Le Lexique Vert

4 juillet 2014

Le Lexique Vert

Article écrit et publié (en version courte) pour le numéro Spécial Green de Madame Figaro paru le 5 juillet 2014.

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Le terme « écologie » aurait-il disparu de notre vocabulaire, suite à une vague anti-écolo ou une lassitude généralisée ? Découvrez les nouveaux termes verts et diffusez la green attitude dans vos conversations.

Parler d’environnement sans avoir l’air écolo, c’est possible !

Les mots en hausse

Résilience. 
On croyait ce mot réservé aux enfants ayant eu des traumatismes, mais pas du tout. La résilience est le nouveau terme green. Son équation : bonne biodiversité + faible intensité carbone = les traumatismes environnementaux feront moins de bobos. Résilience de quartiers, de villes, de pays, mais aussi de populations : la préparation face à l’épreuve de la chute des écosystèmes et du réchauffement climatique est justement la résilience. Si l’on vous demande « votre immeuble est-il résilient ? » Un petit temps de réflexion parfaitement toléré par votre interlocuteur vous permettra de calculer s’il a un compost collectif, une importante végétation, une bonne isolation, un tri optimal, un fournisseur d’énergie verte, pour répondre « oui, bien sûr »  et si vous avez eu le temps d’installer quinze éoliennes sur votre balcon vous pourrez rajouter « de plus il est à énergie positive » (il produit plus d’énergie qu’il n’en consomme). Cela veut dire que vous vivez à l’adresse la plus écolo-chic de France.

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Upcycling.
Confectionner une robe de soirée avec des chutes de tissus, fabriquer un fauteuil design à partir de deux chaises brinquebalantes, ou plus impressionnant, créer son propre mug à partir d’un pot à confiture rehaussé d’une anse en plastique fabriquée sur-mesure avec l’imprimante 3D du fab lab de son quartier, c’est upcycler, c’est-à-dire recycler mais en rajoutant de la valeur ajoutée et de la créativité. L’upcycling fait le pont entre les familles de l’art, du recylage et du DIY (Do It Yourself,). Des marques existent déjà sur ce créneau, comme Bilum côté accessoires ou Sakina M’sa côté mode, mais également des artistes, avec les sculptures de Dadave à partir de déchets électroniques ou la sculpture La Meute de Lionel Sabatté créée à partir des poussières ramassées à la station de métro Châtelet.
N’hésitez pas à utiliser ce terme au figuré. « Après avoir recyclé mon ex, je vais upcycler ma belle-soeur. »

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Bilum

COP21.
C’est la 21ème Conférence des Parties sur le Climat. Pourquoi est-ce in ? Parce que contrairement aux vingt fois précédentes, elle ne peut pas échouer  et doit aboutir à un accord mondial pour éviter 4 degrés en plus en 2100, parce qu’elle aura lieu à Paris fin 2015 et parce que la France est championne d’Europe en terme de faible émission de CO2. C’est l’opportunité de déployer notre plumage diplomatique face à 196 pays et 3000 journalistes venus du monde entier. En amont, un jeu de rôle COP IN MY CITY permet à tous de se préparer en simulant les négociations. Effet garanti : « Je vais négocier à la COP IN MY Dijon.»


Paris, terre d’accueil de la COP21

Chamanisme.
Philippe Descola, anthropologue et médaille d’or du CNRS nous a prévenu : l’Occident pose une frontière nette entre l’homme et la nature mais pas les sociétés traditionnelles, pour lesquelles humains et animaux sont de même essence et dont le chamanisme organise l’accès à cette énergie du Tout. Il n’y a rien de plus vertigineux, tendance et relié à la nature qu’un rite chamanique, qui vous porte dans l’esprit d’une forêt ou d’un jaguar. En Amazonie, mais aussi à Paris. Annoncer « J’ai un chaman. » est le nec le plus ultra. Exit le psy, mais Jung devrait s’en réjouir.


« Angry Rabbit with my own Eyes » photographie de l’Allemand Marius Hansen

Les mots en baisse

Croissance.
Plus personne n’en parle, plus personne n’y croit. Ce mot de l’économie dite linéaire est aujourd’hui remplacé par ceux de l’économie circulaire (objectif zéro déchet), de l’économie de fonctionnalité (l’usage avant la possession) et d’autres termes émergents comme économie positive, économie contributive, consommation collaborative,  qui disent tous que l’avenir économique, ça peut être plus sympa que d’attendre en vain le retour de croissance. Ils donnent aussi de quoi esbroufer pendant les conversations sur l’économie. Effet garanti « je ne suis pas une blonde » lors d’une discussion entre amis : « Notre économie peut réduire ses externalités négatives en avantageant fiscalement les matières premières secondaires.» En gros, même si ce n’est pas neuf cela a de la valeur parce que cela prélève moins de ressources.

Développement durable.
Ce terme pouvait changer le monde, réparer la planète et la rentre plus équitable, mais depuis trois ans, il lasse et fait bailler.  Faut-il s’en désoler ? Pas si l’on regarde du côté des tendances montantes chez les consommateurs :  acheter Bio ou du « second hand », rouler en vélo électrique, louer une voiture plutôt qu’en posséder une, écouter de la musique avec des énergie renouvelable, financer des entrepreneurs responsables en « crowdfunding », faire pousser ses légumes sur son balcon, partager sa perceuse ou un trajet en voiture, produire son énergie, etc. Démarrez dès maintenant en proposant pour votre prochain week-end  : « On part à Avignon avec Bla Bla Car ? »

Alice Audouin
5 juillet 2015

 

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