L’ART ACTEUR DE LA COP CLIMAT 2015

26 mai 2014

L’ART ACTEUR DE LA COP CLIMAT 2015

Les Conférences des Parties (COP) sur le Climat existent depuis 20 ans. Ces événements internationaux annuels sont des rendez-vous de travail intensif pour les négociateurs venus de 190 pays afin de trouver une solution commune à la crise climatique. Dans ces temps forts de la diplomatie mondiale, l’art n’a, a priori, pas sa place. Or depuis la COP 15 de Copenhague, l’art s’introduit dans les COP, y compris de manière officielle. Aujourd’hui, l’art rallie la dynamique citoyenne appelant au changement pour lutter contre le réchauffement climatique. Demain, les artistes seront-ils un levier important de la transition écologique ? Une nouvelle réponse sera donnée lors de la COP 21, à Paris en 2015.

Sommet de Copenhague : un lancement officiel
Il a fallu attendre quinze COP Climat avant que l’art y prenne pleinement sa place. Le « sommet de Copenhague » de 2009 (COP 15) marque l’entrée de l’art dans l’univers des COP. Dans la programmation officielle de la conférence des Nations-Unies, l’exposition RETHINK, Contemporary art and climate change (www.rethinkclimate.orgproposait 26 œuvres d’artistes nordiques et internationaux contemporains sur le changement climatique, dans quatre espaces de la ville. Le ministre danois en charge du Climat et l’Energie a annoncé cette exposition en affirmant que « l’art peut agir comme une source d’inspiration et initier une réflexion » et l’a défendue comme « l’opportunité de voir le changement climatique dans une perspective culturelle ». L’exposition a présenté, entre autres, des œuvres de Tomas Saraceno, Henrik Håkansson, The Icelandic Love corporation, Superflex, Olafur Eliasson. Nommée « Exposition de l’année » des pays nordiques, elle a ensuite circulé dans plusieurs pays nordiques au cours de l’année suivante.
Cette exposition de grande qualité n’a pourtant pas marqué l’opinion publique et a eu une influence mineure sur les négociations, car elle était cantonnée au territoire d’un art perçu comme une niche, « l’art écologique », tandis que les ONG et les négociateurs occupaient l’ensemble de l’arène. Ce manque d’écho s’explique aussi par la trop faible relation entre les univers artistiques et les organisations représentantes de la société civile, comme les ONG.

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COP 16 : la mobilisation citoyenne devient créative
Un an plus tard, en 2010, le mouvement leader de mobilisation de Bill McKibben 350.org, habitué aux campagnes d’envergure avec des centaines d’actions dans le monde, a donné une impulsion nouvelle pour la COP 16 de Cancun au Mexique, avec 350 ART . L’initiative reposait sur une conviction de Bill McKibben : « L’art peut faire comprendre différemment de la science la menace que le réchauffement climatique représente pour notre planète. » 350 ART a délivré le premier « kit » d’actions artistiques collectives  (« Make your own climate art ») dans le cadre d’une COP. Pour la première fois, la dimension créative était clairement désignée comme moyen d’action citoyenne pour une COP. Les moyens proposés étaient : flash mobs, street art, land art, peintures murales, etc. Des guides d’action très détaillés expliquaient comment mettre en oeuvre une création collective, comme par exemple créer une sculpture à partir de nombreux objets. Mais les idées créatives étaient limitées, car il s’agissait également de faire la promotion de 350, le nombre-signature du mouvement (en référence à 350 ppm, leur objectif de réduction de CO2). Les guides s’attachaient par exemple à montrer comment utiliser 350 objets pour faire une sculpture ou comment dessiner sur une plage le nombre 350, l’art devenant ainsi le support publicitaire du mouvement. Les actions issues de cette dynamique ont le plus souvent consisté à créer de manière collective des figures de grand format, souvent visibles depuis le ciel, apportant peu d’esthétique et d’inventivité, démontrant ainsi les limites de l’action collective « inspirée par l’art » mais « sans les artistes ». L’influence de cette initiative ne fut pas plus grande qu’un an auparavant à Copenhague et n’influença pas vraiment les négociations, car elle fut avant tout perçue comme militante, finalement très similaire à une ONG.

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L’artiste peut-il sauver le climat ?  

