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19 mars 2010

Gary Hirshberg : Bio loves Walmart


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Gary est américain, (vieux) beau, riche, célèbre, père de famille exemplaire, directeur général. Bref, Gary est une success story américaine. What else ? Son entreprise enregistre depuis environ 20 ans une croissance moyenne de 20 % par an. Il est dans le pétrole ? Pas du tout. Il est dans le yaourt Bio.
Il vient de loin… de l’époque où le Bio concernait seulement les babas et non les bobos, où le développement durable n’était pas encore né et où les consommacteurs représentaient 0,0001 % de la population américaine. Se lancer dans le lait Bio avec neuf vaches a été la première pierre de son entreprise Stonyfield, au début des années 80. Mettant toutes ses ressources à créer un circuit de production coûteux (ressources durablement gérées, fournisseurs éparpillés, main d’œuvre mieux rémunérée…) et ne pouvant donc compter sur la publicité, épuisé de distribuer lui-même des échantillons dans les supermarchés, il décide alors de proposer aux consommateurs d’adopter une vache en échange d’une lettre de la vache deux fois par an. Des milliers de personnes trouvent cette idée amusante (ils reçoivent aujourd’hui quatre e-mails par an de leur vache) et Stonyfield réussit à passer à une dimension supérieure. Comme ses amis pionniers de l’époque (Ben & Jerry’s, Body Shop…) sauf Patagonia, il revend vingt ans plus tard son entreprise à une multinationale (Danone). Ses produits trônent désormais sur les linéaires des supermarchés, y compris en France sous l’appellation Les deux vaches (faut vraiment qu’il ne parle français pour avoir laissé passer un nom comme ça !). Pour lui le passage de la petite entreprise Bio à la multinationale va dans le bon sens, car la seule solution pour que le Bio entre dans les usages de consommation, c’est d’en baisser le coût, donc d’en vendre plus. Plus on vend, plus il y a de fournisseurs de lait bio, plus il est facile d’organiser la production et ainsi de suite. Gary défend cet argument dans le documentaire Food Inc. qui décrit l’industrie alimentaire américaine et qui obtient actuellement un grand écho aux Etats-Unis. Et quant à savoir si le Bio répond à des préoccupations d’ordre individuel ou collectif, Gary reste pragmatique « Les gens se mettent au bio à trois occasions : lorsqu’ils ont le projet d’avoir un enfant, à l’occasion d’un problème de santé, et au travers de l’influence de quelqu’un d’autre. Ils mangent bio avant tout pour eux, pas pour la planète, mais ce qui est bon pour eux est bon pour la planète.» Aux Etats-Unis, les yaourts Stonyfield font actuellement la promo du livre « Anti cancer » de David Servan-Schreiber, avec le slogan « La super arme dans la guerre contre le cancer : Votre nourriture » démontrant ainsi le poids de l’argument santé. Il reste plus efficace de miser sur l’intérêt individuel pour gagner de grands marchés.

Alice Audouin

Article publié dans Neoplanète numéro Avril/Mai 2010.

Interview réalisé le 5 février à Paris.