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27 novembre 2008

Festival International du Film d’Environnement : moisson exceptionnelle de documentaires

Pour la 26ème édition du Festival international du film d’environnement (19 au 25 novembre 2008, La Pagode) les quinze films documentaires en compétition officielle ont frappé par leur qualité et leur ambition. Tour de piste de la moisson 2008. Trois tendances de la programmation documentaire se dégagent.

Tout d’abord, la démarche personnelle, centrée sur le réalisateur du documentaire lui-même. Dans ce format, le réalisateur se prête au jeu du citoyen ayant le désir de comprendre quelque chose qui ne va pas, qui le concerne et qui le dépasse également. Dans Addicted to plastic, le réalisateur-citoyen canadien Ian Connacher prend soudainement conscience de la place du plastique dans sa vie quotidienne, des problèmes qu’il génère et enquête sur les solutions pouvant le remplacer. Il n’hésite pas à mettre en scène ses réactions au fur et à mesure de ses découvertes. Dans Bigger Faster Stronger, l’ américain Christopher Bell, adepte de la musculation et ex consommateur de stéroïdes, s’interroge sur le succès et la dangerosité de ce produit pour la santé et sur les leviers psychologiques du culte du muscle. 645903932La réalisatrice japonaise Masako Sakato part du décès de son mari, ancien vétéran de la guerre du Vietnam, pour interroger la persistance des conséquences de la pulvérisation aérienne de l’agent orange quarante ans plus tard. Son film Agent Orange : a personal requiem (prix du Jury) montre les difformités et souffrances d’enfants victimes du pesticide, avec le ressenti en voix off de la réalisatrice, toujours dans la compassion et le pacifisme. Dans le cas de Saving Luna, un couple de journalistes canadiens démarre un reportage sur un phénomène inédit, un orque abandonné par son « pod » allant vers les hommes. Face à ce phénomène inexplicable et émouvant, le couple quitte la distance qu’il s’impose habituellement dans ses reportages pour livrer ses pensées intimes et décide finalement d’offrir son amitié à l’animal sauvage et de la filmer. La qualité de ce type de réalisation repose sur la qualité du réalisateur lui-même, acteur et interprète des évenements. Dans le cas de l’enquête de l’agent orange, le résultat est magistral, car la réalisatrice tire un enseignement pour elle-même du chemin parcouru. En revanche, pour Addicted to Plastic,le réalisateur se contente de la compréhension intellectuelle du sujet, sans vivre vraiment l’expérience de leur documentaire, ce qui est dommage.900079658Ensuite, le témoignage, mettant au premier plan une situation. Dans Flip the coin, le Bangladesh est victime aussi bien sur le plan social qu’environnemental des multinationales de la téléphonie mobile, et des chaines de sous-traitants dans l’économie mondiale permettant d’éviter les contrôles. Les montagnes chiliennes et ses précieux glaciers font face, dans Mirages d’un Eldorado (Martin Frigon, Canada, Grand Prix 2008), aux autorisations d’explorations de la multinationale Barrick Gold, spécialisée dans les mines à ciel ouvert. Dans ce film, les victimes de la multinationale frappent les téléspectateurs par leur contrôle de soi, leur solidarité, leur pacifisme et ont valeur d’exemple. I am because We are montre les habitants du Malawi victimes du Sida et se penche avec maladresse sur leur tendance à la victimisation. Dans cette arrproche, lorsque la neutralité est atteinte, la dénonciation devient efficace, les situations parlant d’elles mêmes. Lorsqu’elle ne l’est pas, le tandem bourreau-victime peut s’ériger comme cadre empêchant d’autres angles d’analyse ou de solutions.Enfin, la pédagogie, pouvant prendre la forme du cours magistral, avec parfois une surenchère d’expert. Dans le documentaire australien Crude (Richard Smith, Australie, prix du meilleur documentaire), la géologique est expliquée et mise en images de synthèses, et permet à chacun de comprendre la très complexe histoire du pétrole. The end of poverty donne un cours complet sur la colonisation, documents anciens et historiens à l’appui, visant à démontrer son rôle dans les maux actuels, avec un déterminisme parfois trop présent. L’histoire de Peuple Invisible, sur les Algonquins du Canada, est tracée depuis l’arrivée des colons, et montre sa lente destruction, là encore, avec peu de place pour les bifurcations en ce qui concerne son avenir.

Si les productions et réalisations restent encore du coté des pays les plus industrialisés et tendent à mettre en avant chez les victimes des pays du sud les valeurs perdues des pays du nord, dans la programmation 2008 la responsabilisation et le pacifisme restent moteurs. Agent Orange, Mirage d’un Eldorado, Peuple Invisible, Sin mais no hay pais, l’Apprenti, Saving Luna, Crude, resteront les meilleurs exemples de la moisson 2008. Reste à espérer qu’ils seront distribués à hauteur de leur intérêt.
Pour information : Alice Audouin, auteur de ce blog, a été Jury de ce festival, pour ls documentaires et les fictions