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9 décembre 2013

Jugaad : vers un jugaadwashing ?

Lorsque Jane Birkin racontait avec tout son naturel comment, se rendant compte qu’elle n’avait pas ses boules Quies dans un train de nuit très bruyant, elle en avait elle-même créé en deux minutes à partir d’un tampon et d’une bougie, elle faisait sans le savoir une magnifique publicité à l’innovation Jugaad, ce terme indien qui signifie la « capacité ingénieuse d’improviser une solution efficace dans des conditions adverses en utilisant des ressources limitées ».

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L’innovation Jugaad, redevons ingénieux ! de Navi Radjou, Jaideep Prabhu et Simone Ahuja,  est une ode à l’intuition et à l’intelligence en période de crise.
Jugaad existe, comme le rappelle le livre, dans toutes les sociétés,  du « Système D « en France (le fameux vieil adage « en France on n’a pas de pétrole mais on a des idées »)  au Do it Yourself aux Etats-Unis en passant par Gambiarra au Brésil. Si le Juggad est aussi avancé en Inde, c’est, entre autres, parce que le quart de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, « presque tous les indiens pratiquent le Jugaad au quotidien» rappelle Navi Radiou.

Avec la crise, le bon-sens revient
Jugaad a six principes : rechercher les opportunités dans l’adversité, faire plus avec moins, penser et agir de manière flexible, viser la simplicité, intégrer les exclus, suivre son cœur. Les exemples des pays émergeants livrés dans le livre sont très convaincants. A peu de frais et avec une belle ingéniosité, il est possible de téléphoner, d’utiliser un ordinateur, de sauver un bébé prématuré et de rendre d’immenses aux populations à faibles revenus.
« L’innovation Jugaad arrive dans les pays riches » nous annonce le livre qui décrypte bien la paupérisation croissante. Oui, 24% de la population européenne, soit près d’un quart de celle-ci, vit ou risque de vivre sous le seuil de pauvreté et en situation d’exclusion sociale. Or face à ce fléau, les entreprises occidentales continuent à dépenser des milliards d’euros pour des inventions rarement disruptives ou des « plus produits » de plus en plus minces et ratent ainsi la réponse Jugaad, nous avertissent les auteurs. C’est donc une aubaine pour les solutions garage. En France, entre le succès du concours Lépine, des Fab Labs et de l’innovation sociale, le nombre de geeks et d’enfants qui bâtissent une navette spatiale en Lego dès 2 mois, on est plutôt bien lotis sur le segment « on a pas de pétrole mais on a des idées », on est prêts !

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Steve Jobs, vraiment ?
Le livre devient moins convaincant lorsqu’il veut montrer que l’innovation Jugaad est à l’œuvre dans les multinationales occidentales. Le cas de Renault, qui a su fabriquer des voitures moins chères, est très parlant car une vraie prouesse. D’autre cas sont plus douteux. La magie Jugaad aurait permis à Garnier Color Naturals de passer de 2% à 20 % de parts de marché en Inde sur le marché de teinture des cheveux à domicile. Comment ? L’Oréal a modifié son produit,  baissé ses prix, réduit les doses et le packaging et avec une partie réutilisable conformément à la culture anti-gaspi indienne.  Cela ne s’appelle-t-il pas tout simplement du marketing ? (Et quid de la chimie déversée par cette nouvelle pratique de masse dans les eaux, dans des régions qui n’ont pas de système d’assainissement ?) Plus loin, “Comment Facebook domine la révolution low-tech”  grâce, selon le livre, à son interface utilisateur hyper simplifiée,prête à sourire lorsque l’on sait que Facebook a au moins 30 000 serveurs et une utilisation sophistiquée des données personnelles. Quant à Steve Jobs, il présenté comme « celui qui a le plus efficacement recouru au principe Jugaad consistant à suivre son cœur ». Oui, Steve Jobes était génialement intuitif, passionné, courageux et à l’écoute des utilisateurs, mais est-ce suivre son cœur de ne pas se soucier des conditions de travail des sous-traitants et de la pollution, quand on a des milliards de dollars de bénéfice ?

Un risque de jugaadwashing
En occident, le cœur de ce mélange entre l’intelligence, l’ingéniosité et la générosité, n’est pas dans les multinationales comme Lafarge, L’Oréal, Air Liquide ou Siemens, très présentes dans le livre, mais chez des pure players issus de l’économie sociale et solidaire et du développement durable. Certains d’entre eux sont heureusement cités, comme le service de paiement Compte-Nickel, cet accès aux services bancaires dans les bureaux de tabac qui tient du génie Jugaad. Oui, on voudrait que Hughes Le Bret et Ryad Boulanouar, les fondateurs de cette initiative, si elle marche, aient le prochain Prix Nobel Jugaad.  Bien d’autres auraient pu y figurer : TerraCycle, Goedzac, Le Chênelet, etc.  Ce sont eux qui vont réussir la révolution Jugaad,  si le Jugaadwashing, après le greenwashinge et le fairwashing, ne l’emporte pas.

Alice Audouin

Article publié dans le hors-série du magazine Stratégies consacré à la Transition (décembre 2013), premier volet : l’économie collaborative.

4 décembre 2013

Interview de Jacques Attali : pour une modernité de l’altruisme

Interview publié dans le Hors-série du magazine Stratégies consacré à la Transition, en kiosque à partir du 5 décembre 2013

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Alice Audouin : Vous vous engagez pour une économie positive. De quoi s’agit-il exactement ?

Jacques Attali. L’économie positive, c’est l’ensemble des activités dont le critère de décision est l’intérêt des générations suivantes. Elle réconcilie la démocratie, le marché et le long terme, c’est-à-dire le partage entre générations, l’accès et l’empathie entre acteurs.  L’entrepreneuriat social, le microcrédit, l’économie inclusive, les entreprises intégrant le long terme comme Patagonia, sont les précurseurs de cette économie positive.

A.A. Quelle est la place de l’économie collaborative dans l’économie positive ?
J.A. Une économie collaborative c’est une économie altruiste, au sens d’une collaboration au sein d’une même génération. L’économie positive suppose une économie collaborative avec les générations suivantes. C’est donc une partie, mais non le tout.

18 novembre 2013

« S’adapter à l’anthropocène », une exposition UNESCO-COAL

« S’adapter à l’Anthropocène »
EXPOSITION ORGANISÉE PAR L’UNESCO, L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L’ÉDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE ET COAL, COALITION POUR L’ART ET LE DÉVELOPPEMENT DURABLE. 
Du lundi 25 novembre au vendredi 30 novembre à l’UNESCO

Quatorze projets d’artistes contemporains impliqués sur les questions environnementales nommés lors des différentes éditions du Prix COAL Art et Environnement : Ackroyd & Harvey – Thierry Boutonnier et Ralph Mahfoud – Damien Chivialle – Olivier Darné – Nicolas Floc’h – Hanna Husberg, Laura McLean, Nabil Ahmed, Benedetta Panisson, Rosa Barba, Christopher Draeger & Heidrun Holzfeind, Marian Tubbs et Drew Denny – Ivana Adaime Makac – Matthew Moore – Liliana Motta – Lucy+Jorge Orta – Zhao Renhui – Anna Katharina Scheidegger – Laurent Tixador – The Migrant Ecologies Project.

