Développement Durable : Phase 2

28 avril 2014

Développement Durable : Phase 2

Le développement durable est aujourd’hui irrigué par les tendances fortes de la société du partage et de la culture « engagée »Les artistes, entrepreneurs, « makers » et penseurs « rupturistes » sont non seulement les traducteurs et les passeurs du nouveau paradigme en marche, mais donnent aujourd’hui un relais inédit, attirant et riche au développement durable. Ils lui apportent la part sensible manquante à son humanisation et l’adhésion nécessaire à son accélération. Ces mouvements inaugurent la phase 2 du développement durable, celle de son intégration.

La culture, c’est officiel.
Confronté depuis 25 ans à l’inertie, le développement durable se retrouve au pied du mur et demande pour la première fois un renfort au champ du « sensible », à l’univers culturel et créatif. L’évolution des représentations, des habitudes et des désirs, indispensable à l’avancée du développement durable, dépend du ressenti et de la sensibilité. Au-delà des discours scientifiques et techniques qui s’adressent à la raison, les cinq sens, les émotions, l’esthétique et l’expérience, sont les véritables moteurs du changement. Une nouvelle phase démarre actuellement, dans laquelle le développement durable intègre les dimensions esthétiques, immatérielles et sensibles. Dans ce nouveau cadre, la culture prend pleinement sa place et le développement durable est lui-même considéré comme une nouvelle culture, dans laquelle l’art jouent un rôle d’accélérateur du changement.
Les faits démontrent ce tournant. Les Nations-Unies ont voté fin décembre dernier leur première résolution sur la culture et le développement durable et le 5 mai, le premier colloque onusien consacré à « prendre en considération le rôle de la culture » pour les questions de développement durable aura lieu. Les centres dédiés à la relation entre la culture, les citoyens et l’environnement se multiplient, comme Flora à Bogota (Colombie), le PAV (Parco Arte Vivente) à Turin (Italie), ainsi que les expéditions d’artistes sur des « zones sensibles », organisées par exemple par Cape Farewell (Angleterre). Sur les 50 projets artistiques finalistes depuis 2010 du Prix Coal sur les enjeux du développement durable, plus de 60 % ont déjà été mis en oeuvre, prouvant le rôle de l’artiste en tant qu’acteur du changement à l’échelle locale. Les expositions sont également de plus en plus fréquentes sur les enjeux du développement durable. En France, les expositions en cours de Lionel Sabatté à l’Aquarium de Paris ou de Daniaux Pigot au Jeu de paume, et celles à venir, comme Vivre(s)  au domaine de Chamarande (24 mai) ou « Food, water, Life » de Lucy+Jorge Orta au Parc de La Villette (20 mai), témoignent d’une forte dynamique. La mobilisation du secteur culturel pour promouvoir des solutions citoyennes s’accélère particulièrement sur l’enjeu du climat. La COP 21 (21 ème Conférence des Parties sur le Climat), dernière échéance en 2015 pour un accord « post Kyoto » contre le réchauffement climatique, sera une rencontre majeure entre la culture et le développement durable. Les initiatives sont déjà en marche, par exemple à Fribourg en Suisse, avec l’exposition « L’oracle du papillon » qui mixe actuellement l’art et la science dans une approche performative sur la réduction des émissions de CO2, ou en Angleterre avec  Invisible Dust une plateforme artistique dédiée.

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Lucy+Jorge Orta, Passport Antractica

Blabla Carte.
Le développement durable est concomitamment dans une croissance protéiforme. Il se transforme et s’enrichit par de nouveaux termes, de nouveaux modes de vie émergents, ainsi que de nouveaux modèles économiques associant les performances sociales, environnementales et économiques, sa « triple bottom line ». La terminologie qualifiant une économie plus solidaire et écologique ne cesse de s’élargir : Economie Inclusive, Redistribuée, Positive, Nouvelle, Contributive, Sociale, Solidaire, Collaborative, de Fonctionnalité, Circulaire, Création de Valeur Partagée, etc.  De même à l’échelle de l’individu, de nouvelles manières de consommer, produire et entreprendre ne cessent d’avancer. Autoconsommation, Fab Labs, Upcycling, Financement Participatif, Microcrédit Solidaire, Entrepreneuriat social, Consommation Biologique, Locale et Collaborative, sont, entre autres, les nouvelles ramifications, extensions et expressions du développement durable et cela tombe bien, car elles donnent envie. Ces nouvelles voies constituent des tendances desquelles s’exclure signifie désormais s’exclure de l’avenir. Car via Internet et les réseaux sociaux, elles galopent. Les faits attestent l’ampleur du mouvement. Le financement participatif (crowdfunding) a augmenté de 81 % en 2012 dans le monde. SnappCar (co-voiturage) vient de lever 560000 € de la part de 481 « crowdfunders ». En France, 38 % des français se déclarent désormais prêts à investir de cette manière. La culture du partage rassemble désormais des villes entières, les « Sharable Cities » (Etats-Unis). Dans le domaine du co-voiturage, pilier de la culture du partage, la France compte trois millions d’adeptes. Selon l’agence Bio, 8% des Français sont aujourd’hui des « Bio quotidiens » et 15% des Français sont des « Bio hebdos ». En Chine, 380 000 exemplaires du livre « La Troisième révolution industrielle » de Jeremy Rifkin, plaidant un modèle de décentralisation des énergies renouvelables, ont été vendus. Dans le domaine des marques, de nouveaux territoires se dessinent et se développent sur ce nouveau modèle, en cosmétique, alimentation, transport, équipement de la personne, etc. Des marques de niche comme Veja (chaussures « responsables ») ont une croissance à deux chiffres, en pleine période de crise. Ces pionniers dévoilent les signaux faibles d’un monde en mutation, aujourd’hui moteur d’inspiration et d’innovation pour les acteurs plus traditionnels, comme les grandes entreprises et les institutions.

Tomas Saraceno Cloud city

Tomas Seraceno, Cloud City, Hamburger Bahnhof, 2011

Ces deux phénomènes se rejoignent. Acteurs, inventeurs et pionniers créent une même avant-garde et participent au même phénomène culturel préfigurant une société dans laquelle le citoyen utilise et partage les nouveaux moyens d’exercer sa responsabilité et de participer au changement du monde. Cette direction nouvelle de nature bottom-up, va agglomérer les acteurs traditionnels par contrainte d’innovation et accélérer la réponse aux enjeux du monde actuel, c’est-à-dire le développement durable.

Alice Audouin
28 avril 2014

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