J’ai testé l’upcycling

17 août 2014

J’ai testé l’upcycling

Madame Figaro m’a demandé pour son numéro du 16 août de jouer les novices et de tester l’upcycling ! J’ai inventé un événement imaginaire à partir de l’Upcycling Day que j’ai organisé en mars à Cergy-Pontoise et la fête de l’économie circulaire à Belleville organisée en mai dernier par le Festival du Vent. Je me suis inspirée de mes premiers ratés en couture lors des ateliers de l’UpcyclingDay.
Madame Figaro a tenu à ce que des noms plus « connus » de ses lectrices, comme Merci, soient rajoutés dans la version finale de l’article afin qu’elles ne perdent pas tous leurs repères 🙂
Voici ci-dessous ma version blog de l’article.
La version finale est sur le site de Madame Figaro et dans les kiosques jusqu’à jeudi. Cliquer ici.
Le dessin de l’article est de Marcel.

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J’ai testé l’upcycling !

Ressusciter, embellir, créer de nouveaux objets à partir de matériaux ou d’ objets déjà utilisés, déclassés, cassés ou jetés, quoi de plus merveilleux ? Transformer des chutes de tissus en robe, créer une lampe design avec des bouchons en plastique, un sac avec des emballages de bonbons, faire naître un bracelet à partir d’une chambre à air ou un fauteuil design à partir de carton, Cendrillon en a rêvé, l’upcycling l’a fait.

Cette pratique créative, jusqu’ici réservée aux super bricoleurs, aux nostalgiques des zazous ou aux radins, vient de passer dans les mains de la hype chic. Mon amie Hélène de la Moureyre (Bilum) s’est lancée dans l’aventure et crée désormais des sacs à partir de bâches publicitaires, de voiles de bateaux, d’air-bags, de gilets de sauvetage et même du drapeau français ! « Viens à la Fête du Upcycling, en plus il y aura cinq imprimantes 3D !» . Les geeks ont eux-aussi annexé la bonne veille récup’. Finie l’ambiance kermesse, l’élite surdiplômée s’en mêle désormais.

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Sacs Bilum

La fête de l’upcyling
Avec vingt ateliers proposés, c’est ma chance pour m’initier à cet univers. Attention, cela se prépare, on ne paye pas l’entrée mais on doit apporter son matériel, ses objets cassés ou ébréchés, ses capsules de café vides préalablement nettoyées, ses habits non portés, son matériel électronique hors d’usage, etc. Ne pouvant transporter les ¾ de ma garde robe ni les 2/3 du contenu de mes placards, je me contente d’échantillons. Me voilà avec deux immenses bagages à roulette comme pour partir vivre un an en Australie…mais je prends le métro vers Montreuil. Dès mon entrée dans le hall de la Fête de l’Upcycling, le mélange incongru d’ imprimantes 3D et de froufrous me frappe, il y a un joyeux bazar et le Tout Paris bobo semble avoir été invité.

Test d’aptitude
Pour démarrer mon initiation en toute discrétion, je choisis un atelier de création de bijoux chez Débrouille & Compagnie. Mon animatrice me montre une bague florale dont les volutes en anciennes capsules de café feraient pâlir de jalousie Victoire de Castellane. Elle me propose d’en créer une. Découper dans un dé à coudre un pétale de 2mm2 avec des pinces minuscules s’avère immédiatement au-dessus de mes forces. Un doute m’assaille. Sais-je utiliser mes dix doigts ? Je cherche dans ma mémoire ma dernière activité manuelle, c’est un paquet cadeau il y a deux ans. Je n’ai jamais joué au lego, je ne sais ni coudre, ni planter un clou, ni faire une mayonnaise, ni même brancher une box internet, je ne sais même pas rattraper un ballon et j’ai eu mon permis de conduire à 39 ans après six essais, suis-je inapte ?