Intitulée S’adapter à l’Anthropocène, cette exposition présente des projets artistiques nommés lors des différentes éditions du Prix COAL Art et Environnement, qui tous ont en commun d’appréhender les grands enjeux environnementaux, sociétaux et contemporains, en participant à l’émergence d’une nouvelle culture de la nature et de l’écologie. Chaque année, à travers le Prix COAL Art et Environnement, cette association récompense un artiste contemporain impliqué sur les questions environnementales. Le lauréat est désigné parmi dix artistes sélectionnés par un jury de personnalités issues du monde de l’art contemporain, de la recherche, de l’écologie et du développement durable, dans le cadre d’un appel à projets international.

La remise de ce Prix est aujourd’hui devenue un véritable évènement international qui attire de nombreux artistes renommés et pionniers dans l’art de l’écologie. Chaque année, le Prix Coal Art et Environnement met un thème à l’honneur. L’édition 2013 consacrée au thème Adaptation a reçu près de trois cent candidatures provenant de plus de 50 pays.

Créé en 2010 par l’association COAL, le Prix COAL Art et Environnement, doté de 10 000 euros, est placé sous le haut patronage des Ministère français de la Culture et de la Communication, de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie, ainsi que du Centre National des Arts Plastiques. Il bénéficie également du soutien de partenaires privés.

Pour l’UNESCO, cette exposition constituera une occasion exceptionnelle de promouvoir auprès du grand public les principes éthiques et les responsabilités en matière d’adaptation aux changements climatiques que l’Organisation s’emploie à encourager, chaque jour, à travers ses activités, et en particulier à travers les activités développées par sa Commission mondiale de l’éthique sur les connaissances scientifiques et technologiques (COMEST).

Ces principes et ces responsabilités, qui font appel à l’humanité pour assurer la durabilité de l’environnement, incitent les êtres humains à considérer la biodiversité et l’intégrité des écosystèmes comme la base même de la vie sur terre.

Au-delà des contributions analytiques des sciences sociales qui sont susceptibles d’aider à modifier les comportements humains, il ne fait aucun doute, pour l’UNESCO, que l’art peut non seulement être un moyen émotionnel adapté pour favoriser de nouvelles attitudes envers la nature et l’environnement, mais qu’il peut aussi en être le reflet. C’est d’ailleurs ce dont témoigne l’association COAL, créée, en France, en 2008, par des professionnels de l’art contemporain, du développement durable et de la recherche afin de favoriser l’émergence d’une culture de l’écologie.

8 novembre 2013

Les bouleversements de la planète à la Biennale de Venise

La réputation de «grand cru» de la Biennale de Venise 2013 est largement méritée. Audacieux et érudit, son commissaire d’exposition Massimilinao Gioni ose d’emblée un parcours initiatique sur la connaissance, « Le Palais Encyclopédique ». L’immatériel, l’irrationnel et l’imaginaire occupent la première place dans ce chemin vers le savoir. Extases cosmologiques, secrets cryptés, combinaisons mythologiques et introspections tantriques bousculent les frontières de la connaissance et créent une spirale vers le cœur de la création.

 K_eLZYNZ_mMf9GTlvYS_WTOrb-0-DHNRO-lSHKMqR1o=Il n’y a rien de politique dans la démarche de cette biennale, affirme le commissaire d’exposition. Mais son parti pris de choisir des artistes « outsiders » conduit forcément ce « musée provisoire » selon ses termes, à apporter un regard alternatif sur le monde.

La conscience sociale et environnementale, le souci des populations fragiles et menacées ainsi que le regard critique sur la « marchandisation » du monde, sont au rendez-vous, tant dans l’exposition centrale que dans les pavillons.

Dans les pavillons et des événements collatéraux

Grèce (pavillon)
Faut-il ne plus avoir d’argent pour découvrir la solidarité ? L’artiste Tsivopoulos plaide pour une approche alternative du futur. History Zero dévoile le potentiel du troc, du microcrédit et des monnaies alternatives. L’artiste signe un film magistral (image), montrant une femme très fortunée qui perd un peu la mémoire et qui crée des bouquets de fleurs à partir de billets de banque de 100 euros, puis les jette comme s’ils étaient fanés. Ces billets font ensuite la fortune d’un homme sans abri, ayant fouillé cette poubelle-trésor.

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Maldives (pavillon)
Ici, chacun est invité à dire où il habite et à préciser s’il accepte de recueillir un prochain réfugié climatique (photos, détails). Les Maldives font partie des premières victimes de l’élévation du niveau des mers et ses habitants devront trouver un endroit où se réfugier, mais lequel ? L’exposition rassemble de nombreux artistes internationaux désireux d’alerter et de porter un « Romantisme environnemental » permettant de mesurer l’importance du lien à la nature et de réveiller une conscience politique vis-à-vis des inégalités face au réchauffement climatique. Pour l’ouverture de la Biennale, l’artiste Stefano Cagol a rapatrié un monolithe de glace des Alpes. The Ice Monolith est une interrogation directe sur la fonte accélérée de la banquise polaire.1987129197

Andorre (pavillon)
L’installation de Javier Balmaseda Fixed in Contemporaneity, composée de dix chevaux amputés et enchâssés sur des outils mécaniques est un choc visuel. Pour l’artiste d’origine cubaine, c’est la métaphore de la déshumanisation de la société.2019258843

Russie (pavillon)
Consacrée au mythe de Danaé, déesse conquise par une pluie d’or, l’exposition est comme un balancier vis-à-vis du pouvoir de l’argent, un pas vers la punition, un pas vers l’obsession. Le mythe de Danaé devient ici une réalité : des pièces tombent réellement sur le sol et des femmes (protégées par des parapluies) se les arrachent sous le regard des hommes, interdits de participer à ce remake mythologique. L’artiste Kakharov écrit qu’ « il est temps de confesser notre rusticité, luxure, narcissisme, démagogie, fausseté, banalité, avidité, cynisme, spoliation, spéculation, gaspillage, gloutonnerie, séduction, envie et stupidité. » Le spectacle des jeunes filles obsédées par les pièces tombées du ciel, semble démontrer que l’installation favorise davantage le jeu que la prise de conscience.

