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19 août 2014

Cédric Carles : la transition écologique, c’est party !

Avec sa machine qui soulève les foules au son des énergies renouvelables, Cédric Carles a fait du Solar Sound System l’étendard d’une écologie différente et d’une culture engagée. Ce pionnier énergisant développe une alliance inédite entre l’écologie, la convivialité et la solidarité. Il possède de nombreuses casquettes : designer, secouriste en énergie, plasticien, chercheur indépendant en histoire des sciences et techniques et DJ. Quand Cédric Carles appuie sur Play, la transition écologique, c’est Party

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Cédric Carles entouré des dj’s Vakula et Jay ka aux Nuits sonores

Enfance d’un visionnaire
Difficile de ne pas rechercher dans l’enfance de Cédric Carles des signes prémonitoires d’un parcours aussi atypique et de fait, ils sont là. Le DIY (Do It Yourself) et l’écologie, deux valeurs centrales dans le parcours de Cédric Carles, émergent dès son enfance. Son grand-père ne jette rien et répare tout. « Il compilait les matériaux et les objets ménagers pour en faire une ressourcerie, il était capable de réparer tout objet et faire survivre des dizaines d’années des postes tv, des radios et des machines à laver dans son « repair café » avant l’heure», nous raconte Céric Carles. Très investi dans sa commune, catholique pratiquant, ce grand-père fait de l’anti gaspi son crédo et apprend à Cédric à utiliser un tournevis en même temps qu’une fourchette. Mousse sur un bateau de plongée, le futur gourou est dans le même temps initié par son oncle à la plongée sous-marine en Méditerranée. A la place des mérous, il chasse les sacs plastiques. Son engagement en écologie sous-marine démarre.

Du banc skatable au Solar Sound System
Dès ses études de design industriel à l’Institut d’Art Visuel à Orléans, Cédric Carles intègre systématiquement dans ses projets des innovations sociales et environnementales. En stage de fin d’étude à Marseille, il crée un mobilier urbain en PET recyclé, solidaire, écologique et hautement praticable en collaboration avec une entreprise d’insertion et la communauté du skate : le premier banc skatable éco-conçu. Il part ensuite pour la Suisse afin de continuer à se former en éco-conception à l’EPFL (École Polytechnique Fédérale de Lausanne) et aux énergies renouvelables avec l’ association ADER (Association pour le Développement des Energies Renouvelables). Il a la chance de se former auprès des meilleurs scientifiques comme la climatologue Martine Rebetez, Olivier Jolliet, précurseur des eco-bilans ou André Rosselet, expert en énergie solaire.
La musique solaire, voit le jour en 1999 lorsque Cédric Carles décide de contribuer avec André Rosselet à mobiliser son canton pour voter en faveur du « centime solaire », une initiative populaire visant à instaurer une taxe de 0,1 centime par kwh d’énergie consommée afin de financer l’énergie solaire. A cette occasion, il branche pour la première fois des platines vinyles et un soundsystem à des panneaux photovoltaïques. En dépit de l’échec électoral du centime solaire, les ingrédients centraux de ce qui deviendra le Solar Sound System, se mettent en place : la convivialité, le nomadisme, les énergies renouvelables et la pédagogie. En 2001, il est invité à participer à la conception de l’exposition temporaire « Energie et Climat » avec l’ EPFL et insiste pour que l’énergie grise soit présente dans l’exposition. Pour cela, il propose une seconde vie à l’exposition et crée ITEX, « ITinérante EXposition », une exposition montée sur un camion doté d’une éolienne et de panneaux solaires muni de nombreux dispositifs pédagogiques en faveur des énergies renouvelables.

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SayWatt – Gaité Lyrique – SoulStereo @ Gaité Lyrique – expo SayWatt! : Le culte du Sound System

La résilience à la fête
En 2004, Cédric Carles fonde l’Atelier 2Cé, laboratoire d’éco-conception et un réseau pluridisciplinaire composé d’artistes, de designers et d’ingénieurs, promouvant l’éco-conception par l’art et le design. C’est dans cet atelier que le Solar Sound System (3S) prend sa forme définitive. Le Sound System alimenté en énergies renouvelables, permet pour la première fois à des DJs de mixer en version vinyl ou numérique, sans prise électrique. Le succès ne tarde pas. Des vélos viennent s’adjoindre, afin de produire l’électricité nécessaire en cas de panne de vent ou de soleil. Loin de rechigner, le public attend impatiemment son tour pour pédaler. Dans les festivals de musique, les rassemblements écologiques, les manifestations culturelles, en Suisse, puis en Europe et dans le Monde, les meilleurs DJs prennent rapidement les commandes de l’écologie conviviale, dont Matt Black de Cold Cut, fondateur du célèbre label anglais Ninja Tunes ou encore dernièrement Alain HO aka DJ Yellow de la non moins fameuse french touch.

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Matt Black de Coldcut aux commandes du SolarSoundSystem

Les 3S se multiplient, prennent des formes différentes, équipés de roulettes, de roues et de skis suivant les situations. Les territoires en rupture d’électricité ou touchés par la précarité énergétique, sont les premiers bénéficiaires. Haïti reçoit un Solar Sound System après le tremblement de terre en 2010. Le 3S devient un moyen de résilience dans les territoires ayant perdu leur électricité, s’impose comme solution à la précarité énergétique et se renforce en tant qu’outil de pédagogie et de sensibilisation aux énergies renouvelables. 20 Solar Sound System sillonnent désormais le monde, ayant à leur actif plus de 400 évènements, festivals, campagnes de mobilisation, de l’Inde à Taïwan en passant par le Cameroun. Le public est multi-générationnel. « Nous avons une programmation du jazz à l’électro qui rassemble toutes les générations, mon but est de rassembler les gens et la musique est un excellent moyen », précise Cédric Carles.

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SoulStereo @ Gaité Lyrique – expo SayWatt! : Le culte du Sound System

Des « smartmeters » vont prochainement permettre au public de voir en direct les données de consommation énergétique. Il explique que « l’énergie étant invisible, les smartmeters sont indispensables pour que le public puisse voir et appréhender concrètement les énergies et l’efficacité énergétique ». Il travaille aussi sur des générateurs-vélos pour Velib, car il « rêve de voir tous les parisiens pédaler pour la fête et les énergies renouvelables ». Une scène musicale alimentée à 100% en énergie renouvelable est en cours de développement. Avec le 3S, le facteur 4 devient réaliste dans le domaine de la musique live.

