Archive for juin, 2009

26 juin 2009

Le Climat aura-t-il la peau de l’Océan ?

« La mer a déjà sauvé la terre et elle doit continuer ». Ce sont les propos du très éminent Edouard Bard, directeur de la chaire de l’évolution du climat et des océans du Collège de France.

Pourquoi la mer nous a-t-elle déjà sauvés ? Edouard Bard donne trois raisons. Tout d’abord elle stocke d’ores et déjà un tiers des émissions de CO2 dues à l’activité humaine et nous évite d’avoir à l’heure actuelle les chaudes températures que nous prévoyons pour la fin du siècle (500 ppm) ! Ensuite, grâce à son pouvoir réfléchissant, la banquise renvoie une partie de la chaleur solaire et donc freine le réchauffement. Enfin, l’océan est un formidable aspirateur de chaleur : 85 % de la chaleur est captée par les océans, un sacré service au moment où la planète vient d’augmenter de 1° en un siècle.

Mais ce service rendu par l’océan est menacé. A qui la faute ? A l’acidification des océans et au réchauffement climatique. Nous voilà donc partis pour un cercle vicieux qui n’est pas prêt de s’arrêter. Le beau miroir de glace s’érode avec la fonte de la banquise due au réchauffement plus intense aux pôles, il a déjà perdu 50% de sa superficie en trente ans, et son coefficient d’albédo baisse à cause du carbone suie (particules diesel) lié au trafic maritime. La capture de la chaleur est elle aussi menacée par le moindre brassage des masses d’eau mais c’est surtout l’acidification, également due au réchauffement, qui freine le service le plus déterminant : le stockage du carbone.

A ce train là, le prochain rapport du GIEC annoncera 1 mètre d’élévation du niveau des mers en 2100 et non 60 cm comme dans le dernier rapport !

Imaginons ce qui se passerait si nous bloquions pour toujours notre émission de CO2 au niveau actuel (390 ppm). La terre continuerait à se réchauffer légèrement à l’échelle de quelques siècles, et l’élévation du niveau des mers persisterait sur des centaines et milliers d’années, à cause de la dilatation des océans et la fonte des calottes de glace

(le Groenland, ça met du temps à fondre !).

voir le schema Document4.pdf (source : IPCC)

Le Grenelle de la mer, tombe donc à brûle pour point. Il favorise la prise de conscience de l’interdépendance entre terre, mer et activité humaine. Les océans comme ressources énergétiques, minérales, alimentaires ou médicales à venir et comme réceptacle des rejets produits sur terre rendent cette interdépendance capitale pour l’avenir de l’humanité. Comment résoudre le problème? En cessant de voir l’océan comme une simple source d’extraction mais en sachant l’investir avec intelligence et prospective ; en accélérant l’intégration du développement durable dans les activités industrielles et humaines ; enfin, en protégeant mieux les écosystèmes fragiles. Parmi les 500 propositions du Grenelle de la mer figurent, entre autres, la protection du tiers du littoral d’ici 2020, l’encadrement de la pêche de loisir, l’évolution des bateaux de pêche, mais aussi la création d’une Agence nationale de l’archipel France. Avec cette dernière idée totalement inédite, la France devient un archipel à l’échelle de la planète, en interface avec toutes les aires de civilisation du monde, et chaque territoire y a sa dynamique propre de développement durable, mise en réseau par l’instance centrale. Pour l’heure, le Grenelle de la mer entame sa phase de concertation nationale, avant la table ronde finale de début juillet. Un processus législatif s’en suivra-t-il ?

Pour l’heure, l’urgence est à la recherche scientifique. Lors de la clôture de la 4ème année polaire internationale, le professeur Thomas Stocker, Co-président du GIEC, a rappelé les inconnues à résoudre : quel est le lien exact entre la fonte de la banquise et l’élévation du niveau des mers ? Le dégel de l’Antarctique aura-t-il lieu et quand ? Comment réagira le permafrost au dégel ? Quelle sera l’incidence de la baisse du PH de l’océan sur les écosystèmes marins ? Et enfin… le changement climatique d’origine humaine est-il irréversible ?