Belgique (pavillon)
Pour Berlinde de Bruychere l’arbre est un corps malade, alité, pansé, à l’ombre de la mort, devenant ainsi martyr et saint, tel Saint Sebastien qui protégeait les Vénitiens de la peste. Creepinwood pose aussi la question de la souffrance de la nature, abattue, brisée, saccagée, sans personne pour la sauver.2857559745

Angola (pavillon)
Le pavillon lauréat de la Biennale propose un entremêlement entre des objets du quotidien d’Angola et les visiteurs du Palais Cini, créant ainsi un échange Nord-Sud fructueux. L’artiste Sonia Lukene expose sa vision du futur, entre tornades et sècheresses, deux phénomènes accélérés dans son pays par le réchauffement climatique.1011308510

Bahamas (pavillon)
Dans son installation Polar Eclipse, Tavares Strachan raconte une expédition au Pôle Nord de 1909 et pose la question de l’adaptation aux modes de vie extrêmes ainsi que de la perte des modes de vie traditionnels. La menace que la fonte de la banquise fait peser sur les Inuits est aussi celle sur rapport profond de l’homme à la nature.1065184025

Chine (évènements collatéraux Voice of the unseen, Ink-Bruch-Heart – Xishuzngbanna)
L’événement collatéral Voice of the Unseen présente sur quatre halls un art chinois engagé, généreux, grave et libre. Dès l’entrée de l’exposition, le visiteur est invité à écouter le cœur des artistes chinois.2919404230
La sculpture Black Gold de Zhang Jianhua dénonce les conditions de travail des mines de charbon, plusieurs mineurs sont présentés morts, leurs femme et enfants à leurs chevets.
La peinture Black Sun (photo du bas) de Li Zhengtian, donne l’impression d’un lever de soleil sur la mer, mais en se reprochant, on constate qu’il s’agit de la lampe frontale qui se réverbère sur le haut du casque d’un mineur au visage noirci.
Your News you know de Li Qiang  compile des journaux, au milieu de panneaux « Beijing’s water you know », démontrant le décalage entre le déni et la réalité, ainsi que la censure des médias.
Mao Ding dans Exchange of interests, rebâtit à l’identique deux chambres de jeunes femmes (peut-être ouvrières) ainsi qu’un banc devant leur entrée avec des produits d’hygiène beauté qu’elles partagent.
Private lives series (photo de gauche) est composé de plusieurs dizaines de céramiques au logo d’Apple, chacune de couleur différente, avec toujours la même constante : des mains. Doigts coupés, main sectionnée, main tendue, main disparue…on pense immédiatement aux conditions de travail chez les sous-traitants d’Apple en Chine, ainsi que l’espionnage informatique des dissidents chinois.
Quitness of Control (la tranquillité du contrôle) illustre sans doute la dictature chinoise, des rats sont comme congelés dans un petit bassin.
Un autre événement collatéral, au conservatoire de musique et organisé par le Musée d’art contemporain de Shanghai, présente Ink-Bruch-Heart – Xishuzngbanna (photo de droite) de Simon Ma, un artiste fortement inspiré par la forêt primaire de Xishangbanna de la province du Yunnan (sud-ouest de la Chine). De grandes sculptures métalliques en forme de gouttes d’eau sont disposées dans la cour intérieure du conservatoire, entourées de centaines de ballons eux aussi en formes de gouttes d’eau, de six différentes couleurs. Simon Ma pose la question : pourquoi les couleurs de la nature restent-elles vives tandis que celles de nos vies urbaines tendent toujours vers le gris ? Et faisant cela, il alerte sur la nécessaire protection des couleurs dans notre environnement, donc la protection de la nature.

Grande-Bretagne
Lorsque la contestation se fait avec une grâce enthousiaste, elle devient une haute expression de la vie. William Morris, qui voulait un accès à la culture pour tous et par tous, serait aujourd’hui bien en colère en constatant les inégalités sociales du tourisme à Venise. Le vivifiant Jeremy Deller le ressuscite et voilà notre cher ancêtre en train de se défouler et de jeter le bateau du milliardaire et oligarque russe Roman Abramovich, qui avait amarré son gigantesque yacht à Venise en Juin 2011, obstruant la vue et compliquant la vie de la cité par son arsenal sécuraitaire. L’esprit de William Morris est un sérieux allié pour réagir joyeusement et fermement dans notre société, le pavillon le rappelle à fort juste titre. A la sortie, un bulletin d’adhésion à la William Morris Society est distribué.142166739

Lettonie (pavillon)
North by Northeast est un magnifique travail de deux artistes lettons, Kaspars Podnieks et Kriss Salmanis. Ils se concentrent sur la vie rurale lettone, mettant en scène des producteurs de lait en suspension (réellement suspendus par une astuce mécanique invisible) et un arbre fouettant le sol à cadence régulière, métaphore des forêts lettones décimées ainsi que les populations.2956828345

Dans l’exposition  « Il palazzo Enciclopedico »

La nature sauvage, invitant à un contact direct avec elle, a une place de choix dans ce labyrinthe des origines.
L’artiste belge Patrick Van Caeckenbergh, ayant expérimenté une vie en immersion dans la nature tel Thoreau avant lui, propose une série de dessins minutieux de très vieux arbres, que l’on prend pour des photographies anciennes d’arbres bizarres, trop larges pour être vrais.
Stefan Bertalan oriente depuis soixante ans son travail sur le lien entre la géométrie présente dans la nature et le savoir scientifique. Dans son œuvre I lived for 130 days with a sunflower plant de 1979, l’artiste a suivi et étudié le cycle complet de la plante. Le démon de Maxwell (photo), sculpture de 1967, dévoile avec avant-gardisme un enjeu que l’on retrouve aujourd’hui au cœur des préoccupations énergétiques à l’heure du réchauffement climatique. Le démon de Maxwell est un pied de nez imaginé fin 19ème par J. Maxwell contre la seconde loi de la thermodynamique. Il a proposé un processus permettant de retrouver des différences de chaleur, sans dépenser d’énergie, ce qui est en principe impossible selon la seconde loi de la thermodynamique.2591391375

Thierry Decordier peint une mer ombrageuse et ténébreuse, d’une force indomptable et insurmontable par l’homme. La Manche déchainée tue les couleurs et une hiérarchie s’impose : seule la montagne rivalise avec la mer. L’humilité de l’homme face à la nature est également dans l’œuvre de Lin Xue. Il dessine volontairement avec du bambou qui, ne retenant pas l’encre, oblige à dessiner très rapidement. Des formes organiques émergent, transmettant en temps réel, la vitalité de la nature.
Christopher Williams quant à lui, explore le lien entre le colonialisme et la botanique, avec son œuvre Angola to Vietnam. La nature sauvage, avec ses animaux et ses nuages, telle qu’elle fut saisie encore intacte, est présentée par deux photographes, décédés il y a vingt et quatre-vingt ans, Eliot Porter et Edouard Spelterini. Enfin, le film Grosse Fatigue de l’artiste française Camille Henriot assemble différents récits de l’univers, en particulier des récits amérindiens, sensibilisant au devenir du vivant.
Les rendez-vous manqués

Parmi les rendez-vous manqués ou décevants, citons les pavillons de Nouvelle-Zélande, Espagne, France et Canada. Le Pavillon de Nouvelle Zélande expose Front Door out back de Bill Culbert qui passé l’amusement fugitif d’un néon traversant des bidons de lait, fait pâle figure si l’on vient de sortir de l’exposition Pedro Cabrita Reis au Palais Falier (événement collatéral) qui y montre magistralement ce que néon peut dire. Le pavillon espagnol ne soutient pas non plus la comparaison avec le pavillon grec, autre pays dans la déconfiture économique. Lara Almarcegui, pourtant une artiste généralement passionnante, se noie dans un gaspillage de gravas qui donne une impression qu’un « déjà vu ». Le pavillon français confié à Anri Sala est posé et pesant, avec une installation imaginée à partir d’une simple fantaisie d’un compositeur. Là encore, on ne peut s’empêcher de comparer, si Maurice Ravel était ressuscité comme William Morris, le pavillon français aurait été bien plus inspirant. Le pavillon du Canada quant à lui, a donné une carte blanche à Shary Boyle qui semble se perdre dans une démonstration de l’hystérie.