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dj Yellow @ Institut du Monde Arabe – opening Weather Festival

Du Solar Sound Musette à la paleo-énergétique
Cédric Carles est depuis toujours un passionné des sciences et des techniques. Chercheur indépendant en histoire de l’énergie, il s’intéresse tout particulièrement aux solutions énergétiques et aux innovations sociales développées au début du siècle dernier. « Je trouve intéressante l’histoire du bigophone, inventé fin dix-neuvième par Romain Bigot, cet instrument de musique DIY et carnavalesque a révolutionné toutes les fanfares et toutes les fêtes populaires. Véritable revendication de la rue, des sociétés bigophoniques ont existé par centaines, durant des dizaines d’années et jouaient sur des bigophones de toute forme, en escargot, légume, dragon. La rue était partagée, drôle, joyeuse, festive, bon enfant. C’est ce que je cherche à recréer dans mes actions, des moments gratuits et conviviaux, sur fond de bidouille énergétique.” Il intègre cette démarche au Solar Sound System en créant le Solar Sound Musette. Ce Solar Sound particulier n’est pas présenté comme une invention mais une découverte archéologique. Cédric Carles prétend l’avoir trouvé dans un grenier rassemblant les décombres de la crise de 29 : vélos d’époque, phonographes, et ancêtres des vélos dynamos, à l’occasion de l’exposition Vivres du domaine de Chamarande (co-commissariat COAL) au printemps 2014. « Je suis convaincu que des solutions ont déjà été trouvées dans des situations comparables, il suffit de les rechercher dans le passé, lors de moments historiques parallèles au nôtre aujourd’hui, des moments de crise énergétique, comme la crise de 29. C’est ce que je nomme la paléo-énergétique. »

Dans la voie d’Eric Dussert, son alter égo en littérature ayant exhumé de nombreux écrivains dans son ouvrage remarquable Une forêt cachée, 156 écrivains oubliés, Cédric Carles démarre son nouveau chantier : ressusciter les techniques sans pétrole disparues. Ce vaste projet comprendra une publication et une exposition, ainsi que la création d’une communauté en open source, rassemblant et triant pour l’avenir, les meilleures trouvailles du passé.
Pour Cédric Carles, « la transition écologique n’est qu’une question de bon sens. Au lieu de regarder vers le ciel en attendant une formule miraculeuse – cette solution thaumaturgique risque fort d’être de la géo- ingénierie, il faut l’éviter absolument – prenons ce qu’il nous offre : une énergie en abondante, décentralisée et à faible impact. Nous avons tout en main pour démarrer, tous ensemble et faire de ce progrès un très beau moment collectif ». Play ! Party !

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Cédric Carles devant son Solar Sound Musette, domaine de Chamarande, 2014.

Alice Audouin
19 août 2014

L’agenda de Cédric Carles (sélection)

Jusqu’au 26 octobre 2014, exposition Vivre(s), Domaine de Chamarande,
30 août – 1er sept 2014 , LUSSAULT( 37 ), festival iCi même en bords de Loire
6 et 7 septembre 2014, Berges de Paris
21 septembre 2014 La Voie est Libre, à Montreuil
29-30 novembre 2014 : Art of Change 21

Liens 

http://www.solarsoundsystem.org
http://www.facebook.com/solarsoundsystem
http://www.atelier2ce.org

 

19 décembre 2013

Enlève tes tiags, Al !

Al Gore, « Le futur, six logiciels pour changer le monde », éditions de La Martinière, 2013, traduit de l’américain.

Comme s’il  s’adressait d’emblée à un vieil ami, Al Gore évoque dès les premières pages de son livre, sa défunte mère et ses états d’âmes d’auteur. Mais au lieu de continuer sur son chien Shiloh adoré, il change brutalement de registre et se transforme en bête de scène d’un un TED ecolo-politico-economico-technico-scientifique intensif. Réchauffement climatique, imprimantes 3D, Big data, probiotiques, éducation des filles,  épigénétique, printemps arabe, transhumanisme, OGM, démographie, extension urbaine, ADN poubelle, pollution chimique, Chine, bioélectronique, chaque thème est abordé par des chiffres et illustré par d’innombrables sources, plus de 1 500 ! Sans crainte des détails ! Par exemple, pour démontrer la suprématie des probiotiques sur les antibiotiques « une équipe de l’Université de l’Alberta a examiné 124 cas de transplantations fécales et constaté dans 83 % des cas une amélioration immédiate une fois la flore microbienne restaurée. »  Cet inventaire express a son lot de scoops. « En 2010, pour la première fois dans l’histoire, les investissements dans les énergies renouvelables ont dépassé les investissements dans les énergies fossiles. » Al  aurait-il pris trop de probiotiques ? Le livre indique comme source un article de Bloomberg News, pas vraiment le MIT.

18 décembre 2013

Il était une forêt

« Il était une forêt » de Luc Jaquet a deux points fort. Tout d’abord, il est consacré à Francis Hallé. Ce très grand homme y transmet son savoir et fait comprendre l’importance, la beauté et la complexité de la forêt. Le réalisateur restitue la majesté de la forêt dans des plans de toute beauté. Ensuite, Luc Jacquet introduit la forêt dans l’histoire du cinéma, et démontre ainsi que le cinéma s’intéresse enfin aux êtres vivants qu’il ignorait jusqu’ici et dont dépend, pourtant, sa survie. C’est une première.

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Cependant, le film souffre certes de longueurs, d’une image figée et dépassée du scientifique toujours immobile ou dessinant, ainsi que d’une musique envahissante et trop directive sur le plan émotionnel.

L’impression finale est une sentiment mêlé de rendez-vous manqué et d’utilité. L’homme exceptionnel qu’est Francis Hallé nous parle. C’est une voix majeure, indispensable, et tout ce qui vient de lui est d’emblée précieux. Mais le réalisateur ne le laisse justement pas parler, ou si peu, et si figé, que son héritage ne peut se transmettre dans le plaisir.

Francis Hallé perché dans les arbres semble s’envoler, sans que l’on ait pu l’attraper.

4 décembre 2013

Interview de Jacques Attali : pour une modernité de l’altruisme

Interview publié dans le Hors-série du magazine Stratégies consacré à la Transition, en kiosque à partir du 5 décembre 2013

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Alice Audouin : Vous vous engagez pour une économie positive. De quoi s’agit-il exactement ?

Jacques Attali. L’économie positive, c’est l’ensemble des activités dont le critère de décision est l’intérêt des générations suivantes. Elle réconcilie la démocratie, le marché et le long terme, c’est-à-dire le partage entre générations, l’accès et l’empathie entre acteurs.  L’entrepreneuriat social, le microcrédit, l’économie inclusive, les entreprises intégrant le long terme comme Patagonia, sont les précurseurs de cette économie positive.