Alice Audouin

17 juin 2009

Payer ses impôts, premier geste écologique ?

Les paradis fiscaux ont subitement quitté leurs belles îles lointaines pour incarner la face sombre du capitalisme patrimonial dérégulé. Désignés comme responsables de la crise financière, ils sont devenus la cible de l’intervention de l’Etat. C’est tant mieux, non seulement pour la finance mais aussi pour l’environnement. Mais qu’ont à voir les paradis fiscaux avec l’écologie, vous demandez-vous ? C’est pourtant simple. Avec quoi un Etat finance-t-il une politique environnementale, nécessitant de lourds investissements, des infrastructures et de la recherche, donc non rentable à court terme ? Des moyens financiers. D’où viennent-t-ils ? Principalement de l’impôt. Or les paradis fiscaux servent à quoi ? A l’évasion fiscale des particuliers. C’est quoi l’astuce ? Camoufler ses revenus en les encaissant dans …les paradis fiscaux. Et voilà 50 milliards d’euros par an de recettes fiscales en moins ! …qui auraient pu être investies pour des projets de long terme, pour le développement durable ! Mais alors, que font les banques ? Ne font-elles pas un peu le gendarme ? Loin de là. Toutes nos plus grandes banques françaises ont des filiales dans les paradis fiscaux, l’une y a 57 filiales, l’autre 115, une autre encore 189 (selon Alternatives Economiques)! Ce qui se passe dans ces filiales, on se le demande….En attendant, aucune trace de ces filiales dans les rapports de développement durable des mêmes grandes banques françaises alors qu’elles y prônent la transparence et l’engagement en faveur de l’éthique et du développement durable. Le premier éco-geste ne serait-il finalement pas, quand les revenus le permettent, de payer ses impôts … et de bien choisir sa banque ?

Alice Audouin

Publié dans Neoplanète numéro Juin/Juillet

Télécharger l’article, Neoplanète, N° Juin/Juillet 2009 (www.neo-planete.com)

14 juin 2009

Home, Sweat Home

L’action de mécénat de PPR vis-à-vis du film Home aboutit à un résultat de communication pour le groupe PPR au-delà de toute espérance. En une semaine PPR a touché plus de 100 millions de personnes pendant 60 secondes (génériques du film) et ce pour 10 millions d’euros investis. Ce résultat s’explique par un modèle inédit de financement du film qui n’inclut aucun retour sur investissement, les profits étant reversés à l’association GoodPlanet (enfin reconnue d’utilité publique) du réalisateur Yann Arthus-Bertrand, et qui a permis aux distributeurs (cinéma, télévision, DVD, Internet) d’avoir le film gratuitement et le distribuer « pas cher. » 120497956En une semaine, du 5 au 12 juin, 130 pays ont joué le jeu. 85 chaînes de télévision ont généré 100 millions de téléspectateurs, dont 8 en France. Même succès côté Web, avec 5 millions téléchargement sur YouTube. La FNAC quant à elle a vendu 15 000 DVD le premier jour 50 000 le premier week-end : mieux que Harry Potter (mais moins cher : 4,99 euros, prix coûtant.) Seul mauvais suiveur, les Etats-Unis, avec un DVD vendu 25 $. Les médias ont eux aussi été de la partie, ils auraient offert environ 3 millions d’euros d’espace publicitaire. En interne chez PPR, 88 000 DVD ont été remis aux salariés les invitant à proposer « 88 000 initiatives » et un site interne dédié en 13 langues a été visité par 14 000 salariés. Selon Laurent Claquin, Directeur du développement durable du groupe, “Nous ne sommes pas irréprochables mais cette collaboration est une promesse d’action continue”. Derrières ces chiffres, les questions : Une marque est-elle légitime pour mener une action phare sur le développement durable si elle n’est pas elle-même déjà bien avancée ? Des audiences si importantes nécessitent-elles un processus de concertation sur la responsabilité du message ? Un contenu à la fois gratuit et d’intérêt général peut-il reposer uniquement sur des acteurs privés ? Au moment où « brand content » se développe, il important de débattre sur des principes de communication responsable.