La Biennale de Venise 2013 a fait le pari d’un large périmètre d’exploration et d’une démarche de conscience au-delà des miroirs. Ce n’est donc pas un hasard si les thématiques liées au développement durable y ont une place de choix. Cette Biennale est un moment fort et empathique, à voir avant sa fermeture, à la fin du mois de novembre.

 

Article publié dans www.ressource0.com, le média dédié aux arts et écologies

http://www.ressource0.com/la-biennale-de-venise-revele-les-bouleversements-de-la-planete-par-alice-audouin/

19 septembre 2013

L’approche culturelle du changement à la Conférence Environnementale appelle l’implication du secteur culturel

La Conférence environnementale (20 et 21 septembre 2013) a choisi parmi ses cinq thématiques l’éducation à l’environnement et au développement durable (EEDD). Ce choix implique une plus grande intégration du développement durable dans les programmes éducatifs et scolaires. Mais cette thématique va bien plus loin en se situant au cœur du champ social. Comme l’indique le gouvernement, ils s‘agit d’« accompagner le processus de transformation de notre société, ainsi que les évolutions des modes de vie et des comportements, de tous les publics, dans tous les lieux et temps de vie » et de « faciliter l’implication du plus grand nombre et de donner à chacun les moyens de s’informer, s’engager, et avoir la capacité d’agir positivement ». Nous ne sommes donc pas seulement « à l’école » mais dans le quotidien des Français, au cœur de leurs habitudes, de leurs représentations, de leurs actions, c’est-à-dire dans leur culture définie comme « l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social » (Unesco). Cette approche culturelle, impliquant un nouveau projet de société est la preuve d’une bonne compréhension de l’enjeu environnemental qui est un enjeu global.


Définir le projet de changement en termes culturels, afin qu’il soit collectivement validé et adopté, est une priorité.

Le projet de changement vers des modes de vie durables doit être bâti et justifié, car il ne va pas de soi. La volonté de changement ne concerne aujourd’hui qu’une minorité, en dépit des sondages dans lesquels l’opinion publique affirme que la préservation de la planète est indispensable à l’humanité. Depuis le rapport Meadows de 1972 consacré aux limites de la croissance, experts et militants ne cessent de sonner l’alarme sur les conséquences sociales et environnementales négatives de la société de consommation : réchauffement climatique, chute de la biodiversité, inégalités des richesses, chômage, dette, maladies dues à la chimie et à la pollution, conflits liés à l’accès aux ressources, en démontrant l’interdépendance de ces risques systémiques et globaux. Or ces connaissances sont insuffisantes pour déclencher une dynamique de changement de la part des Français. Les faits le montrent, au-delà du tri bien généralisé, ils n’ont pas changé leurs habitudes de consommation, ils ont même davantage consommé et émis 13 % de CO2 en plus entre 1990 et 2010 selon Carbone 4. Depuis les trente glorieuses, les citoyens, devenus des consommateurs satisfaits, s’éloignent de la contestation et de la volonté de changer la société qui a image est certes imparfaite, mais pas négative. Herbert Marcuse expliquait dès les années soixante comment la culture contemporaine était pénétrée par ce double jeu d’une satisfaction matérielle croissante des individus et d’un recul de leur contestation du à leur perte de distance vis-à-vis du réel. Et ce n’est pas en expliquant que ce confort acquis est menacé, chiffres à l’appui, si justes soient-ils, que le basculement aura lieu, car en dépit du chômage, la menace ne s’est pas assez visible. Il est utopique, au-delà d’un cercle d’intellectuels ou d’adeptes de l’écologie, de la décroissance ou du développement durable, de partir d’une critique de la croissance à l’heure où celle-ci est implorée pour relancer l’économie.
De façon radicalement plus positive, la culture émergente issue des initiatives et idées nouvelles telles que le crowdfunding, la consommation collaborative, l’efficacité énergétique, l’énergie libre, la justice climatique, l’empathie, la résilience, est un axe porteur. Mais là encore, ces nouveaux univers passionnent avant tout une minorité déjà acquise à l’innovation sociale et environnementale et aux dynamiques horizontales et non plus seulement verticales. La valorisation des innovations « allant dans le bon sens » est indispensable mais également insuffisante pour devenir le moteur de la transformation.
Le développement durable, avec son triple socle, social, économique et environnemental, est le pilier le plus solide sur lequel s’appuyer. Il offre d’emblée une approche positive, systémique et opérationnelle permettant de frayer un chemin au changement. Pour cela, l’image du développement durable, réduite voire malmenée par les médias, doit être restaurée.

 

Pour sortir de cette impasse qu’est l’ambivalence, il est nécessaire de bâtir un projet de changement de société qui ne s’appuie pas sur une dénonciation, une opposition ou un renoncement à notre société actuelle, au progrès, à la croissance ou à la consommation, mais qui se fonde sur une nouvelle interprétation de valeurs positives antérieures à la société de consommation. C’est là que la culture peut et doit jouer un rôle fondamental, en portant le sens de ce changement de monde.

Une envie collective d’avenir est possible, dans un déplacement du jeu de l’individuel vers le collectif, de la possession vers le partage (du temps de travail, de la consommation …) si elle s’ancre avant tout dans des valeurs symboliques fondatrices et mobilisatrices, comme la prospérité, l’exemplarité, l’universalité ou la solidarité. Il s’agit de créer une culture qui émerge de la conscience de ce que pourrait être un monde meilleur. Un travail de définition du changement nécessite d’identifier les leviers culturels les plus mobilisateurs et doit impliquer en amont des dimensions historique, anthropologique, artistique, psychologique, économique, juridique et philosophique.
Dans cette approche culturelle du changement, le rôle du secteur culturel est lui-même prioritaire. En tant que sources privilégiées de création, circulation et diffusion des approches symboliques, sensibles et des représentations du monde, l’art et la culture jouent un rôle central dans la transformation des modes de vie. Le film « Avatar » en 2010 a su massivement sensibiliser sur le rapport homme – nature, en dénonçant les conséquences environnementales des sociétés militaro-industrielles et en invitant à une nouvelle alliance. En France, le Prix COAL Art & Environnement a recueilli en quatre ans plus de mille propositions d’artistes contemporains et de designers, qui sont autant de solutions positives et pour certaines déjà en marche, comme les Urban Farm Unit de Damien Chivialle qui fleurissent aujourd’hui dans les capitales. Le roman récent Paradis ( avant liquidation) de Julien Blanc-Gras apporte un regard sur l’enjeu de la montée du niveau de la mer. Les exemples sont parlants mais restent peu nombreux, car le secteur culturel reste dans sa majorité frileux, voire critique en matière d’environnement.
Sa mobilisation est désormais nécessaire pour déclencher une dynamique impliquant l’ensemble de ses acteurs et publics. Il ne s’agit nullement d’orienter la créativité, mais de l’irriguer. Des actions incitatives, prix, subventions, aides à la création, festivals, enseignements, événements, débats, ateliers, doivent être développés dans le domaine de l’art, la littérature, le cinéma, le théâtre de rue, la télévision, etc. Scénaristes, artistes, écrivains, compositeurs, metteurs en scènes, animateurs, régisseurs … l’ensemble des métiers du champ culturel est impliqué.
La dynamique lancée à la conférence environnementale doit annoncer l’étape d’après : l’implication du ministère de la culture et du secteur culturel dans son ensemble. C’est avec l’implication de la culture que le changement pourra efficacement démarrer.  Si le changement vers des modes de vie plus durables a réellement pour ambition de compter parmi les grandes mutations de l’histoire, il doit appliquer leur formule : elles ont toujours été pressenties, annoncées et accompagnées par l’art et la culture.