En dépit de ces deux expériences limitées, de nombreux signes démontrent les forces de l’art en matière de lutte contre le changement climatique, en témoignent l’augmentation du nombre d’artistes impliqués dans la mise en oeuvre de solutions, les appels exprimés de la part des sphères scientifiques, ou encore la place naissante de la culture dans la politique internationale en matière d’environnement. L’éminent scientifique Luc Abbadie lançait publiquement en avril dernier « Artistes, nous avons besoin de vous ! » Il révélait son sentiment d’impuissance à convaincre de l’ampleur du changement nécessaire pour limiter la crise environnementale et affirmait que les formes d’expression portées par les artistes étaient plus que jamais nécessaires « pour faire passer le message ».  Le secteur culturel se trouve aujourd’hui encouragé par les plus hautes instances comme les Nations-Unies qui plébiscitent désormais la culture comme moyen de prise de conscience et d’accompagnement du changement et du développement. (Voir l’article Développement Durable : Phase 2)

Cette dynamique est également favorisée par l’évolution de l’art contemporain, valorisant de plus en plus la démarche par rapport à l’objet. L’approche de l’artiste comme « partie prenante », thème du premier colloque sur ce sujet en France il y a dix ans  (8 juin 2004, Unesco), permet de dépasser peu à peu les notions d’objet d’art ou d’exposition, pour entrer dans une dynamique d’action. L’image de l’artiste évolue elle aussi, à Copenhague en 2009 les artistes ont eu tendance à être perçus du côté de la contestation. Cinq ans plus tard en 2014, contribuant massivement à la transition écologique dans les domaines de l’agriculture, l’habitat, l’énergie, la mobilité, et développant d’innombrables projets : les artistes sont passés du côté de la solution.


L’oracle du papillon

Exposition, actuellement à Fribourg en Suisse (jusqu’en novembre 2014) une exposition entièrement dédiée à la réduction de CO2
20% DE REDUCTION D’ÉMISSIONS DE CO2 : mais que faire pour atteindre ce but et l’appliquer au quotidien? L’exposition présente des solutions concrètes dans les thématiques de l’énergie, de la mobilité, de l’habitat et de la consommation, permettant à chacun d’avoir un impact et de contribuer avec plaisir à cette action collective.
« Entre émerveillement et prise de conscience, les échos des visiteurs sont enthousiastes » affirme le journal La Liberté.  www.oraclepapillon.ch

COP 21 à Paris en 2015 : la carte collaborative 

Depuis la Cop 16 de 2010, les initiatives se sont multipliées et renforcées sur l’enjeu du climat. Des organisations culturelles de premier plan contribuent aujourd’hui fortement au lien entre l’art et l’enjeu climatique et témoignent d’un mouvement de fond. L’Europe, les Etats-Unis, l’Australie, les pays du Nord, sont des territoires leaders de cette dynamique. La COP 21 en 2015 à Paris est un enjeu majeur car elle est la « dernière chance » pour la négociation d’un accord « post-Kyoto », c’est un rendez-vous avec l’histoire dont les artistes sont parfaitement conscients. Ils se mobilisent actuellement pour cette COP 21, dans des approches orientées « solution ». Des initiatives sont déjà en marche, comme par exemple en Angleterre avec Invisible Dust ou Cape Farewell, ou en France, avec un projet d’exposition à Paris pendant la COP piloté par l’association COAL et le projet Art of Change 21.

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Le projet Art of Change 21 a justement pour ambition de mettre les artistes au service de l’action citoyenne afin de faire évoluer les idées d’action qui sont aujourd’hui principalement dans la sphère militante. Art of Change 21 reprend en quelque sorte l’esprit d’ART 350, mais en postulant que les actions collectives gagneraient à être conçues par des artistes et non seulement « inspirées par l’art ». Ce projet de mobilisation citoyenne rassemble les artistes, les jeunes et les acteurs du changement les plus reconnus et inventifs. En réunissant l’art, l’économie collaborative et la jeunesse, il a pour ambition de faire jaillir de nouvelles idées. Les pratiques actuelles, comme une chorégraphie géante sur une plage entre aérobic et cri primal (voir par exemple Dance for the Climate) ou l’arrêt de la lumière par les citoyens une heure par an (voir par exemple Earthour) doivent être dépassées. Imaginons un instant les idées d’actions qui pourrait naître d’un dialogue  entre par exemple Lucy et Jorge Orta, artistes champions des actions collaboratives sur les enjeux sociétaux, Neal Gorenflo, le premier animateur de la communauté de l’économie collaborative (Shareable) et Juliette Decq la directrice enjouée du programme « COP in my City » de l’association étudiante internationale Climates. Ensemble, ils seraient en mesure de définir une nouvelle forme d’action collective à la fois stimulante, transformative et esthétique.
Art of Change 21 a pour démarche « d’unir les énergies du changement pour repenser la mobilisation citoyenne, la rendre plus créative, innovante, performative et populaire, afin de mobiliser largement et susciter un changement, tant du côté de la prise de conscience que de l’envie et du plaisir d’agir. »  Il fait le pari « des cinq sens, des émotions, de l’esthétique et de l’expérience, comme moteurs du changement. »  Son objectif est de générer des actions positives à fort impact médiatique et symbolique, mobiliser un nombre important de citoyens, donner la primeur aux solutions et affirmer un goût pour le changement et l’avenir.

(www.artofchange21.com bientôt en ligne).

Alice Audouin
Initiatrice du projet Art of Change 21
26 mai 2014

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