A.A. Quelle est la place de l’économie collaborative dans l’économie positive ?
J.A. Une économie collaborative c’est une économie altruiste, au sens d’une collaboration au sein d’une même génération. L’économie positive suppose une économie collaborative avec les générations suivantes. C’est donc une partie, mais non le tout.

18 août 2013

Renverser l’insoutenable ?

« Renverser l’insoutenable » d’Yves Citton (Seuil) se donne par son titre un objectif de taille.
S’il est courageux dans la définition de nos responsabilités, si l’idée de « geste fort » dans une « médiocratie » est intéressante, s’il perçoit bien la convergence des différentes impasses sociales environnementales et éthiques actuelles et l’erreur de l’antagonisme entre social et environnement, s’il est nuancé et pédagogique, le livre ne tient pourtant pas la promesse de son titre : il n’est pas performatif.
Après un début prometteur sur le diagnostic de l’insoutenabilité, le passage à l’action trébuche sur la difficulté à sortir des débats. Plutôt que d’agir, le lecteur est invité à assister à une discussion interne au cercle de Multitudes rassemblé devant l’âtre « activisme » (alimenté par les buches à brûler « capitalisme »). Grand animateur du débat, l’auteur organise avec clarté et érudition en trois points, cinq thèmes, trois courants, deux courants plus la voie bis, etc. ce qui relève davantage des « réflexions préparatoires au choix des méthodes de renversement de l’insoutenable ».
L’auteur aurait pu sauter la case « discussion avec les mêmes » (Balibar, Negri, Quessada, Agamben, Foucault…) et se consacrer directement au concept du « geste fort » qui a en effet lui, une forte dimension transformative. Mais au moment de définir ces « gestes forts » l’auteur cite pour la France stop pub, les faucheurs volontaires ou le kidnapping de patrons. De quoi, vraiment, renverser l’insoutenable ?

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Alice Audouin

17 juillet 2013

Edouard Bard, Cassandre du climat malgré lui

L’éminent climatologue Edouard BARD, professeur au Collège de France (Chaire de l’évolution du climat et de l’océan), directeur adjoint du CEREGE (Aix-Marseille Univ, CNRS, IRD, CdF) et Académicien, spécialisé sur le réchauffement climatique et ses conséquences sur l’élévation du niveau des mers, fait le point avec Alice Audouin.

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Alice Audouin : Nous sommes dans un café, La Belle Hortense, à Paris, alors avant d’aborder les questions scientifiques, commençons par une discussion de comptoir, parlons de la pluie et du beau temps ! 🙂 Le temps pourri du mois de Mai a été utilisé dans les media pour minorer le réchauffement climatique, c’est triste, non ?
Edouard Bard : Oui et je le regrette, j’ai pu voir que certains médias ne s’étaient pas privés de ce raccourci. Mais c’est faire preuve d’une grande myopie. Pendant qu’en France la température était plus de 2°C sous les normales saisonnières, ce mois de mai 2013 était le 3ème mois de mai le plus chaud depuis plus d’un siècle à l’échelle mondiale! Il ne faut donc pas utiliser les chiffres d’une période aussi courte pour tirer des conclusions, car un mois est une goutte d’eau dans l’Océan du climat. Gardons-nous d’interpréter, dans un sens comme dans l’autre, une hausse ou une baisse locale et transitoire de la température. De nombreux facteurs météorologiques interviennent sur ces échelles de temps. Ce qui est important, c’est que les variations climatiques globales agissent à long terme. Le réchauffement climatique ne peut donc s’évaluer que sur des tendances de plusieurs décennies, c’est à dire de l’ordre d’une génération humaine. Notre mémoire personnelle est très imparfaite et ne permet pas de se rendre compte d’un tel phénomène. C’est pour cela que les scientifiques mesurent et archivent les paramètres climatiques de façon détaillée et sans parti pris.

A.A. : Que faut-il attendre de nouveau dans le rapport du GIEC qui paraitra fin 2013 ? Peut-on s’attendre à ce qu’il soit encore attaqué par les climato-sceptiques ?
Edouard Bard : Les grandes lignes sur les températures, les pluies et le niveau marin, ne devraient pas beaucoup changer. Ce prochain rapport compile les avancées scientifiques de la dernière décennie qui se caractérise par une meilleure connaissance de la complexité du système climatique et de certaines composantes qui n’étaient pas encore prises en compte dans les simulations des modèles numériques. Au final, le message sera toujours un peu le même et les incertitudes sur la prévision à long terme restent importantes. Ces difficultés inhérentes à la marche de la science et à la complexité du système climatique, seront probablement exploitées par les climato-sceptiques, mais les climatologues doivent rester sur cette ligne scientifique, sans exagération ou simplification caricaturale, en ne masquant rien des incertitudes et du travail qui reste à réaliser.

A.A. : Souhaitons donc les médias réagiront différemment que lors du dernier rapport et comptons sur des journalistes vigilants comme Sylvestre Huet ou Stéphane Foucart pour désamorcer la bombe éventuelle ! Rentrons maintenant dans le vif du sujet. Le réchauffement prévu est de 2 à 5 ° d’ici 2100 selon le Giec et entraine une élévation du niveau des mers. Où en est-on aujourd’hui en matière de prévision concernant cette élévation? Va-t-elle s’accélérer ?
Edouard Bard : Une élévation de 50 cm à 1 mètre est prévue d’ici 2100. Depuis un siècle nous observons une accélération de l’élévation du niveau de la mer. Par ailleurs, nous connaissons bien mieux les facteurs de cette élévation. Outre le réchauffement bien sûr, qui augmente la température de l’eau de mer en la dilatant, nous identifions mieux le rôle majeur de la fonte des glaciers et des calottes glaciaires. Cette fonte de glace a aussi un impact sur la salinité et les courants océaniques, ce qui aura d’autres conséquences sur le climat – on parle de rétroactions.  Lorsque ces conséquences amplifient la perturbation de départ on parle de rétroaction positive, même si c’est plutôt négatif sur la planète. En bon Français, on parlerait de cercle vicieux…  Il y a en a d’autres dans le système climatique, par exemple ceux qui concernent le piégeage du gaz carbonique par l’océan, qu’il est le premier puits de carbone au monde. On sait aujourd’hui que des rétroactions physico-chimiques et biologiques diminueront son efficacité. Or si la captation océanique décline, le CO2 devrait s’accroitre considérablement dans l’atmosphère. Ce qui accélérera le réchauffement climatique. Pas vraiment de bonnes nouvelles, donc !