18 septembre 2013

Le Prix COAL 2014 aura pour thème : Paris

LE PRIX COAL ART ET ENVIRONNEMENT 2014 A POUR THÈME : PARIS

Le Prix COAL met à l’honneur chaque année des projets d’art contemporain en lien avec les enjeux environnementaux. Ces projets sont sélectionnés dans le cadre d’un appel à projets international auquel participent des centaines d’artistes du monde entier. Pour sa cinquième édition, le Prix COAL Art et Environnement choisit pour thème : « PARIS ». Après avoir longtemps été la ville lumière, symbole de la modernité industrielle et du progrès, Paris saura-t- elle à nouveau briller en incarnant la post modernité écologique ?

Depuis 2010, le Prix COAL met chaque année à l’honneur dix projets en lien avec les enjeux environnementaux, qui sont sélectionnés dans le cadre d’un appel à projets international auquel participent des centaines d’artistes du monde entier. L’un des artistes se voit décerner le Prix COAL doté de 10 000 euros par un Jury de personnalités de l’art et de l’écologie. En 2013 le Prix COAL, sur le thème Adaptation, a été remis à Lau- rent Tixador pour son projet « Architecture transitoire ». En 2014, le Prix COAL a pour thème PARIS. Le Prix sera remis au printemps 2014, lors d’une cérémonie en présence des dix artistes nommés et de personnali- tés de l’art et de l’écologie. Créé en 2010 par l’association COAL, la Coalition pour l’art et le développement durable, le Prix COAL Art et Environnement, est placé sous le haut patronage du ministère de la Culture et de la Communication, du ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie et du Centre National des Arts Plastiques.

PARIS, THÈME DU PRIX COAL 2014

Les enjeux environnementaux et sociétaux de la capitale française sont nombreux : pollution, énergie, étalement urbain, transport, foncier, érosion de la biodiversité, adaptation au changement climatique, etc. Une approche créative de l’écologie émerge dans les nouvelles organisations sociales, les modes de productions alternatifs, des manières collaboratives d’habiter et de travailler qui encouragent la convivialité autant que la sobriété heureuse. Paris, une des grandes capitales mondiales de la culture et de la création, donne rendez-vous aux artistes en 2014 pour démontrer ensemble le rôle central que l’art peut jouer dans une ville durable et responsable. Les artistes, majoritairement urbains, héritiers de la diversité que Paris incarne, sont invités à bousculer, repenser, réinventer la capitale, dans un monde multipolaire et connecté pour définir une culture urbaine plus juste et rayonnante, en harmonie avec la nature.

 

18 août 2013

Renverser l’insoutenable ?

« Renverser l’insoutenable » d’Yves Citton (Seuil) se donne par son titre un objectif de taille.
S’il est courageux dans la définition de nos responsabilités, si l’idée de « geste fort » dans une « médiocratie » est intéressante, s’il perçoit bien la convergence des différentes impasses sociales environnementales et éthiques actuelles et l’erreur de l’antagonisme entre social et environnement, s’il est nuancé et pédagogique, le livre ne tient pourtant pas la promesse de son titre : il n’est pas performatif.
Après un début prometteur sur le diagnostic de l’insoutenabilité, le passage à l’action trébuche sur la difficulté à sortir des débats. Plutôt que d’agir, le lecteur est invité à assister à une discussion interne au cercle de Multitudes rassemblé devant l’âtre « activisme » (alimenté par les buches à brûler « capitalisme »). Grand animateur du débat, l’auteur organise avec clarté et érudition en trois points, cinq thèmes, trois courants, deux courants plus la voie bis, etc. ce qui relève davantage des « réflexions préparatoires au choix des méthodes de renversement de l’insoutenable ».
L’auteur aurait pu sauter la case « discussion avec les mêmes » (Balibar, Negri, Quessada, Agamben, Foucault…) et se consacrer directement au concept du « geste fort » qui a en effet lui, une forte dimension transformative. Mais au moment de définir ces « gestes forts » l’auteur cite pour la France stop pub, les faucheurs volontaires ou le kidnapping de patrons. De quoi, vraiment, renverser l’insoutenable ?

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Alice Audouin

17 juillet 2013

Edouard Bard, Cassandre du climat malgré lui

L’éminent climatologue Edouard BARD, professeur au Collège de France (Chaire de l’évolution du climat et de l’océan), directeur adjoint du CEREGE (Aix-Marseille Univ, CNRS, IRD, CdF) et Académicien, spécialisé sur le réchauffement climatique et ses conséquences sur l’élévation du niveau des mers, fait le point avec Alice Audouin.

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Alice Audouin : Nous sommes dans un café, La Belle Hortense, à Paris, alors avant d’aborder les questions scientifiques, commençons par une discussion de comptoir, parlons de la pluie et du beau temps ! 🙂 Le temps pourri du mois de Mai a été utilisé dans les media pour minorer le réchauffement climatique, c’est triste, non ?
Edouard Bard : Oui et je le regrette, j’ai pu voir que certains médias ne s’étaient pas privés de ce raccourci. Mais c’est faire preuve d’une grande myopie. Pendant qu’en France la température était plus de 2°C sous les normales saisonnières, ce mois de mai 2013 était le 3ème mois de mai le plus chaud depuis plus d’un siècle à l’échelle mondiale! Il ne faut donc pas utiliser les chiffres d’une période aussi courte pour tirer des conclusions, car un mois est une goutte d’eau dans l’Océan du climat. Gardons-nous d’interpréter, dans un sens comme dans l’autre, une hausse ou une baisse locale et transitoire de la température. De nombreux facteurs météorologiques interviennent sur ces échelles de temps. Ce qui est important, c’est que les variations climatiques globales agissent à long terme. Le réchauffement climatique ne peut donc s’évaluer que sur des tendances de plusieurs décennies, c’est à dire de l’ordre d’une génération humaine. Notre mémoire personnelle est très imparfaite et ne permet pas de se rendre compte d’un tel phénomène. C’est pour cela que les scientifiques mesurent et archivent les paramètres climatiques de façon détaillée et sans parti pris.

