Archive for octobre, 2012

15 octobre 2012

Nature & Ethique à la Frieze Art Fair 2012

L’écologie et l’éthique étaient au rendez-vous de la Frieze Art Fair 2012, attestant la montée des enjeux sociétaux dans l’art contemporain.

Les oeuvres exposées à la Frieze présentées ci-dessous, sont des témoins de cette dynamique.

Henrik Hakansson

Né en 1968 en Suède, cet artiste étudie la condition humaine et les possibles formes de dialogue et de cohabitation entre l’homme et la nature, notamment par l’observation des plantes, oiseaux, insectes ou autres créatures dans leur environnement.
Les frontières entre les écosystèmes de la Terre et l’Humanité, le traitement des relations complexes entre les humains, les animaux et les plantes, deviennent matériau esthétique pour son travail. Son oeuvre est construite comme un système vivant, l’artiste y mêle des éléments biologiques et technologiques.

 

610452106« The Y Sawrn »
(les élements du mobile sont des étourneaux)

Rivane Neuenschwander

Cette artiste brésilienne expose « Watchword », un panneau offrant une multitude de mots tels des marques sur des étiquettes qui peuvent être déplacées par les visiteurs, formant ainsi des ensemble de sens différents. Parmi ces mots : Nature, Hope, Future, Time….
(l’artiste est représentée par la galerie Tanya Bonakdar à NYC, www.tanyabonakdargallery.com)

István Csakany

Ce jeune artiste hongrois né en Roumanie propose « Work Station », une structure en acier reproduisant le cadre d’un métier à tisser industriel, équipé d’éclairages et de ventilateurs alimentés par des panneaux solaires placés à l’exterieur. Ainsi, le travail fonctionne avec une énergie autonome. La pièce centrale de cette structure, le tissage, manque volontairement, interrogeant également sur la place du travail.

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Xu Zhen

« The starving of Soudan » est une oeuvre en deux parties : une photo représentant un enfant dans le sable menacé par un vautour et un film montrant la réalisation de cette photo, dans un studio, avec tout l’environnement technique occidental.

(visuels : la photo de K. Carter et un extrait du film de Xu Zhen)
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Cette installation répond à la photographie de Kevin Carter (1993) qui fut alors controversée suite à sa récompense du Prix Pulitzer (et qui se suicida peu de temps après). Le photographe avait été très vivement attaqué : comment avait-il pu laisser cette petite fille pendant que le vautour s’approchait plus près d’elle ? Le sort de la petite fille est resté inconnu du journaliste, pendant ce temps, les lecteurs de journaux s’étaient emus de son sort.
Pour cet artiste chinois, cette oeuvre s’adresse aux visiteurs de sa propre exposition qui « sont allés au spectacle, ont sorti leurs caméras, ont pris des photos, très excités » et démontre ainsi que chacun « fait exactement la même chose que ce qu’il condamne ». Pour l’artiste, cette oeuvre incite les visiteurs à réfléchir sur leur propre éthique.

Jörg Herold

Né en 1965, Jörg Herold se présente comme un archéologue de documentaires. Son intérêt pour l’histoire et la vie actuelle des populations « marginalisées » l’a mené en 2006-2007 dans le Caucase, le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande et le Laos. Herold utilise son art pour nous montrer comment le fait de «creuser» dans nos mémoires ouvre des possibilités pour l’avenir et comment la compréhension de l’identité locale explique aussi le global.

Il pose la question de l’arrogance scientifique, à partir de documents issus d’expéditions de la fin du XIXème siècle et du début XXème. Il montre notre éternelle recherche d’un « pur sauvage ». Plus nous observons « l’étrange », plus il disparaît. Sur les photographies, seules les ombres subsistent. Appliquant de la couleur sur le noir et blanc, l’artiste transfère le passé au présent, interrogeant ainsi la modernité.

(il est représenté par la galerie Eigen (Berlin + Leipzig), www.eigen-art.com)
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Mark Evans

Exposé juste à côté de la Frieze par la Husgallery (husgalleries.com), Mark Evans propose un ensemble d’oeuvre à partir d’une machoire de requin qui, retournée, présente la forme d’un coeur. Pour l’artiste, « le retournement de l’image agressive pour créer un motif contrasté est représentatif de la façon dont la société pourrait faire de petits changements pour redéfinir le pouvoir, qui est habituellement donnée à ceux qui sont agressifs et impitoyables comme le requin prédateur ».
Ses oeuvres sont présentées sur du cuir, dont il maitrise parfaitement la technique. Chaque couleur de cuir porte un nom différent débutant par « Furious ». l’oeuvre centrale est « Furious Affection ».

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Grizedale Arts Projects (en partenariat avec la Frieze foundation)

Le « colosseum of the consumed » est une grande installation et un acte manifeste sur le thème de l’alimentation, offrant des performances, des conférences, de la vente au détail, des entretiens par des historiens et des spécialistes de produits alimentaires, des ateliers culinaires et des idées pour une alimentation alternative. Cette animationn qui rassemble des artistes et des groupes communautaires, se déroule dans une structure sur mesure construite par Yangjiang Group, sorte de croisement entre un amphithéâtre romain et un pavillon de cricket, permettant aux visiteurs de regarder à partir du sol ou d’une plate-forme circulaire en hauteur.