A.A. : Les océans jouent donc à la fois un rôle de retardateur, mais apparemment à terme, d’accélérateur du réchauffement climatique, comment expliquer cela ?
Edouard Bard : Il va falloir faire un peu de science ! 🙂 Pas de panique, c’est très simple !  L’eau liquide a des propriétés très particulières, notamment une grande cohésion à cause des liaisons entre les différentes molécules d’eau. Pour la chauffer il faut beaucoup plus d’énergie que pour chauffer la même masse d’air, de glace ou d’autres solides (10 fois plus que le fer ou le cuivre!). Pour mieux comprendre le réchauffement actuel et le rôle de l’océan, il est important de distinguer les notions de température et de stockage de la chaleur. La température de l’océan a augmenté de quelques dixièmes de degrés en un siècle, mais la chaleur stockée pour arriver à cela est bien plus grande que celle qui, pendant le même temps, a réchauffé l’atmosphère de 1°C. Cette énergie qui réchauffe l’océan est même tellement importante qu’elle représente 90 % du stockage énergétique lié au réchauffement climatique! Plus la combustion de carbones fossiles avance, plus le feu sous la « casserole océanique » augmente !

A.A. : Comment définissez-vous votre mission en tant que chercheur en climatologie ? Est-ce que le fait de travailler sur le réchauffement climatique vous conduit à un mode de vie plus écologique en tant qu’homme ?
Edouard Bard : Comprendre les changements climatiques. Evaluer les différentes causes qui le font varier, pour aboutir à une juste évaluation des causes naturelles. Ceci doit permettre de distinguer celles dues à l’activité humaine. En tant que scientifique, je ne peux être ni optimiste, ni pessimiste. Ce sont les faits qui me forcent à être réaliste. Les changements majeurs sont en route. A mon niveau de citoyen et non de chercheur, j’essaie, oui bien sûr, d’avoir un mode de vie plus écologique.

A. A : Quels sont vos chantiers actuels ?
Edouard Bard : Ils sont nombreux. Je développe mon laboratoire à Aix-en-Provence avec plusieurs appareils de très haute technicité : des spectromètres de masse complexes, lourds et malheureusement très chers. Ils sont indispensables pour faire avancer les recherches que je conduis avec mon équipe.
Tout d’abord, ils serviront à dater des archives climatiques comme des sédiments lacustres et océaniques, comme des coraux qui nous permettent de suivre l’évolution du niveau de la mer. Par ailleurs, nous pouvons suivre la dissémination du gaz carbonique anthropique en mesurant la teneur en carbone 14 du CO2. Les combustibles fossiles ne contenant pas de carbone 14, ces mesures permettent de mesurer le mélange du carbone naturel avec le carbone anthropique.  Le carbone 14 nous procure, en quelque sorte, une photo en négatif de la contamination du CO2. C’est d’ailleurs comme cela que l’invasion du carbone fossile a été mesurée la première fois dans les années 1950 par le professeur Hans Suess, des années avant la mise en évidence de l’augmentation du CO2 atmosphérique à l’Observatoire de Mauna Loa  par son collègue Dave Keeling.
Avec mon équipe, nous cherchons aussi à reconstituer la variabilité de l’activité solaire pour pouvoir étudier son impact sur le climat au cours du dernier millénaire. Cette période est connue pour avoir eu de fortes variations,  à la fois l’Optimum médiéval, ce réchauffement  (entre 950 et 1250) pendant lequel les Viking s’étaient installés au Groenland, ainsi que le Petit âge glaciaire (entre 1400 et 1800) lui aussi bien marqué en Europe. Or nous savons que ce Petit âge glaciaire a été influencé par l’activité solaire. Notre but est de mieux évaluer le rôle du soleil dans le climat passé et à venir.

A. A : Passons à l’espoir qui fait survivre au réchauffement climatique. Peut-on imaginer un évènement qui sauverait la situation ? Une éruption volcanique, une géo-ingénierie bien pensée ?
Edouard Bard : On sait qu’il y a une grosse éruption volcanique, assez forte pour affecter le climat, environ tous les 20 ans. La dernière a eu lieu en 1991, mais nous ne savons pas quand aura lieu la prochaine. Néanmoins, ne nous leurrons pas, si le souffre des volcans peut aider en refroidissant temporairement l’atmosphère, ce n’est qu’une rustine, qu’une solution d’appoint. La géo-ingénierie part de ce principe, l’idée la plus en vogue consistant justement à vouloir injecter de l’oxyde de soufre dans la stratosphère qui se transformerait ensuite en fines poussières de sulfates. Mais l’effet refroidissant ne durerait que de un à trois ans, et ne devrait pas faire baisser la température de plus de 0,5°C. Or il y a déjà un degré de trop et quelques autres degrés supplémentaires qui vont arriver d’ici 2100. L’injection de soufre serait donc largement insuffisante et poserait des problèmes scientifiques et diplomatiques insurmontables.

A. A : Et pourtant, alors que nous sommes au café, vous ne noyez pas votre désespoir, un seul verre de vin vous suffit et votre sourire persiste malgré ces mauvaises nouvelles !

MAKING OFF

A.A : Merci pour ces éclairages experts qui doivent nous conduire à agir ! Une dernière question plus personnelle, tu as corrigé les trois quart des informations scientifiques de cet interview, il faut dire que l’avais compris à l’envers cette histoire de rétroactions et que si je ne pars pas de l’image d’une casserole sur le feu, je ne comprends rien à l’énergie. Du coup je me demande si je n’ai pas écrit trop de bêtises sur le plan scientifique dans mon chapitre sur le climat dans mon livre « On entend dire que l’écologie c’est fini » ? 🙁
Edouard Bard : Non Alice, je l’ai lu, c’est OK ! 🙂
A. A : Champagne ! 🙂

Lire le dernier article d’Edouard Bard dans le magazine La Recherche :

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Pour en savoir plus :
29 juin 2013

Jean-Michel Valantin, le Machiavel de l’anthropocène

Dans son dernier ouvrage Guerre et Nature (Prisma, 2013), Jean-Michel Valantin, chercheur spécialisé sur le lien entre Défense et Environnement, partage sa connaissance approfondie de la Défense américaine, explore et analyse la manière dont cette « première armée du monde » intègre les enjeux du développement durable. Cette exploration le conduit à remettre en perspective la notion d’hégémonie à l’ère de l’« anthropocène » (cette nouvelle ère géologique façonnée par l’homme) et montre que les techniques de résilience vont permettre de dominer un monde  soumis chaque jour davantage aux pénuries, pandémies et catastrophes naturelles. Tel Machiavel en son temps, Jean-Michel Valantin identifie les clés de la pérennité au pouvoir. Cette nouvelle version du Prince, érudite, visionnaire et d’une grande intelligence s’impose comme le livre de chevet indispensable des dirigeants politiques et militaires.