A.A. : Que faut-il attendre de nouveau dans le rapport du GIEC qui paraitra fin 2013 ? Peut-on s’attendre à ce qu’il soit encore attaqué par les climato-sceptiques ?
Edouard Bard : Les grandes lignes sur les températures, les pluies et le niveau marin, ne devraient pas beaucoup changer. Ce prochain rapport compile les avancées scientifiques de la dernière décennie qui se caractérise par une meilleure connaissance de la complexité du système climatique et de certaines composantes qui n’étaient pas encore prises en compte dans les simulations des modèles numériques. Au final, le message sera toujours un peu le même et les incertitudes sur la prévision à long terme restent importantes. Ces difficultés inhérentes à la marche de la science et à la complexité du système climatique, seront probablement exploitées par les climato-sceptiques, mais les climatologues doivent rester sur cette ligne scientifique, sans exagération ou simplification caricaturale, en ne masquant rien des incertitudes et du travail qui reste à réaliser.

A.A. : Souhaitons donc les médias réagiront différemment que lors du dernier rapport et comptons sur des journalistes vigilants comme Sylvestre Huet ou Stéphane Foucart pour désamorcer la bombe éventuelle ! Rentrons maintenant dans le vif du sujet. Le réchauffement prévu est de 2 à 5 ° d’ici 2100 selon le Giec et entraine une élévation du niveau des mers. Où en est-on aujourd’hui en matière de prévision concernant cette élévation? Va-t-elle s’accélérer ?
Edouard Bard : Une élévation de 50 cm à 1 mètre est prévue d’ici 2100. Depuis un siècle nous observons une accélération de l’élévation du niveau de la mer. Par ailleurs, nous connaissons bien mieux les facteurs de cette élévation. Outre le réchauffement bien sûr, qui augmente la température de l’eau de mer en la dilatant, nous identifions mieux le rôle majeur de la fonte des glaciers et des calottes glaciaires. Cette fonte de glace a aussi un impact sur la salinité et les courants océaniques, ce qui aura d’autres conséquences sur le climat – on parle de rétroactions.  Lorsque ces conséquences amplifient la perturbation de départ on parle de rétroaction positive, même si c’est plutôt négatif sur la planète. En bon Français, on parlerait de cercle vicieux…  Il y a en a d’autres dans le système climatique, par exemple ceux qui concernent le piégeage du gaz carbonique par l’océan, qu’il est le premier puits de carbone au monde. On sait aujourd’hui que des rétroactions physico-chimiques et biologiques diminueront son efficacité. Or si la captation océanique décline, le CO2 devrait s’accroitre considérablement dans l’atmosphère. Ce qui accélérera le réchauffement climatique. Pas vraiment de bonnes nouvelles, donc !

A.A. : Les océans jouent donc à la fois un rôle de retardateur, mais apparemment à terme, d’accélérateur du réchauffement climatique, comment expliquer cela ?
Edouard Bard : Il va falloir faire un peu de science ! 🙂 Pas de panique, c’est très simple !  L’eau liquide a des propriétés très particulières, notamment une grande cohésion à cause des liaisons entre les différentes molécules d’eau. Pour la chauffer il faut beaucoup plus d’énergie que pour chauffer la même masse d’air, de glace ou d’autres solides (10 fois plus que le fer ou le cuivre!). Pour mieux comprendre le réchauffement actuel et le rôle de l’océan, il est important de distinguer les notions de température et de stockage de la chaleur. La température de l’océan a augmenté de quelques dixièmes de degrés en un siècle, mais la chaleur stockée pour arriver à cela est bien plus grande que celle qui, pendant le même temps, a réchauffé l’atmosphère de 1°C. Cette énergie qui réchauffe l’océan est même tellement importante qu’elle représente 90 % du stockage énergétique lié au réchauffement climatique! Plus la combustion de carbones fossiles avance, plus le feu sous la « casserole océanique » augmente !

A.A. : Comment définissez-vous votre mission en tant que chercheur en climatologie ? Est-ce que le fait de travailler sur le réchauffement climatique vous conduit à un mode de vie plus écologique en tant qu’homme ?
Edouard Bard : Comprendre les changements climatiques. Evaluer les différentes causes qui le font varier, pour aboutir à une juste évaluation des causes naturelles. Ceci doit permettre de distinguer celles dues à l’activité humaine. En tant que scientifique, je ne peux être ni optimiste, ni pessimiste. Ce sont les faits qui me forcent à être réaliste. Les changements majeurs sont en route. A mon niveau de citoyen et non de chercheur, j’essaie, oui bien sûr, d’avoir un mode de vie plus écologique.

A. A : Quels sont vos chantiers actuels ?
Edouard Bard : Ils sont nombreux. Je développe mon laboratoire à Aix-en-Provence avec plusieurs appareils de très haute technicité : des spectromètres de masse complexes, lourds et malheureusement très chers. Ils sont indispensables pour faire avancer les recherches que je conduis avec mon équipe.
Tout d’abord, ils serviront à dater des archives climatiques comme des sédiments lacustres et océaniques, comme des coraux qui nous permettent de suivre l’évolution du niveau de la mer. Par ailleurs, nous pouvons suivre la dissémination du gaz carbonique anthropique en mesurant la teneur en carbone 14 du CO2. Les combustibles fossiles ne contenant pas de carbone 14, ces mesures permettent de mesurer le mélange du carbone naturel avec le carbone anthropique.  Le carbone 14 nous procure, en quelque sorte, une photo en négatif de la contamination du CO2. C’est d’ailleurs comme cela que l’invasion du carbone fossile a été mesurée la première fois dans les années 1950 par le professeur Hans Suess, des années avant la mise en évidence de l’augmentation du CO2 atmosphérique à l’Observatoire de Mauna Loa  par son collègue Dave Keeling.
Avec mon équipe, nous cherchons aussi à reconstituer la variabilité de l’activité solaire pour pouvoir étudier son impact sur le climat au cours du dernier millénaire. Cette période est connue pour avoir eu de fortes variations,  à la fois l’Optimum médiéval, ce réchauffement  (entre 950 et 1250) pendant lequel les Viking s’étaient installés au Groenland, ainsi que le Petit âge glaciaire (entre 1400 et 1800) lui aussi bien marqué en Europe. Or nous savons que ce Petit âge glaciaire a été influencé par l’activité solaire. Notre but est de mieux évaluer le rôle du soleil dans le climat passé et à venir.

A. A : Passons à l’espoir qui fait survivre au réchauffement climatique. Peut-on imaginer un évènement qui sauverait la situation ? Une éruption volcanique, une géo-ingénierie bien pensée ?
Edouard Bard : On sait qu’il y a une grosse éruption volcanique, assez forte pour affecter le climat, environ tous les 20 ans. La dernière a eu lieu en 1991, mais nous ne savons pas quand aura lieu la prochaine. Néanmoins, ne nous leurrons pas, si le souffre des volcans peut aider en refroidissant temporairement l’atmosphère, ce n’est qu’une rustine, qu’une solution d’appoint. La géo-ingénierie part de ce principe, l’idée la plus en vogue consistant justement à vouloir injecter de l’oxyde de soufre dans la stratosphère qui se transformerait ensuite en fines poussières de sulfates. Mais l’effet refroidissant ne durerait que de un à trois ans, et ne devrait pas faire baisser la température de plus de 0,5°C. Or il y a déjà un degré de trop et quelques autres degrés supplémentaires qui vont arriver d’ici 2100. L’injection de soufre serait donc largement insuffisante et poserait des problèmes scientifiques et diplomatiques insurmontables.