L’organisation artistique Grizedale Arts Projects est aussi une ferme, ses activités croisent les arts, la communauté, la pensée politique et économique et la pratique. Elle est portée par une philosophie qui met l’accent sur la valeur d’usage de l’art, et favorise les fonctions de l’art et des artistes dans des rôles pratiques et efficaces (parmi les principes de son manifeste : l’art doit être davantage utile, la certitude devient l’imprevu, faible impact et grande production,…). La ferme de Lawson Parc agit comme un lieu de connexion, en collaboration avec les cultures de la région, tels que l’agriculture et l’élevage. La valeur d’usage de l’art est encouragée avec des artistes en résidence, des architectes, des designers, des artisans, des critiques et sociologues, travaillant souvent directement avec le lieu et ses habitants.

Mamoru Tsukada

Né en 1962 au Japon et vivant actuellement à Berlin, Mamuro Tsukada présente « Human stinks, all. » accompagné d’une lettre.
En 2011, cet artiste a co-organise l’exposition à Cologne « Fukushima – open doors with compassion », apportant un relais artistique à la catastrophe de Fukushima.
Dans la lettre accompagnant l’oeuvre exposée, l’artiste évoque Socrate et la nécessité, au delà des différences, de ressentir l’unité.

(Il est représenté par la galerie Tomio Koyama Gallery, à Tokyo)

Richard Long

« The land is very Bad, Ireland » oeuvre de 2006, délivre un message étonnant « The global warming seems to be doing us some good ». Il s’agit du commentaire sur le beau temps fait par un agriculteur rencontré par l’artiste, lors d’une longue marche en Irlande. Cette oeuvre fonctionne en diptyque, l’autre photographie s’intitule » La terre ici est très mauvaise »,  également un commentaire de l’agriculteur croisé en chemin.

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Jean-
Luc Mylayne

Le photographe Jean-Luc Mylayne, spécialisé dans la photographie d’oiseaux depuis trente ans, présente à la Frieze une photo d’une immense beauté, intitulée « No500m ».

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Ca
rsten Höller

Cet artiste belge vivant à Stockholm, réplique en polyuréthane des bébés animaux, auxquels il place des yeux de verre destinés aux humains. Après le bébé dauphin, éléphant, et crocodile, dans des couleurs proches des pour bonbons gélifiés, voici le bébé phoque. Carsten Höller a une formation en science – il est entomologiste – domaine auquel il emprunte les procédures d’expérimentation qu’il transpose dans le domaine de l’art sous forme d’installations, qui font souvent appel à la technologie, mais aussi confrontent le spectateur au règne animal.
Le doute, présupposé méthodologique incontournable en sciences, est employé ici par Carsten Höller en tant qu’outil critique, vis-à-vis précisément du rationalisme scientifique et de la réalité objective et univoque qu’il décrit. Carsten Höller attribue un pouvoir performatif à ses œuvres qui, ouvertes sur le monde, ont une capacité à transformer la réalité. Carsten Höller nous suggère que d’autres valeurs sont à considérer pour notre société que celles développées par la rationalité scientifique et son corollaire le productivisme, dont souffre plus que jamais le système de l’art.

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4 octobre 2012

L’animal est l’avenir de l’homme

Derrière ce titre osé L’animal est l’avenir de l’homme (Fayard) se cache un homme très pédagogue, convivial et drôle, Dominique Lestel, enseignant chercheur à l’école normale supérieure et spécialisé dans la philosophie de l’éthologie et des communications homme/animal.

Dans ce livre important, intelligent et impertinent, l’auteur pose la question du rapport homme-animal non du point de vue de la frontière, mais du gain mutuel. Pour lui, l’homme doit protéger et être en contact avec des animaux, car ceux-ci jouent un rôle clé dans son développement, sa santé, son alimentation, mais aussi dans son sens esthétique, sa vie émotionnelle et son plaisir. Grand adepte de la cohabitation entre les hommes et les animaux, à la campagne mais aussi en ville, l’auteur propose d’ouvrir les villes aux animaux grâce à des systèmes de corridors et de circularité permettant des combinaisons hybrides. Loin de refuser toute utilisation des animaux en laboratoire, il pose néanmoins leur utilité, à l’heure où les deux tiers des médicaments (tous testés sur des animaux pour être autorisés à la vente) sont jugés inutiles.

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Pour l’auteur, il n’y a pas de rupture entre l’homme et l’animal, seulement des proximités plus ou moins grandes. Il donne raison à l’un des plus grands éthologues actuels, Franz de Waal, qui a dérouté ses pairs en utilisant un adjectif qui n’avait jusqu’ici jamais été utilisé pour décrire un comportement animal, l’empathie (Voir L’âge de l’empathie, 2010, Les liens qui libèrent Editions). D’une personnalité atypique, Dominique Lestel rassure tous ceux qui sont engagés dans la cause animale : l’animalopholie est pour lui le signe de la plus grande humanité.
A la fin de la lecture de ce livre, chacun de posera la question de son propre rapport aux animaux, réel et symbolique.
( Tiens d’ailleurs, alors j’écris ces lignes à la vitesse d’un escargot, la faute à ma tête de mule qui ne veut pas trop recopier de peur d’être un perroquet, j’apprends que JC Delarue se bat comme un lion, que ma mère devient chèvre …c’est vrai, sans les animaux, que devient notre pensée?)