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Lionel Schaeffer, Débrouille & Cie

J’annonce à mon animatrice que je crains d’avoir des doigts allergiques aux matériaux des capsules de café, montrant un début de rougeur sur mon index ayant trop forcé sur la pince, je profite de son air interloqué pour déguerpir à l’autre bout du salon. Cela tombe bien, un atelier de customisation de vêtements animé par les Gambettes Sauvages démarre. Ma veste noire, hélas inusable, est candidate. C’est parti pour le style Zazie & Diderot avec la création d’une aile d’ange en mini clous sur un poche de ma veste.  Un nuage de points abstraits en résulte. Je n’ai plus qu’a essayer sur l’autre poche pour sauver la mise. Même résultat. Ma veste est bonne pour Emmaüs, je viens de trouver le moyen de m’en débarrasser, youpi !

Café 3D
Voilà qu’apparaît enfin sur le stand de Withaa ce que je devine être une imprimante 3 D. Enfin une ! Je peux voir et toucher Martin Maker King. L’animateur me propose d’intervenir sur ma cafetière Empire en argent qui a perdu sa anse. Il va non seulement créer une anse mais d’une forme originale car « sinon ce n’est que de la réparation et non du upcyling » me dit-il. Il me propose une forme de dragon. Je me dis que Napoléon n’aurait pas dit non. Je vois sortir, couche par couche, d’un gros tube de dentifrice, un objet vert fluo. « C’est à base d’algues bretonnes ? » Non, c’est du plastique. Moi qui pensais que tout était écologique. Le vase empire avec sa magnifique anse en plastique vert fluo surgit tel un nouveau it déco. Je suis bluffée.

Upcycler à l’infini
Je sors de l’univers technique très agréable car les animateurs font tout à notre place et retourne chez les doigts de fées. Mon regard est attiré par une machine à coudre sur le stand de Sakina M’Sa. Etant donné qu’elle ressemble à mon robot ménager et que je sais déjà faire des carottes râpées, je me dis que c’est pour moi. Dans cet atelier de création de robes à partir de chutes de tissus, je demande si un foulard est envisageable. Je casse l’ambiance, je le sens. Mon animatrice me montre comment faire. Copier c’est plus facile que créer, j’ai appris ça en économie. C’est parti sur la pédale, la machine démarre à 280 km/h, cela va si vite que n’arrive pas à m’arrêter, le fil continue dans le vide, j’oublie de lâcher la pédale et je perds 65 mètres de fil en 6 dixièmes de secondes. Je prends la pause stoïque d’une employée de Lejaby licenciée depuis 2 mois et je finis l’ourlet, une séquence particulièrement périlleuse consistant à passer de 180 km/h à zéro en moins de 1 seconde avec la pédale tout en montant et descendant un loquet. Cela devient très compliqué, trop pour moi !

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Ca part trop vite !

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C’est trop dur ! Je m’effondre, heureusement, mon animatrice est là pour remonter le moral.

La styliste star de la mode éthique Sakina M’Sa vient en personne me féliciter « C’est très bien pour une première fois ! » Je me dis qu’ils sont tous gentils dans l’upcycling, car personne ne m’a encore dit que j’étais nulle.
Dans mon trajet de retour, mon hémisphère gauche reprend le dessus, je calcule que je viens d’apprendre en 5 minutes quelque chose qui aurait pu me faire économiser 17 598 euros de linge de maison et que si je m’y mettais vraiment je pourrais économiser 56 785 euros d’achats habits jusqu’à la fin de mes jours et éviter ainsi 800 kilos de déchets.
A son arrivée à la maison le soir, mon chef déco ne rate ni mon foulard « c’est un torchon ? » ni le vase hybride Empire-3D « c’est génial ! » Je n’ai plus qu’à upcycler le foulard. Et si j’en faisais deux sous verre, ou mieux encore, des confettis ?

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Illustration de l’article par Marcel

Alice Audouin
17 août 2014

Voir l’article publié (version longue) sur le site de Madame Figaro

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