A. A : Et pourtant, alors que nous sommes au café, vous ne noyez pas votre désespoir, un seul verre de vin vous suffit et votre sourire persiste malgré ces mauvaises nouvelles !

MAKING OFF

A.A : Merci pour ces éclairages experts qui doivent nous conduire à agir ! Une dernière question plus personnelle, tu as corrigé les trois quart des informations scientifiques de cet interview, il faut dire que l’avais compris à l’envers cette histoire de rétroactions et que si je ne pars pas de l’image d’une casserole sur le feu, je ne comprends rien à l’énergie. Du coup je me demande si je n’ai pas écrit trop de bêtises sur le plan scientifique dans mon chapitre sur le climat dans mon livre « On entend dire que l’écologie c’est fini » ? 🙁
Edouard Bard : Non Alice, je l’ai lu, c’est OK ! 🙂
A. A : Champagne ! 🙂

Lire le dernier article d’Edouard Bard dans le magazine La Recherche :

Bard13LaRecherche.pdf

Pour en savoir plus :
8 juillet 2013

QUIZZ : Etes-vous eco-consciente?

2768771340Publié dans « Madame Figaro » spécial Green du 5 juillet.

Un test que j’ai volontairement conçu dans l’esprit de … Madame Figaro ! 🙂

Pour faire le quizz en-ligne :

http://madame.lefigaro.fr/societe/etes-vous-ecoconsciente-060713-433018

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Quizz « Etes-vous eco-consciente? »
(les réponses en bas)

1 – 5 heures sur Internet pour trouver une location cet été ! Cette recherche a émis combien de CO2 (envion) ?
A – Zero
B – 50 grammes
C – 500 grammes

2 – Le chef étoilé de votre choix
A – Alain Passart, pour ses potagers en permaculture
B – Christian Sinicropi, pour sa recette aux ailerons de requin
C – Yannick Alléno et son Terroir parisien

3-Que se passe-t-il à Paris en 2015 ?
A – La 21 ème Conférences des Parties sur le Climat (COP 21)
B – Jane Fonda publie son Kamasutra
C – Christophe de Margerie (Total) renonce au pétrole pour le solaire

4 – Lorsque vous  achetez une paire de chaussures, vous pouvez  contribuer indirectement à :
A – La déforestation de la forêt Amazonienne
B – La création d’emploi en France
C – L’enrichissement de votre banque avec vos agios

5 – Quelles sont les marques les plus engagées dans le développement durable ?
A – Valentino et Ermegildo Zegna
B – Ekyoet Stella McCartney
C – Dolce & Gabbana et Balmain

6 – Prendre le train à la place de la voiture, c’est
A – 10 fois mois
B – 100 fois moins de CO2
C – pareil

7 – Le Prince Haakon de Norvège fait un speech en plein air à- 25°C habillé :
A – en manteau de fourrure d’ours blanc
B – dans une bulle chauffée
C – en vêtements techniques contre le froid

8 – L’impact carbone de l’ or vierge (extrait d’une mine) par rapport à  l’or recyclé (extrait d’un ancien bijou)
A – 50 fois inférieur 
B – 100 fois supérieur
C – le même

9 – Quel produit écologique vient de lancer la marque de luxe Gucci ?
A – Un sac à main en crocodile d’Ile-de-France
B – Une gamme de sac en tannage végétal
C – Une gamme de sacs garanti zéro déforestation

10 –En Arctique, l’ours blanc va disparaitre, pourquoi?
A – il ingère des produits chimiques qui le rendent stérile
B – les renards gris se mettent à manger les oursons
C – il ne peut plus chasser le phoque assez longtemps dans l’année du fait de la fonte de la banquise

11 – Quelle fourrure est autorisée dans le commerce :
A – Le ragondin
B – Le chat
C – Le singe

12 – En 2100, la température de la planète aura changé de :
A – + 0,50 degrés
B – -0,5 degrés
C – de + 2 à + 5 degrés

13 – Où est-il plus écologique d’avoir une résidence secondaire ?
A – Au Brésil
B – A La Baule
C – A Ibiza

14 – Made in Bengladesh
A – Il vaut mieux éviter                                                                                                                1
B – Où est le problème ?
C – Il faut exiger de meilleures conditions de travail

15 – Pfff…ce mois de Mai pourri
A – Le réchauffement climatique c’est du bluff !
B – Le mois de Mai est l’un des plus chauds de l’histoire de la planète, le réchauffement climatique avance
C – C’est ponctuel donc cela ne veut rien dire

16 – Un scientifique très engagé contre le réchauffement climatique :
A – Jean Jouzel
B – Claude Allègre
C – Francis Hallé

17 – Ce qui consomme le plus d’énergie :
A – Un rasoir électrique
B – Un sèche-cheveux
C – Un vibromasseur

18 – Les fraises les moins émissives en carbone en ce moment :
A – Françaises, sous serre à cause de la pluie
B – Marocaines, cueillies en plein air
C – Hollandaises, sous serre

19 – Qu’est-ce qui pèse le plus de CO2 chez les Français ?
A – Notre chauffage
B – Notre achats
C – Nos déplacements

20 -Le Groupe LVMH possède une direction de l’environnement depuis :
A – 2013
B – 1993
C – 2003

21 Combien de femmes climatologues y a-t-il en France (environ)?
A – 300
B – 30
C – 3

Les bonnes réponses :

: C, : A, 3 : A, : A, 5 : B, : B, 7 : C, : B, :C, 10 : C, 11 : A, 12 : C, 13 : B, 14 : C, 15 : B, 16 : A, 17 : C, 18 : B, 19 : B, 20 : B, 21 : A

Merci à Emmanuelle Paillat du Cabinet Carbone 4 et à Cécile Lochard de Citizen Luxury, consultées pour ce questionnaire.

 

29 juin 2013

Jean-Michel Valantin, le Machiavel de l’anthropocène

Dans son dernier ouvrage Guerre et Nature (Prisma, 2013), Jean-Michel Valantin, chercheur spécialisé sur le lien entre Défense et Environnement, partage sa connaissance approfondie de la Défense américaine, explore et analyse la manière dont cette « première armée du monde » intègre les enjeux du développement durable. Cette exploration le conduit à remettre en perspective la notion d’hégémonie à l’ère de l’« anthropocène » (cette nouvelle ère géologique façonnée par l’homme) et montre que les techniques de résilience vont permettre de dominer un monde  soumis chaque jour davantage aux pénuries, pandémies et catastrophes naturelles. Tel Machiavel en son temps, Jean-Michel Valantin identifie les clés de la pérennité au pouvoir. Cette nouvelle version du Prince, érudite, visionnaire et d’une grande intelligence s’impose comme le livre de chevet indispensable des dirigeants politiques et militaires.