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L’armée américaine intègre le développement durable
Le coup d’envoi est donné en 2006, avec la publication du rapport militaire National Security and the Threat of Climate Change.  L’armée américaine joue ici les précurseurs. Non seulement le rapport reconnait le réchauffement climatique comme une menace, mais le présente  (contrairement au risque nucléaire) comme une catastrophe inévitable. Si le gouvernement de Georges Bush n’avait pas su quoi faire de ce rapport, il marque néanmoins le premier changement culturel du pays. Depuis, plusieurs facteurs ont contribué à l’avancée du développement durable dans la défense américaine.
Tout d’abord, le peak oil se rapproche.  Or l’armée américaine fonctionne avec des énergies fossiles importantes, de plus en plus chères.  Avions, bateaux et chars et autres engins énergivores posent d’immenses problèmes d’approvisionnement, surtout dans un pays comme l’Irak ou le danger impose des convois renforcés, le tout devenant encore plus énergivore. L’amélioration des conditions de vie des combattants est elle aussi, très consommatrice de pétrole. L’utilisation massive de climatiseurs pendant la guerre en Irak a nécessité une gigantesque consommation d’énergie. C’est justement en Irak avec le casse-tête des climatiseurs, que les premières solutions de production d’énergie décentralisée et autonome, à base de photovoltaïque, a été mise en place. Le vol du premier avion de l’US Navy en 2010 avec 50 % de biofuel est le prémisse du passage vers une « great green fleet » et marque l’avancée de la Navy  sur l’US Air Force sur son propre terrain, l’aviation.  La Navy est précurseur dès 2008 avec la création de la Task Force on Climate Change, dans un contexte où l’Arctique, nouvel eldorado né de la fonte accélérée de la banquise, oblige à définir rapidement une stratégie.
Un autre facteur, lui aussi de plus en plus prépondérant, concerne l’ampleur croissante des catastrophes naturelles aux Etats-Unis, aboutissant à des destructions massives d’infrastructures, des pertes humaines, ce qui fragilise le pays et donc sa sécurité. Avec Katrina, le pays a découvert sa vulnérabilité.  Les catastrophes dues à la négligence humaine, comme Deepwater-Horizon, laissant écouler du pétrole sur 30 jours prouve l’existence d’un nouveau type de catastrophe,  dont l’ampleur des dégâts ne cesse de croître. La National Security entre en jeu, s’invite ainsi au débat, dès lors que les besoins en énergie et les conditions de vie sont impactés. La National Security évolue vers la Natural Security.
Enfin, de nouvelles opportunités de domination apparaissent au fur et à mesure de la montée des enjeux environnementaux. Les  terres rares essentielles aux technologies propres du futur, situées dans des pays émergents, mais également les besoins d’aides après les catastrophes qui se multiplient, sont autant d’occasions de coopération et d’intervention dans les pays. Il est désormais prouvé que le réchauffement climatique accentue la puissance des catastrophes naturelles, ainsi que la pénurie de ressources nécessaires à la vie.  La mauvaise gestion de l’eau ou de la chaine alimentaire crée l’opportunité de dépendre de solutions américaines et d’ainsi étendre la puissance américaine. C’est sur ce dernier plan que selon Jean-Michel Valantin, la pensée stratégique prend un tournant inédit. Elle cesse ici d’être uniquement fondée sur la supériorité militaire, mais intègre la capacité à répondre technologiquement à la déstabilisation socio-environnementale planétaire. Le leadership en climate resiliency devient un atout stratégique. Le besoin croissant de se sortir rapidement et efficacement d’une catastrophe naturelle ou industrielle fera appel à un savoir-faire dont les meilleurs experts auront un avantage majeur.

Les films de guerre, annonciateurs d’un nouveau paradigme
Révélateur des représentations et mythes reliés à la puissance, Hollywood est un thermomètre fiable pour voir l’évolution de la société américaine et de son rapport à sa propre hégémonie. Pour pleinement mesurer l’avancée du développement durable dans la culture de la Défense, Jean-Michel Valantin analyse finement  les films de guerre issus des studios Hollywoodiens depuis la seconde guerre mondiale et retrace son évolution au travers de nombreux exemples. On démarre avec la Bombe A, qui est le premier socle culturel, les images des bombardements nucléaires ayant été eux-mêmes largement diffusés dans les media.
Avec Hiroshima, un imaginaire de « l’après catastrophe » se façonne : dévastation, retour au cannibalisme, guerres tribales entre survivants, etc.  La bombe nucléaire permet d’identifier une menace pour ce que l’homme a de plus élevé : la société, l’humanité.  La planète des singes ou encore Mad Max 2 sont  des avertissements de cette régression.
Le Seigneur des Anneaux et Avatar occupent eux l’avant-scène d’un nouveau paradigme, celui d’une alliance nécessaire entre l’homme, la nature et le « surnaturel » pour éviter la catastrophe finale. Ils rappellent tous deux l’importance de la relation avec la vie et ses mystères. Le Seigneur des Anneaux actionne une mythologie de la « vitalité », au travers du rôle symbolique des Elfes. Les ingrédients indispensables à la vie sont imbriqués dans une recette qui inclut une part de sacré.
Avatar montre le changement de camp d’un ancien marine, passant du champ de la puissance militaire à la puissance naturelle. Il défend ce changement de camp, le présentant comme légitime et nécessaire à l’heure où l’humanité détruit le vivant. Là encore, la dimension sacrée est du côté de la vie et de ce qui mérite que l’on se batte et que l’on renonce au monde militaro-industriel qui la menace. Dans un autre ordre, le dernier James Bond Quantum of Solace montre que les nouveaux trésors sont naturels, comme l’eau, et qu’ils seront  les enjeux des luttes de demain. Leur raréfaction va multiplier les conflits. Enfin, les grands films sur les pandémies révèlent le potentiel viral et global de destruction d’un acte au départ isolé, montrant bien les jeux d’interdépendances entre les différents risques systémiques et globaux. L’imaginaire du nucléaire continue : l’enjeu derrière la dégradation environnementale, est la destruction de l’humanité.

