Warning: Declaration of PLL_Walker_List::walk($elements, $args = Array) should be compatible with Walker::walk($elements, $max_depth, ...$args) in /home/aliceaud/www/wp-content/plugins/polylang/include/walker-list.php on line 56

  • EnglishEnglish
  • Enlève tes tiags, Al !

    19 décembre 2013

    Enlève tes tiags, Al !

    Al Gore, « Le futur, six logiciels pour changer le monde », éditions de La Martinière, 2013, traduit de l’américain.

    Comme s’il  s’adressait d’emblée à un vieil ami, Al Gore évoque dès les premières pages de son livre, sa défunte mère et ses états d’âmes d’auteur. Mais au lieu de continuer sur son chien Shiloh adoré, il change brutalement de registre et se transforme en bête de scène d’un un TED ecolo-politico-economico-technico-scientifique intensif. Réchauffement climatique, imprimantes 3D, Big data, probiotiques, éducation des filles,  épigénétique, printemps arabe, transhumanisme, OGM, démographie, extension urbaine, ADN poubelle, pollution chimique, Chine, bioélectronique, chaque thème est abordé par des chiffres et illustré par d’innombrables sources, plus de 1 500 ! Sans crainte des détails ! Par exemple, pour démontrer la suprématie des probiotiques sur les antibiotiques « une équipe de l’Université de l’Alberta a examiné 124 cas de transplantations fécales et constaté dans 83 % des cas une amélioration immédiate une fois la flore microbienne restaurée. »  Cet inventaire express a son lot de scoops. « En 2010, pour la première fois dans l’histoire, les investissements dans les énergies renouvelables ont dépassé les investissements dans les énergies fossiles. » Al  aurait-il pris trop de probiotiques ? Le livre indique comme source un article de Bloomberg News, pas vraiment le MIT.

    al_gore_future-620x412(Credit: AP/Danny Moloshok)

    Après 300 pages de cours de classe préparatoire donnant directement accès à Polytechnique Bio, on cherche pourtant toujours les « six logiciels pour changer le monde » annoncés en couverture. On tombe enfin  sur « de vraies alternatives ». Quoi ? Les énergies renouvelables. C’est une surprise, on ne s’y attendait pas. C’est d’ailleurs le moment pour la France de prendre sa claque. Notre nucléaire ? Poubelle. Note leadership sur le captage et le stockage de CO2 ? Mauvaise idée. La France n’a pas la moyenne avec le prof Al Gore. On perd même Carnot, ratissé par Prigogine, exit notre thermodynamique française, vive l’auto-détermination belge ! Noooon !
    Une fois la secousse sismique du TED intensif passée, Al quitte heureusement la scène pour son salon et là, l’intimité du début du livre reprend, à haute dose. Al pose ses tiags sur sa table basse et se confie sur son « voyage personnel », ses affres face à la question qui le hante « Qui sommes nous ? » et cite presque Héraclite « le changement est comme un fleuve ». Mais au moment de venger la France et de lui coller un zéro en philo, Al prend soudainement un virage politique et s’envole dans une ode à l’impérialisme américain. Le voilà, drapeau à la main, faire un appel à ses concitoyens pour nettoyer et verdir le Sénat américain, réveiller les consciences et devenir le leader contre le réchauffement climatique  « pour la fierté que les Américains doivent ressentir pour ce que les Etats-Unis ont représenté pour l’humanité pendant deux siècles ». Trop fort.

    Al Gore s’impose une fois de plus  un super héros post carbone, un vrai shérif de la planète, sa synthèse est un superobjet fascinant et propulsant quelques vérités qui dérangent (titre du documentaire de 2006 fondé sur ses conférences sur le changement climatique). « Si nous ne commençons pas très rapidement à réduire nos émissions de pollution, les effets seront si dévastateurs que de nombreuses zones géographiques du monde ne seront même plus en capacité de s’adapter. » Plus loin, les « puissants lobbys d’entreprises ont pour unique souci de repousser toutes les tentatives un peu sérieuses de réduire le réchauffement. » Mais cela s’arrête là sur ce deuxième point, il n’y a aucune proposition vraiment contraignante concernant les entreprises dans son programme.

    526x297-CAU

    Hélas, Al Gore ne connait pas le syncrétisme, bien qu’il se place en prophète sur un enjeu planétaire. Il ne quitte pas le point de vue américain et il semble ne vouloir s’adresser qu’à ses compatriotes. Hors de son pays, il n’est pas bien placé pour proposer une culture « monde » pourtant indispensable à la solution. Dans le salon, ou voudrait lui dire, « enlève tes tiags, Al », pour le voir enfin pieds nus.

    Alice Audouin

    Article publié dans le hors-série de Stratégies « Transitions », décembre 2013

    Comments are closed.