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16 mai 2008

Loïc Fel, le philosophe de « l’esthétique verte »

Mercredi 14 mai : Loïc Fel devient un « philosophe de la nature qui va désormais compter ». C’est le verdict de son jury de thèse d’épistémologie (comptant l’éminent Dominique Bourg) le jour de sa soutenance. Il seconde ainsi Fabrice Flipo, autre jeune et brillant philosophe « du développement durable », dont la thèse « Nature, justice et liberté » est éditée aux éditions Parangon. Le concept de Loïc est : l’esthétique verte.

Tout d’abord, qui est Loïc Fel ? Un surdoué du développement durable, un top model du «développement désirable» de 28 ans, à la fois écologue, économiste et philosophe. Vivant avec 450 espèces dans son appartement (dont une appartenant au genre humain), jonglant avec des jardins en Alsace et en Bretagne pour tester le réchauffement climatique sur les déplacements d’espèces, sa germanophilie aurait pu le conduire sur la route du romantisme allemand, sur le sentier de la Nature menant vers le Vrai. Mais, Loïc, piercé, rock’n roll et hyperactif…n’est pas vraiment du genre à ramer sur un lac du Salzkammergut.
Revenons à cette thèse qui nous vaut la naissance d’un philosophe et de son nouveau bébé concept.
Loïc fait un pari optimiste : « La connaissance écologique, la nouvelle façon dont on perçoit la nature, influent sur notre expérience esthétique, non seulement pour l’art et les artistes mais aussi pour le simple amoureux de la nature, et cela a des implications éthiques. La conscience amenée par ces connaissances est porteuse de responsabilité, de changement de comportement ». Un changement par la sensibilité donc !
Commençons par l’art. Selon l’expression d’un membre du jury, Loïc définit « l’art post anti-naturaliste » (en fait l' »esthétique verte » ). Traduction : un art qui renoue avec la nature en lui laissant sa place, c’est-à-dire, en étant capable de s’effacer devant elle.
En gros la nature et l’art, ça fait longuement qu’ils sont dos à dos. La faute à Hegel, car il a fait bifurquer l’esthétique vers un mauvais chemin : la philosophie de l’art, avec tout un tas de concepts qui n‘étaient plus liés à la nature, comme l’abstraction, la culture et l’histoire. Il a fallu attendre les années 2000 pour que le lien se renoue, d’une part entre nature et éthique, avec des allemands comme Habermas (qui a toujours considéré que l’esthétique était incluse dans la protection de l’environnement) puis, grâce à des anglo-saxons plutôt inconnus ici concernant le lien entre esthétique et nature. Ce dernier lien vaut d’être pensé à l’aune de l’écologie actuelle. Aujourd’hui, les écosystèmes, le réchauffement climatique, les techniques d’analyse de cycle de vie, etc. sont de nouveaux savoirs qui expliquent davantage la nature au travers de systèmes interdépendants que d’ objets isolées comme un arbre ou même un paysage. Avant, dans une démarche artistique, la nature était représentée, car la connaissance scientifique était avant tout descriptive et pouvait donc correspondre à une esthétique de la représentation. Aujourd’hui la science est explicative des phénomènes complexes, nécessitant d’autres modes de présentation. Avec cette nouvelle connaissance scientifique, la représentation de la nature n’a plus aucune pertinence, seule la présentation l’est. Et l’on voit même aujourd’hui des œuvres d’artistes contemporains (comme Herman De Vries) consistant tout simplement à délimiter un espace de biodiversité « intact », libéré de la main de l’homme, un bel exemple d’ «écocentrisme» (l’écosystème au centre) qui fait un beau bras d’honneur à l’anthropocentrisme (l’homme au centre) !
Si on va droit au but, la grande affaire philosophique actuelle est donc de faire en choix entre deux paradigmes: anthropocentriste ou écocentriste. Pascal Acot membre du jury pose la question piège : « L’anthropocentrisme conduit à la même finalité de l’écocentrisme, car l’homme a tout intérêt à préserver son environnement pour assurer sa viabilité sur terre. Alors pourquoi plaider pour l’écocentrisme ?» Voilà une question cruciale : l’intérêt individuel peut-il avoir la même finalité que l’intérêt collectif en matière de respect de l’environnement ? La réponse de Loïc est formelle : non, l’anthropocentrisme ne conduit pas aux mêmes choix, au même périmètre, la notion d’utilité/inutilité prédomine et n’est pas dans la même logique que celle des écosystèmes, des dommages irréversibles sont donc possibles. « Prenons un exemple extrême, la plante qui pousse le bitume a une valeur car elle locale et de génération spontanée, or l’homme, même dans un principe d’anthropocentrisme ayant parfaitement intégré le respect de la nature, ne verra pas l’intérêt de la conserver. » Donc seule l’attitude écocentriste garantit le respect de la nature. Résumons : l’anthropocentriste est le nouveau has been (y compris ses nouvelles idées de geo-ingénierie sont également has been… et dangereuses) et il n’est pas nécessaire d’épouser son animal domestique pour devenir ecocentriste. A vous de choisir ! :-).
Pour info, sa thèse (avec 90% de pages en moins on l’espère), sera bientôt publiée.
Voir le blog de Loic : http://ecologie-esthetique.blogspirit.com, avec les photos d’Olivier Martin-Delange, son artiste préféré.