Guerre et Nature prévient les princes du monde à l’heure du réchauffement climatique. La lutte  pour acquérir de gré ou de force les dernières ressources, les dernières terres rares, le dernier pétrole,  la dernière eau potable ou les derniers kilos de lithium, ne fera que condamner l’ensemble des acteurs sur l’échiquier du pouvoir, l’enjeu de conquête devenant une véritable peau de chagrin. La vitesse dans la course aux ressources manquantes ne sera pas le véritable levier de puissance, mais la capacité à faire fonctionner un monde moins dépendant des ressources. Le pouvoir sera au contraire à celui qui aura la capacité de changer son mode de vie fondé sur l’ensemble de ces ingrédients, pour définir une société alternative et durable.  Le prince qui saura s’adapter à l’anthropocène, qui saura mettre en œuvre la responsabilité de l’homme vis-à-vis d’un bien commun, la Terre, sera le Prince durable. La clé de la puissance sera désormais le développement durable.

 

18 mai 2013

Brandon Ballengée et les grenouilles

Au Domaine de Chamarande, COAL présente l’exposition BRANDON BALLENGÉE – AUGURES D’INNOCENCE. RÉTROSPECTIVE DE 1996 À 2013

Depuis près de vingt ans, Brandon Ballengée, à la fois artiste et biologiste, entend combler le fossé entre l’art et la science en combinant sa fascination pour le vivant aux techniques de représentation des Beaux-Arts. Sa démarche aux confins de l’art et de la biologie engendre un ensemble d’œuvres poétiques, véritables métaphores de la vie, qui éveillent nos consciences à la préciosité de l’environnement naturel qui nous entoure.

Augures d’innocence 

L’ensemble de ses œuvres sont inspirées par l’étude de la biodiversité, du changement écologique et du déclin des espèces. Elles naissent de l’expérience directe du monde biologique, des amphibiens, des oiseaux, des poissons et des insectes qui évoluent en milieu naturel ou artificiel. L’artiste mène sans relâche des enquêtes de terrain participatives, aux quatres coins de monde, impliquant grand public et chercheurs de renom. À partir du fruit de ses recherches scientifiques, le bio-artiste dresse le portrait de l’état de santé de nos écosystèmes. D’un côté, il diffuse les résultats de ces expériences à la communauté scientifique, de l’autre, il les expose dans de nombreuses institutions culturelles à travers le monde. En utilisant des médium aussi divers que les spécimens chimiquement altérés, la vidéo, la photographie ou le déplacement d’écosystèmes complets dans le cadre d’installations, l’artiste déjoue les règles de l’espace muséal, environnement statique et maîtrisé, par l’implantation de structures organiques qui reflètent le chaos inhérent aux processus d’évolution et à la nature elle-même.

Nommé d’après un poème de William Blake de 1803, Augures d’Innocence, est la première exposition monographique de Brandon Ballengée en France. Un vaste ensemble d’œuvres retrace son parcours depuis ses débuts. Ainsi le projet MALAMP ou Malformed Amphibian Project, initié en 1996, est présenté à travers plus d’une vingtaine d’œuvres réalisées en quinze années de travaux sur les malformations des amphibiens engendrées par la pollution de leur environnement naturel. On y découvre ses plus récentes créations conçues dans les zones humides du Domaine de Chamarande lors de la résidence de l’artiste à l’été 2012. Et aussi Reliquaries (2001- 2013), images de spécimens déformés de la taille de nouveaux nés et Styx, (2007-2013), une installation sculpturale comprenant de vrais spécimens naturels de grenouilles aux multiples pattes, chimiquement altérés et préservés.

Frameworks of Absence (2006-2013) est un poignant témoignage de l’extinction des oiseaux. Pour réaliser ces œuvres, l’artiste a littéralement découpé les images des espèces éteintes dans d’authentiques et historiques illustrations du grand naturaliste John James Audubon (1785-1851). En hommage au travail de Charles Darwin (1809- 1882), l’œuvre A Habit of Deciding Influence (2003-12) est une série de portraits des pigeons utilisés par Darwin pour mener des expérimentations qui alimentairent notamment la théorie de l’Origine des espèces. A cela s’ajoute, des spécimens historiques empruntés au Museum National d’Histoire Naturelle de Paris et au Musée de la Chasse et de la Nature présentés dans l’installation Apparitions (2013).

Enfin, plusieurs nouvelles créations monumentales sont exposées dont Prelude to the Collapse of the North Atlantic, qui est consacrée à l’effondrement de la chaîne alimentaire et des écosystèmes marins des côtes atlantiques françaises. Cette installation fait écho aux récents travaux menés par l’artiste sur la catastrophe écologique, survenue de l’autre côté de l’Océan, dans le Golfe du Mexique, suite à l’explosion de la plate-forme pétrolière de British Petroleum, Deepwater Horizon, en 2010.

Domaine départemental de Chamarande ● Exposition Brandon Ballengée ●

du 26 mai au 30 septembre 2013 ●

18 février 2013

Trois scénarios à suivre de près

Pour prévoir l’ampleur des conséquences du réchauffement climatique, les scénarios jouent un rôle central. Trois d’entre eux sont à suivre avec la plus grande attention.

Tout d’abord bien sûr, les scénarios concernant les émissions de CO2 . Nous disposons aujourd’hui, grâce au GIEC (entre autres), de scénarios prévisionnels de plus en plus précis et à la hausse.
La poursuite des émissions de GES au rythme actuel ou à un rythme plus élevé accentuera le réchauffement et modifiera profondément le système climatique au xxie siècle. D’après la revue Nature, le réchauffement climatique pourrait dépasser les 2 °C dès 2030 dans certaines régions du monde (Eurasie, Afrique du Nord et Canada), et la plupart des terres en surface du monde pourraient connaître avant 2060 une moyenne des températures dépassant de 2 °C ou plus les niveaux préindustriels.
Selon la « Stanford release for Climatic Change Study », de vastes zones de la planète sont susceptibles de se réchauffer si rapidement que, « d’ici le milieu de ce siècle, les étés les plus frais seront plus chauds que les étés les plus chauds des cinquante dernières années ». Les calculs de Météo France – IPSL de février 2012, publiés dans son rapport « Changement climatique : les nouvelles simulations françaises pour le prochain rapport du GIEC », donnent pour le scénario le plus pessimiste une augmentation de la température proche de six degrés vers 2100. Selon le « projet Epicea » Météo France – Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), publié en octobre 2012, il fera deux à quatre degrés de plus en région parisienne d’ici à la fin du siècle.