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L’armée américaine intègre le développement durable
Le coup d’envoi est donné en 2006, avec la publication du rapport militaire National Security and the Threat of Climate Change.  L’armée américaine joue ici les précurseurs. Non seulement le rapport reconnait le réchauffement climatique comme une menace, mais le présente  (contrairement au risque nucléaire) comme une catastrophe inévitable. Si le gouvernement de Georges Bush n’avait pas su quoi faire de ce rapport, il marque néanmoins le premier changement culturel du pays. Depuis, plusieurs facteurs ont contribué à l’avancée du développement durable dans la défense américaine.
Tout d’abord, le peak oil se rapproche.  Or l’armée américaine fonctionne avec des énergies fossiles importantes, de plus en plus chères.  Avions, bateaux et chars et autres engins énergivores posent d’immenses problèmes d’approvisionnement, surtout dans un pays comme l’Irak ou le danger impose des convois renforcés, le tout devenant encore plus énergivore. L’amélioration des conditions de vie des combattants est elle aussi, très consommatrice de pétrole. L’utilisation massive de climatiseurs pendant la guerre en Irak a nécessité une gigantesque consommation d’énergie. C’est justement en Irak avec le casse-tête des climatiseurs, que les premières solutions de production d’énergie décentralisée et autonome, à base de photovoltaïque, a été mise en place. Le vol du premier avion de l’US Navy en 2010 avec 50 % de biofuel est le prémisse du passage vers une « great green fleet » et marque l’avancée de la Navy  sur l’US Air Force sur son propre terrain, l’aviation.  La Navy est précurseur dès 2008 avec la création de la Task Force on Climate Change, dans un contexte où l’Arctique, nouvel eldorado né de la fonte accélérée de la banquise, oblige à définir rapidement une stratégie.
Un autre facteur, lui aussi de plus en plus prépondérant, concerne l’ampleur croissante des catastrophes naturelles aux Etats-Unis, aboutissant à des destructions massives d’infrastructures, des pertes humaines, ce qui fragilise le pays et donc sa sécurité. Avec Katrina, le pays a découvert sa vulnérabilité.  Les catastrophes dues à la négligence humaine, comme Deepwater-Horizon, laissant écouler du pétrole sur 30 jours prouve l’existence d’un nouveau type de catastrophe,  dont l’ampleur des dégâts ne cesse de croître. La National Security entre en jeu, s’invite ainsi au débat, dès lors que les besoins en énergie et les conditions de vie sont impactés. La National Security évolue vers la Natural Security.
Enfin, de nouvelles opportunités de domination apparaissent au fur et à mesure de la montée des enjeux environnementaux. Les  terres rares essentielles aux technologies propres du futur, situées dans des pays émergents, mais également les besoins d’aides après les catastrophes qui se multiplient, sont autant d’occasions de coopération et d’intervention dans les pays. Il est désormais prouvé que le réchauffement climatique accentue la puissance des catastrophes naturelles, ainsi que la pénurie de ressources nécessaires à la vie.  La mauvaise gestion de l’eau ou de la chaine alimentaire crée l’opportunité de dépendre de solutions américaines et d’ainsi étendre la puissance américaine. C’est sur ce dernier plan que selon Jean-Michel Valantin, la pensée stratégique prend un tournant inédit. Elle cesse ici d’être uniquement fondée sur la supériorité militaire, mais intègre la capacité à répondre technologiquement à la déstabilisation socio-environnementale planétaire. Le leadership en climate resiliency devient un atout stratégique. Le besoin croissant de se sortir rapidement et efficacement d’une catastrophe naturelle ou industrielle fera appel à un savoir-faire dont les meilleurs experts auront un avantage majeur.

Les films de guerre, annonciateurs d’un nouveau paradigme
Révélateur des représentations et mythes reliés à la puissance, Hollywood est un thermomètre fiable pour voir l’évolution de la société américaine et de son rapport à sa propre hégémonie. Pour pleinement mesurer l’avancée du développement durable dans la culture de la Défense, Jean-Michel Valantin analyse finement  les films de guerre issus des studios Hollywoodiens depuis la seconde guerre mondiale et retrace son évolution au travers de nombreux exemples. On démarre avec la Bombe A, qui est le premier socle culturel, les images des bombardements nucléaires ayant été eux-mêmes largement diffusés dans les media.
Avec Hiroshima, un imaginaire de « l’après catastrophe » se façonne : dévastation, retour au cannibalisme, guerres tribales entre survivants, etc.  La bombe nucléaire permet d’identifier une menace pour ce que l’homme a de plus élevé : la société, l’humanité.  La planète des singes ou encore Mad Max 2 sont  des avertissements de cette régression.
Le Seigneur des Anneaux et Avatar occupent eux l’avant-scène d’un nouveau paradigme, celui d’une alliance nécessaire entre l’homme, la nature et le « surnaturel » pour éviter la catastrophe finale. Ils rappellent tous deux l’importance de la relation avec la vie et ses mystères. Le Seigneur des Anneaux actionne une mythologie de la « vitalité », au travers du rôle symbolique des Elfes. Les ingrédients indispensables à la vie sont imbriqués dans une recette qui inclut une part de sacré.
Avatar montre le changement de camp d’un ancien marine, passant du champ de la puissance militaire à la puissance naturelle. Il défend ce changement de camp, le présentant comme légitime et nécessaire à l’heure où l’humanité détruit le vivant. Là encore, la dimension sacrée est du côté de la vie et de ce qui mérite que l’on se batte et que l’on renonce au monde militaro-industriel qui la menace. Dans un autre ordre, le dernier James Bond Quantum of Solace montre que les nouveaux trésors sont naturels, comme l’eau, et qu’ils seront  les enjeux des luttes de demain. Leur raréfaction va multiplier les conflits. Enfin, les grands films sur les pandémies révèlent le potentiel viral et global de destruction d’un acte au départ isolé, montrant bien les jeux d’interdépendances entre les différents risques systémiques et globaux. L’imaginaire du nucléaire continue : l’enjeu derrière la dégradation environnementale, est la destruction de l’humanité.

Guerre et Nature prévient les princes du monde à l’heure du réchauffement climatique. La lutte  pour acquérir de gré ou de force les dernières ressources, les dernières terres rares, le dernier pétrole,  la dernière eau potable ou les derniers kilos de lithium, ne fera que condamner l’ensemble des acteurs sur l’échiquier du pouvoir, l’enjeu de conquête devenant une véritable peau de chagrin. La vitesse dans la course aux ressources manquantes ne sera pas le véritable levier de puissance, mais la capacité à faire fonctionner un monde moins dépendant des ressources. Le pouvoir sera au contraire à celui qui aura la capacité de changer son mode de vie fondé sur l’ensemble de ces ingrédients, pour définir une société alternative et durable.  Le prince qui saura s’adapter à l’anthropocène, qui saura mettre en œuvre la responsabilité de l’homme vis-à-vis d’un bien commun, la Terre, sera le Prince durable. La clé de la puissance sera désormais le développement durable.