Archive for avril, 2010

18 avril 2010

Quand l’hélium 3 se réveillera

Le siècle bleu, de Jean-Pierre Goux, JBz&Cie (avril 2010)

L’histoire du roman « Le siècle bleu » de Jean-Pïerre Goux part d’une excellente intention : faire comprendre l’importance géopolitique des enjeux énergétiques actuels. La  démonstration se fait par les grands moyens : le récit des prémices d’une guerre mondiale.

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L’histoire se déroule aux Etats-Unis, dans un avenir proche. Le héros du livre, Abel, possède  le quotient intellectuel d’ Einstein, le quotient de séduction de George Clooney  et le quotient chamanique de Raoni, lui permettant  d’être en contact direct avec  Ké, l’esprit de la terre.  Abel dirige officiellement un prestigieux bureau d’études spécialisé sur l’impact du réchauffement climatique et pilote en secret une cellule d’eco-terrorisme, Gaïa, qu’il finance en subtilisant cent millions de dollars à un site mafieux  (qui ne pourront donc pas porter plainte).  Le principe fondateur de Gaïa est de sauver la planète en ne blessant personne.  Au moment où Gaïa mène des actions musclées contre la pollution, la surpêche, les boucliers anti-missiles, les Etats-Unis sont en train de doubler la Chine dans la conquête spatiale. Ils  viennent d’envoyer sur la lune une navette avec quatre astronautes afin de démarrer  l’extraction de l’hélium 3 nécessaire à la fission nucléaire et également y déposer en toute discrétion une arme secrète qui permettra  de détruire la navette chinoise devant y atterrir trois semaines plus tard. Sur les quatre astronautes de la navette, un seul d’entre eux est dans le secret de cette mission de sabotage. Par ailleurs, un des quatre astronautes a été choisi par le peuple américain via un concours télévisé, il s’agit de Paul, le meilleur ami d’Abel. Paul tient depuis la lune un blog suivi avec adoration par plusieurs milliards de terriens. Mais une mauvaise manipulation de l’arme secrète sur la lune fait exploser  la navette américaine.  Le Président des Etats-Unis se voit alors habilement suggérer de reporter cette erreur sur Gaïa, alors très médiatisée pour ses actions d’eco-terrorisme ayant déjà eu pour cible la Défense américaine.  Abel, traqué, se refugie dans un centre scientifique qui permet de capter les signaux de l’espace, et intercepte un message crypté de Paul, seul survivant de l’explosion, qu’il réussit à décrypter grâce à des astuces inattendues. L’issue du premier volet de cette épopée prévue en plusieurs tomes s’achève ainsi  : Abel  fait découvrir au monde entier le message de Paul révélant le sabotage prévu de la navette chinoise à l’origine de l’explosion de la navette américaine,  le président des Etats-Unis tombe dans le coma, les Chinois sont furieux et préparent une offensive, Abel devient un héros national , le message de Gaïa est entendu par le plus grand nombre. Pendant ce temps là, Paul agonise lentement dans une niche pour chien conçue pour un séjour lunaire …

L’auteur a de solides connaissances scientifiques, une vision des enjeux à venir, la capacité à créer du rythme dans le récit,  et pourtant  le lecteur décroche et finit par rire de cette histoire si alambiquée. En dépit de l’intérêt du thème, l’éventualité d’une révolution énergétique fondée sur la conquête spatiale, l’invraisemblance des situations décrites et la profusion de stéréotypes donnent un caractère à la fois abracadabrantesque et sans surprise au récit.

Entre l’hyper rationalité scientifique et l’hyper « irrationalité » chamanique, il n’y a aucune voie médiane et accessible qui permette de saisir véritablement la thématique. Au final ces deux extrêmes révèlent les défauts de la culture écologique, écartée entre deux opposés, un espoir  de bond technologique d’une part et d’un  retour à la terre inspirée d’une relation spirituelle d’autre part. Le livre joue ainsi un rôle de miroir sans humour de notre société qui n’arrive pas à envisager ses défis environnementaux avec un simple bon sens, mesure et pragmatisme, et qui en attend une nouvelle épopée avec tout l’imaginaire correspondant.

Alice Audouin

1 avril 2010

You will survive

Développement durable ! Que la personne qui trouve cette expression avenante se lève ! On le sait,dans la vie, il y a le fond et il y a la forme. Mais la forme compte de plus en plus. Du point de vue de la forme, si le développement durable devait être décrit comme une personne, ce serait plutôt un puceau boutonneux avec un prénom imprononçable et un diminutif pas plus glamour, dédé. C’est vrai, le pauvre ! Né il y a vingt-deux ans d’une maman norvégienne au nom de Brundtland dans une institution poussiéreuse, il récolte plus de tomates que de compliments. Il se fait traiter d’oxymore et se fait railler par les décroissants et les conducteurs de 4X4. Les uns disent qu’il est pipeau, surtout lorsqu’il se promène en entreprise, les autres qu’il est rétrograde et qu’il veut couper l’électricité et revenir à la préhistoire et dès que l’on parle de lui dans des dîners, la réaction la plus fréquente est « non ! non ! non ! c’est vraiment trop barbant comme sujet ! » ou encore, pour les plus énervés « ils nous emmerdent ces écolos ! » ‘Son cousin le climatologue est à l’hôpital et sa marraine NKM à la prospective …il a donc un gros chagrin, ce développement durable mal aimé. Il est temps de le consoler. De le mettre sur les genoux d’une tata câline. De le cajoler, le rassurer, lui donner du courage, lui dire « allez-vas-y, c’est pas parce que t’es moche que tu dois baisser les bras, n’aie pas peur des tomates, crois en toi, tu en ressortiras plus fort, tu vas gagner. » Il est grand temps d’apporter un peu de soutien et pas seulement pendant la semaine du développement durable pour ce terme qui est maintenant du côté des faibles et des humiliés. Le développement durable, si maladroit et mal accepté soit-il, est grandement utile. Mieux, il peut, malgré ses défauts et ses casseroles, nous aider à réparer nos erreurs et ouvrir la voie d’une vie meilleure. Allez, pour le début de la semaine du développement durable, on lui fait une haie d’honneur, un petit hymne, une ola, on le motive ! Tout le monde est bien en ligne façon chenille processionnaire ? Tout le monde a bien sa selle de vélo et son filtre à eau à brandir quand il passera ? Les cordes vocales sont prêtes pour atteindre les 150 décibels de la baleine bleue ? Vous êtes bien campés sur vos Veja ? Ca y est ! Il arrive ! C’est le moment ! Allez on lui chante en cœur : « You will survive ! »

Alice Audouin
publié dans le numéro de Néoplanète Avril/Mai 2010