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Ensuite, les scénarios concernant la montée du niveau des mers.
Ils sont tout aussi stratégiques. Nous avons, là aussi, un historique précis (même si nous savons que la mer n’est pas à zéro mètre partout dans le monde), mais les prévisions sont encore floues. Ce qui permet actuellement de préciser ces scénarios, ce sont les analyses des fluctuations des niveaux des mers passés. L’étude franco-japonaise (Aix-Marseille Université/CNRS/IRD/Collège de France) copilotée par l’éminent climatologue Édouard Bard, publiée en mars 2012 dans la revue Nature, montre ainsi que la dernière période d’élévation du niveau des mers due au changement climatique, soit environ cent vingt mètres sur quinze mille ans, a connu des moments d’accélération. Il y a quatorze mille six cents ans, le niveau a crû de quinze mètres en trois cent cinquante ans. La raison de cette accélération rapide était la fonte de plusieurs calottes glaciaires, en particulier elle de la péninsule occidentale de l’Antarctique. Or aujourd’hui, cette même péninsule commence à fondre. Le scénario de l’élévation du niveau des mers est donc actuellement revu à la hausse.

Enfin, les plus importants sont les scénarios de sensibilité du climat à la perturbation, autrement dit le fait de savoir si le climat réagit faiblement ou fortement à un changement. Le centre national pour la recherche atmosphérique de Boulder (Colorado) aux États-Unis, via son étude publiée début novembre 2012 dans Science, infirme les scénarios précédents qui pariaient plutôt sur des réactions lentes en démontrant au contraire que le climat réagit fortement. À la place d’un escargot géant, on se retrouve désormais devant Speedy Gonzales.

Alice Audouin
18 février 2013

10 janvier 2013

« On entend dire que l’écologie, c’est fini »

On entend dire que l’écologie, c’est fini d’Alice Audouin
co-édition Eyrolles-Les Échos Éditions
le
point sur l’écologie, avec des experts et sans langue de bois

 

PARUTION : janvier 2013

Enfin un livre qui fournit une photographie juste et décomplexée de la réalité de l’écologie en France. Sans parti pris ni dogmatisme, compréhensible par tous, il dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. En documentant chaque propos avec des expertises, il se positionne comme un véritable livre blanc de l’écologie. Parce qu’il était nécessaire d’y voir enfin clair, de démystifier les freins comme les espoirs, ce livre jette un nouvel éclairage sur cet enjeu majeur.

4102088100En ce début d’année 2013, un bilan de l’écologie s’impose. Est-elle une menace pour l’emploi ? Quelle place occupe-t-elle dans les agendas des politiques, des entreprises, des consommateurs, des médias, des artistes ? Les écologistes ont-ils encore l’estime des citoyens, au regard de la cause qu’ils défendent ? Les Français et l’écologie démarrent début 2013 une relation déprimée mais le fil n’est pas rompu : même mise au second plan et critiquée, l’écologie n’en est pas moins considérée, plus que jamais, indispensable pour l’avenir. Si les signes de ralentissement de l’écologie sont évidents, les rendez-vous avec l’écologie se multiplient aux aussi

Ce livre dresse un état des lieux exhaustif et documenté de l’écologie dans les différents champs : politique, économie, culture, consommation, media, innovation, etc. Il analyse les signes de ralentissement et d’accélération ainsi que les tendances en cours. Il donne la parole aussi bien à des experts, des intellectuels qu’à des acteurs du terrain, comme, par exemple, Alain Grandjean, économiste, cofondateur de Carbone 4, Sébastien Kopp, cofondateur de Veja, Éloi Laurent, professeur d’économie à Sciences Po et Stanford, Nicole Notat, P-DG de Vigeo, Serge Papin, P-DG du Groupe Système U, Jean-Michel Valantin, chercheur en stratégie et sécurité environnementale, etc.

« C’est un réveil, celui d’un bilan sans concession, qui nous démontre qu’il est temps de changer de lunettes pour regarder l’écologie. D’une culture de l’écologie vue comme contrainte ou simple protection de la nature, nous allons passer à une culture de l’opportunité et de l’adaptation. Cette culture, il faut la créer. Mon livre a pour ambition d’être un jalon de cette nouvelle culture de l’écologie, accessible à tous» déclare l’auteur.

L’auteur
Alice Audouin est une experte reconnue du développement durable. En 2001, elle participe à la création de Novethic (CDC) le premier media et centre de ressources sur la Responsabilité Sociale d’Entreprise (RSE) et en dirige le marketing et la communication. En 2006 elle devient la première responsable du développement durable dans un grand groupe de communication, Havas. En 2008, elle cofonde puis préside COAL, la coalition Art & Développement durable. Elle a également cofondé le collège des Directeurs du Développement Durable et Adwiser. Alice Audouin est maître de conférences associé à l’Université de Cergy-Pontoise. Elle a déjà publié La Communication Responsable (co-auteur, Eyrolles, 2010, 2009), le roman Ecolocash (Anabet, 2007) en cours d’adaptation au cinéma et anime le blog Alice in Warmingland.

En librairies le 10 janvier
148 pages
14€
9,99€,  version électronique
Code Geodif : G55526
Titre : L’écologie, c’est fini Qu’en pensent les experts ?
Collection : On entend dire que
Co-édition Eyrolles – Les Échos Éditions

Version électronique.
http://www.amazon.fr/entend-dire-que-L%C3%A9cologie-ebook…
ou
http://izibook.eyrolles.com/produit/2562/9782212192735/On…

Communiqué de presse (pdf)

CPAUDOUINECOLOGIE14janvier.docx
Dossier de presse :
http://www.aliceaudouin-blog.com/media/01/01/2278958965.pdf

Plus :

La position de l’auteur
L’auteure considère le double enjeu du réchauffement climatique et de la chute de la biodiversité comme une donnée sans précédent de l’histoire de l’Humanité, qui nécessite des solutions structurelles et conséquentes, tant du côté de l’adaptation que de la lutte contre une aggravation, mais s’érige contre des solutions planificatrices. Elle défend une position anthropocentriste, dans laquelle il s’agit de préserver la nature « pour soi » et pas uniquement « en soi », par exemple pour les intérêts économiques des individus et des nations. Pour elle, le passage d’une écologie « de préservation » à une écologie « d’adaptation » change le regard sur la nature : la nature devient  plus que jamais une ressource stratégique, car elle a les clés de la robustesse et de résilience.

