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19 décembre 2007

Interview de Sebastien Kopp, co-fondateur de Veja

Alice Audouin : En 2003, à l’âge de 25 ans, tu as créé Veja, raconte.
Sébastien Kopp : Pendant nos études, nous étions avec mon associé Ghislain, fan de géopolitique et d’écologie. Nous cherchions la voie conciliant les deux, nous étions sûrs que cela était possible. J’ai fait un stage chez Morgan Stanley en liaison avec la Banque Mondiale à Washington, j’ai commencé à douter. Après nos études, nous avons fait un voyage autour du monde pour regarder sur place les engagements philanthropiques des grandes entreprises. Là, toutes nos illusions sont tombées. A notre retour, nous avons eu alors l’idée de créer un modèle à partir de zéro, fondé sur l’écologie, le social, le commerce juste, et nous donner la preuve que c’était possible. Nous avons mis toutes nos économies et la NEF nous a aidés. C’est parti comme ça.

Le juste prix de la rémunération des producteurs, comment le définis-tu ?
On part du prix de la production, ce qu’elle coûte au producteur, à partir de là on rajoute une marge. C’est important pour nous qu’ils puissent non seulement vivre correctement, mais aussi réinvestir. Il ne faut pas caler le prix en fonction du marché et dire qu’il est X% supérieur car le prix du marché ne veut rien dire compte tenu des subventions, en particulier pour le coton américain.

Pourquoi avoir choisi la basket ?
La part du marketing prend une très grande place dans le prix d’une chaussure conventionnelle, et celui de la production une toute petite, nous avons vu là notre chance, si nous augmentions les prix de production pour assurer une qualité sociale et environnementale et ne faisions pas de marketing nous pouvions obtenir des prix compétitifs. Notre chance a été de percer sans marketing, sans aucune publicité, avec seulement des relations presse faites en interne. On avance sur le web en ce moment.

La notoriété grimpe vite, les achats aussi, comment suivre avec les mêmes gages de qualité et comment gérer cette notoriété ?
Au départ nous avons produit 5 000 paires, nous sommes maintenant à 60 000 paires pour le monde. Nous avons 50 modèles, cela fait 1 000 paires par modèle, si l’on compte en plus les tailles, cela en fait 200 par pointure. Donc cela reste tout petit ! On grossit à notre vitesse pour garder la qualité, et les consommateurs attendent, cela ne nous pose pas de problème de conscience. Cette relative pénurie crée des comportements parfois fous, certains vont en Angleterre pour avoir un modèle spécifique ! On ne veut pas être un objet à la mode. Si une star internationale veut nos baskets, on lui dit de les acheter, on n’a jamais fourni une seule paire gratuitement, plus on garde la tête froide, plus ça marche… aujourd’hui la liste des stars qui portent nos baskets est hallucinante.

1628853904Comment vois-tu ton avenir ?
Croître de façon raisonnable, c’est notre cap. Nous avons eu des offres mirobolantes de rachat par les plus grandes enseignes, nous avons refusé catégoriquement. De même pour les circuits de distribution plus importants. Nous voulons maîtriser notre croissance. Si ça ne marche plus, nous ferons autre chose. Je crois que notre plus grande force est de toujours privilégier notre projet à l’argent.

 Le développement durable, cela signifie quoi pour toi ?
Cela ne veut rien dire pour moi. Je vois ce mot là partout et pour moi c’est de la communication avant tout. J’ai un principe, il faut faire avant de parler. Trop d’entreprises font l’inverse. De plus, communiquer sur le développement durable devrait se faire différemment. J’aimerais voir des entreprises communiquer davantage sur leurs défauts, dire voilà, là je ne suis pas bon, mais je veux progresser, et vous pouvez peut-être m’aider. Si je devais un jour communiquer sur mon entreprise, ce serait par l’art, oui l’art au service de la société. Et il n’y aurait pas de logo à l’entrée de l’expo.

Toi David Nike Goliath ?
Nous avons déjà un point commun avec Nike, notre modèle est copié en Chine, c’est la rançon du succès, des junk Veja sont là ! Mais les copies chinoises ne sont pas en coton bio ! (rires)

Interview publié dans 2050, N° nov-dec 2007