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29 septembre 2008

La mode selon John Patrick Organic

832062708John Patrick, engagé dans le coton biologique depuis 2002 et fondateur d’Organic, est une icône de la mode éthique aux Etats-Unis.
Il figure dans la liste des heureux nominés du fameux CFDA/Vogue USA 2008, où il fait figure d’ovni : militant pro coton biologique (en anglais : « organic coton »), il ne mache pas ses mots sur le secteur de la mode.
Si son militantisme est le reflet de son ambition, a contrario ses vêtements ne portent aucun signe « écolo », ils misent sur un « processus responsable » qui n’a pas besoin de s’afficher, et offrent la part belle au style.
Présent quelques jours à Paris dans le cadre d’un show très privé, il a partagé sa vision personnelle et engagée. John Patrick Fleming possède un style qui ne passe pas inaperçu. Habillé dans un genre dandy fraîchement échappé de Sing Sing, il pousse des cris dépassant ceux de la Cage Aux Folles et porte ses invitations VP de la Fashion Week en pendentif, mais contrairement aux gens de la mode les mots équitable, biologique, et éthique sont dans chaque phrase. Petit résumé de cette nouvelle vision de la mode.

Porte ce que tu cultives et je te dirai qui tu es
Selon JP, l’héritage agricole est la source de la mode. Le vêtement, l’alimentation et l’agriculture ne font qu’un. Les matières, les gestes, sont ceux d’une histoire commune. Un vêtement doit pourvoir dire d’où il vient, doit pouvoir raconter sa propre histoire. C’est l’opposé de la « fast fashion » en explosion actuellement et du mouvement actuel des marques qui s’uniformisent, se ressemblent, la tendance « the brands are become brand less ». La mode biologique peut redonner du sens aux marques.

Le modèle économique, c’est mère Teresa
Les créateurs ne sont pas là pour s’enrichir, mais enrichir les pauvres, selon la vision du fondateur d’Organic. Il s’agit de trouver davantage de sens à la mode et d’allèger sa dette vis-à-vis de la nature. C’est en replaçant la mode dans son histoire, celle des ressources, celles de la terre. John Patrick n’a pas de Dieu, pas de gourou, mais un seul guide : les paysans les plus pauvres « ce sont pour eux que j’agis ». Pour sauver les paysans indiens qui se suicident par milliers en buvant des pesticides.

Les défilés sont un gâchis
John Patrick ne fait pas de défilés mais des présentations. Les présentations sont des scénettes immobiles avec des mannequins et à forte évocation picturale. Elles permettent le dialogue, la compréhension de la démarche du créateur et de l’histoire du vêtement, ce qui est impossible avec les défilés. De la Slow Mode ! John Patrick a un impératif : il faut réinvestir d’urgence l’argent des défilés dans la formation des jeunes, le recyclage, et programmes agricoles !

C’est le Pérou
En 2002, John Patrick part à la recherche de son Graal : le coton originel, mythique, la fontaine de jouvence du coton, le coton organique, le VRAI coton. Il commence sa recherche par les Etats-Unis où il déplore les ravages de l’industrie cotonnière et la disparition du coton « ancien ». Il décide alors de quitter les Etats-Unis et sa vie de créateur de mode « silly » mais admirée et très « upper class » …pour le Pérou ! où son flair lui dit que le coton pur s’y cache…miracle ! il le trouve grâce à l’aide d’un hippie archéologue très « wild », James Vreeland (le neveux de la fameuse Diana Vreeland de Vogue). Il y reste trois ans le temps de bâtir une coopérative.

Le développement durable n’est pas à la mode
Pire que dans le milieu de la pub ou des médias ? Oui, selon John Patrick : le secteur de la mode est majoritairement indifférent au développement durable, il n’a pas de management environnemental ni de directeurs du développement durable. Il est temps de s’y mettre!

Faire avec les moyens du bord
Pour John Patrick, l’esprit bio, c’est faire feu de tout bois. Tant que la filière biologique n’est pas organisée pour l’ensemble des vêtements, il faut improviser. Si un coton bio de qualité disponible est dans des draps, il faut s’en servir pour faire des chemises ! Contrairement à la mode actuelle qui voit la matière au service du créateur, dans la mode bio c’est l’inverse : c’est le créateur qui est au service de la matière. Et celle-ci a ses raretés, ses défaillances, et sa pureté…c’est au créateur de partir de là.

Tout part du tablier
Annmarie Gardner, journaliste du magazine, « Organic Style » a lancé John Patrick dans la mode biologique en lui demandant de créer un vêtement biologique pour son magazine : sa réponse fut un tablier. Ce tablier a été le point de départ d’Organic, la première pièce de sa maison. Aujourd’hui, ses collections font pâlir Ralph Lauren.

Il n’y a pas de concurrents
L’éthique, le bio, tout cela est un mouvement pour John Patrick, il n’y a pas de compétition mais des membres d’un même mouvement. Le but est de se serrer les coudes pour le faire grandir. L’urgence est la création de filières, d’une organisation, de méthodes et de managers qui permettent de diffuser ce qui aujourd’hui une pratique encore trop minoritaire. Organic contribue avec sa filière de coton équitable avec des coopératives au Pérou, qui intègrent également le modèle social du commerce équitable.

Les mannequins sont moins connes
Selon JP, les mannequins sont des alliées pour le mouvement éthique et biologique, elles sont plus saines et plus exigeantes qu’avant et sont à la recherche de marques qui aient du sens. Pour ses présentations, JP bénéficie des meilleures mannequins qui donnent de leur temps à budget écrasé car « elles y croient ».

Le drame de la France, c’est le lin
JP ne pleure pas sur la tombe de Jim Morrison quand il est à Paris, mais sur le lin perdu. Le lin est l’histoire de la France et le coton biologique devrait être la première ressource de la mode française selon lui. Et la première priorité française devrait être d’en relancer la production biologique. Les magnifiques tissus de Siat & lang certifiés bio devraient donner l’exemple. Dans l’ensemble, les européens sont plutôt moteurs pour l’agriculture biologique. Mais la France devient un musée, comme le déplore JP, pourquoi oublie-t-elle son agriculture qui est à la source de son histoire ? Cela rend malade John Patrick !

Alice Audouin

Sur la photo, une présentation de la collection printemps été 2008