Le Sommaire

Introduction. L’heure de vérité

Chapitre 1. Le recul du vert en politique et dans l’opinion publique
Trois années de déclin
Naissance des « anti-écologistes »
Campagne présidentielle 2012 : l’écologie hors jeu
Grenelle Environnement : au ralenti
Vers une écologie normale ?
L’écologie sans gouvernance mondiale ?

Chapitre 2. Notre consommation : le bio n’arrête pas le carbone
L’éco-consommation : un idéal qui s’éloigne
Consommer mieux, mais pas moins et pas plus cher
Autolib’, Veja, Karma, Amap : les nouveaux champions de l’éco-consommation

Chapitre 3. Médias : l’écologie quitte la une
Les médias préfèrent-ils le carbone ?
La polémique climatique fait mal
Culture : un mouvement émergent

Chapitre 4. Entreprises : entre le meilleur et le pire
Un impact environnemental croissant
Les défricheurs
Les mauvais joueurs
Génération Y : une élite différente
Le test de l’Arctique

Chapitre 5. Énergies renouvelables : l’impasse ?
1 %, est-ce bien raisonnable ?
La France en retard sur presque toutes les technologies clés
La culture énergétique française est-elle dépassée ?
Fin du pétrole : le solaire gagnant ?

Chapitre 6. L’effet surprise des risques globaux
Une aggravation climatique en cours
Une conjugaison de menaces
L’écologie comme solution d’adaptation

Conclusion. Bye-bye l’écologie politique, bienvenue au développement durable
Remerciements, Bibliographie, Webographie, Index

Les témoignages exclusifs pour le livre
Céline Alléaume, senior manager, Kurt Salmon
Nils Audouin, directeur associé, agence New York
Loïc Fel, responsable du développement durable, BETC, cofondateur, association COAL
Jacques Fradin, directeur, Institut de médecine environnementale (IME)
Patrick Hubert, président fondateur, Financière de l’Environnement
Sylvain Lambert, associé, PwC, département développement durable
Éloi Laurent, professeur d’économie, Sciences Po et Université de Stanford
Erwan Le Louer, fondateur, Jewellery Ethically Minded (JEM)
Nicole Notat, P-DG, Vigeo
Serge Papin, P-DG, Groupe Système U
Alexandre Pasche, directeur, Éco&co
Catherine Puiseux, responsable du développement durable, TF1
Cédric Rigenbach, directeur, The Shif Project
Jacques Rocher, président, Fondation Yves Rocher
Jean-Michel Valantin, chercheur en stratégie et sécurité environnementale, Centre interdisciplinaire de recherche pour la paix et la sécurité

Premiers avis de lecteurs

Michele Pappalardo, Cour des Comptes (ex CGDD)
« Pour le grand public, il est très facile d’accès et plein d’informations, pour ceux qui connaissent mieux le sujet, il rapproche des faits et des analyses qui stimulent la réflexion, sans avoir besoin d’écrire une thèse qu’on aura pas le temps de lire. Bravo !  »
« Un effort d’illustrations pratiques et réelles (pas de discours fumeux et de principe), sans en cacher les limites quand il y en a. »
« Le passage « résolu » et raisonné de l’écologie au développement durable, est mon leitmotiv depuis de nombreuses années, je ne peux donc que le partager et me réjouir qu’il soit si « évidemment » démontré »
« Un petit regret, pourtant; même les travaux du CGDD sont cités, on « n’entend » pas beaucoup de représentants de l’administration ni des collectivités locales, contrairement aux entreprises et aux chercheurs. »

Elizabeth Reiss, PDG, Ethicity « C’est une bonne synthèse, très documentée et pertinente, qui permet de réviser et d’apprendre beaucoup de choses, on comprend bien les raisons du recul de l’urgence perçue de l’écologie, mais je n’y ai pas retrouvé l’énergie positive qui m’anime, pour aller plus vite vers les solutions. »

Sylvain Lambert, associé, département développement durable, PwC  « Il dresse un paronama pertinent de points de vue riches et éclairants. Il pose de bonnes questions et permet de se faire une idée. Il se lit très bien. Il devrait amener l’écologie à se réformer pour quitter le dogmatisme dans lequel elle s’enferme parfois pour devenir une pensée ouverte et de progrès. »

Jean-Michel Valantin, haut fonctionnaire en charge du développement durable, Ministère de l’éducation « L’ouvrage d’Alice Audouin prend la forme (trompeuse) d’un petit « précis de l’état de l’écologie », pour, en réalité, se livrer à une réflexion ambitieuse portant sur les dynamiques profondes qui travaillent les champs de l’écologie et du développement durable, ainsi que l’évolution de leurs différents acteurs. Elle met en évidence combien la question de l’humain est de plus en plus centrale dans ces débats. Un livre important. »

Loïc Fel, directeur développement durable de BETC et cofondateur de COAL  « Au moment où l’écologie semble passer à la trappe face à la montée du chômage et la sempiternelle crise économique, un point s’imposait. Et c’est un pilier du milieu du développement durable, Alice Audouin, qui s’y colle, avec brio. Rigoureuse, factuelle, holistique, cette enquête sans parti pris et sans appel nous confirme la tendance lourde de demain pour le développement durable : intégration et professionnalisation, même si c’est au détriment de sa visibilité. Moins d’image, plus d’action ! »

Emmanuelle Paillat, consultante, Carbone 4 « Un état des lieux clair et concis de l’engagement environnemental du monde politique, des entreprises et des citoyens. Beaucoup d’exemples, de chiffres et d’études sont cités pour appuyer cet état des lieux. »
« Idéal pour des personnes voulant mettre à jour leur culture générale sur le développement durable. »

Raphaël Ménard, directeur, Elioth (Egis)« Sans flagornerie, il est très bien documenté, très bien écrit, synthétique, sans partisannerie, et du coup hyper-efficace. »

Clément Willemin, Cofondateur, Base  « Très documenté, très clair, pas partisan, on apprend plein de choses. »

Anne-Sophie Novel, journaliste « Précipitez vous sur l’ouvrage d’Alice Audouin. L’auteur a été voir de nombreux experts pour leur demander leur avis sur les idées largement reçues selon lesquelles l’écologie politique est à la fois trop radicale et totalement défaite, ou bien encore que l’éco-consommation n’a plus lieu d’être, que les médias délaissent les pages planète ou bien encore que entreprises ne jouent de toute manière plus le jeu et que c’est foutu pour les énergies renouvelables. De quoi remettre les idées en place et prendre du recul sur le sujet de manière objective et bien argumentée. »