combinant à la fois le local et l’écologique comme les « locavores » (s’alimenter dans un périmètre réduit) ou les Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne, prônant l’achat groupé et en direct à des producteurs locaux) se développent fortement. Elles préfigurent une consommation écologique performante. Pourtant, ce mouvement, lorsqu’il se contente du seul critère « local », est ambivalent. Le made in France revêt une dimension protectionniste qui ne va pas dans le sens d’une ouverture à une mondialisation responsable. De plus, il ne dit rien des véritables critères utiles à une consommation responsable : les labels officiels concernant les conditions sociales et environnementales de production.